« L’Apocalypse : le thème central de la Présidentielle de 2022 ? », par Henri Feng

À l’image de la très courte victoire de Yannick Jadot au détriment de Sandrine Rousseau à l’issue de la primaire des Verts (du 28 septembre) et du duel télévisé « Zemmour/Mélenchon » (du 23 septembre), le thème de l’Apocalypse semble constituer la trame de la prochaine élection présidentielle. En substance, une dichotomie tragique entre la peur du climat et celle de l’homme. Et la spirale médiatique ne peut que tout mélanger : ouragans, typhons, cyclones, tsunamis, bains de foule et un bain de mer…

On persiste à penser que le « réchauffement climatique » pourrait reproduire une ère glaciaire, comme cela fut imaginé par Roland Emmerich dans son film « Le jour d’après », projeté en 2004. In fine, comment faire passer des vessies pour des lanternes, dans la mesure où ce réchauffement ne peut être provoqué que par l’activité humaine. Même si Sartre avait dit : « le monde change l’homme et […] l’homme change le monde ». Ou comment la gauche sociétale devait nécessairement se moquer précisément du monde en voulant justifier la submersion migratoire.

Plus métaphysiquement, l’écrivain japonais Yukio Mishima avait posé cette question ultime dans Le soleil et l’acier : « Pourquoi faut-il que les hommes recherchent les profondeurs, l’abîme ? » Ou quand le chaos ne peut plus être contrecarré par le kosmos. Une vision que le camp national n’a jamais éludée ; par exemple, le regretté Dominique Venner n’ayant jamais fait mystère de sa passion pour les samouraïs, les sages guerriers féodaux du pays du Soleil-Levant. La fin d’une vie à l’aune de celle d’une époque, de l’ère judéo-chrétienne. D’autant plus que le terme grec « apokálupsis » renvoie à l’« action de révéler », de « dévoiler ».

Seulement, céder à l’appel du néant ne serait-ce pas le propre du nihilisme ? Un nihilisme qui est, à présent, tant consolé que nourri par la beuverie et la toxicomanie. À l’évidence, des fléaux noyés hypocritement dans l’art du « décryptage » dont se vantent les chaînes d’information en continu, et ce, comme si chaque propos et chaque évènement médiatiques seraient des textes sacrés dont la complexité mériterait systématiquement une très docte exégèse. Évidemment, il y a de quoi rire jaune dans la mesure où l’Extrême-Orient a toujours pensé la fin des temps, au Japon notamment avec le terme « akasu » qui signifie aussi « révéler ». D’où la célèbre bande dessinée Akira, de Katsuhiro Ōtomo, et dont s’inspirerait un collectif voulant solliciter les suffrages à cette Présidentielle 2022.

Précisément, « le problème aujourd’hui n’est pas l’énergie atomique, mais le cœur des hommes », comme l’avait annoncé Albert Einstein. Puisque la civilisation technicienne a su montrer, plus que jamais après la crise sanitaire de ces vingt derniers mois, que le monde peut toujours craquer, voire exploser. Tragiquement, les fractures, tant sociales que culturelles n’auront cessé de se creuser : chacun aura vécu, à sa manière et selon ses déterminations sociologiques, les confinements et couvre-feux, ainsi que les vaccinations et les téléchargements de QR codes. À vrai dire, des zones de droit et d’autres de non-droit, où quoi qu’il en soit tout devait passer sanitairement parlant. De fait, quand la science et la politique ne peuvent faire bon ménage. Mais ce qui compte c’est la finance, tant que celle-ci donne quitus à un projet savant, y compris expérimental : les doses extrêmement massives de thérapie génétique ou d’ARN messager. Car le Big Data, le Big Pharma et le Green business devaient inéluctablement mener le même combat : numériser l’individu  jusqu’à la plus substantifique moelle. Faire de lui un atome comme un autre, mais le moins nucléaire possible, si ce n’est sur la Toile.

« L’homme, de nos jours, n’a de vérité que dans l’énigme du fou qu’il est et n’est pas ; chaque fou porte et ne porte pas en lui cette vérité de l’homme qu’il met à nu dans la retombée de son humanité […] De ce jour, l’homme a accès à lui-même comme être vrai ; mais cet être vrai ne lui est donné que dans la forme de l’aliénation », avait expliqué Michel Foucault dans son Histoire de la folie à l’âge classique (1961)[1]. Pire encore, ce dernier avait perçu la réalité actuelle suivante : « La nuit du fou moderne, ce n’est plus la nuit onirique où monte et flamboie la fausse vérité des images ; c’est celle qui porte avec elle d’impossibles désirs et la sauvagerie d’un vouloir, le moins libre de la nature »[2]. Tel est, ainsi, le funeste destin de l’homme moderne : sa propension à l’objectivation pour lui-même. Plus concrètement, il veut être libre absolument, mais à condition de se déterminer à partir d’une idole, voire d’un objet relativement. Conséquence : il fétichise ou se marchandise, car il convient de se rendre plus désirable qu’une friandise. In extenso, l’idole change de forme : data, sextoys, Veau d’or, Gaïa* ou Allah encore. Dans tous les cas, une chose (en soi) qui doit se sauver de sa nature, vide ou misérable.

Et, dans cette galerie d’images, c’est le film Avatar de James Cameron (2009) qui a donné le La en matière d’obsession pour l’obsolescence programmée. Clairement, de la désespérance savamment sublimée. Puis, aujourd’hui, le documentaire diffusé récemment par France 5, « Greta Thunberg, un avenir pour la planète » pour qui la marche de la prophétesse, de celle qui prétend porter la voix de la Mère Nature*, a été freinée par le Covid-19, lui-même causé par la déforestation. En somme, de la logique apocalyptique qui tourne en boucle pour les promoteurs des éoliennes qui se frottent les mains, mais qui conspuent tous ceux qui veulent traduire le sentiment de notre déclassement, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle individuelle. Comme si l’urgence climatique ne serait aucunement déterminée par l’urgence anthropologique. En effet, la nature humaine, plus que la nature, se délabre de façon exponentielle. Alors, pourquoi ne pas vouloir comprendre que des groupes sont sur le point de s’affronter ? Les riches et les pauvres, puis surtout la majorité historiquement judéo-christianianisée et les minorités aussi bien salafisées que transhumanisées. Vers la guerre donc, si rien n’est fait pour l’empêcher.

Henri Feng

[1] M. Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Editions Gallimard, coll. Tel, 1972, p.653.

[2] Ibid., p.636.

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