La chronique anachronique de Hubert de Champris

Jean-Marie Rouart, Ils voyagèrent vers des pays perdus, Albin Michel, 332 p., 21,90 €.

Construit en autant de plan-séquences qu’il n’en faut pour se garantir l’attention du spectateur tout au long du film, frais, léger, enlevé, coruscant, taquin, espiègle, calibré en émotions grand public, voici un livre de plage dont l’auteur, membre de l’Institut n’a pas cherché à cacher tout le plaisir qu’il avait mis à le concevoir puis à l’écrire. Prévoyant son inculture, sa paresse, son consumérisme (serait-il de nature culturel), le prenant en quelque sorte par la main, notre auteur a même pensé à inclure un glossaire de noms propre propres apte à s’assurer que le spectateur (accessoirement lecteur) moyen ne va pas s’y perdre. Un écrivain a-t-il le droit de laisser poindre qu’en rédigeant son livre il n’a pas boudé son plaisir (puisque c’est de lui dont tout d’abord il s’agit ici), quitte, à force de se rendre accessible et facile, à perdre de son aura littéraire ? Question idiote à vrai dire puisqu’on ne saurait faire grief à quiconque de chercher une certaine popularité… « Il est poli d’être gai » (Voltaire), « Pourquoi les anges volent-ils ? Parce qu’ils se prennent eux-mêmes à la légère » ; et encore : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface ». En somme, un film (nous avons vu que ce « voyage » nous était avant tout visuellement narré, qu’il se déroulait comme dans un film) destiné au grand-public, un film réussi est-il fatalement une œuvre mineure, uniquement appréciable par des gens culturellement attardés et permettant à son réalisateur de connaître un succès payé au prix de ce que d’aucuns diront être de la facilité ?

C’est oublier cette hypothèse : Ils voyagèrent vers des pays perdus n’est peut-être qu’un leurre, qu’une fiction de rêve dont il conviendrait de découvrir ce qu’elle recèle de vérité(s). Quel était le plan de la première Résistance ? Les lourdes et très graves dissensions qu’elle connut ensuite étaient-elles déjà là, en germes, latentes dans le Londres de 40 ? Quelle est la version exacte d’André Labarthe et de Jean Moulin ? Une fois encore, dans ce roman Rouart fait partie des personnages, de ces personnages qui se voilent intimement. Cela dit, pour la composante psy du bouquin. Mais, celui-ci est aussi à l’intention des historiens – du moins ceux qui savent qu’en l’espèce « le Grand Maître du Temps », aidé de la physique quantique, des personnages en est le principal – autrement dit destiné à ceux qui sauront réaliser une fois pour toute ce qu’il en EST au-delà du rêve.

Hubert de Champris

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