« Confessions d’un européiste repenti », par David M.

Longtemps, je me suis cru centriste…

Je pensais orgueilleusement me situer au-dessus de cette théâtralisation politique que nous servaient déjà les médias de masse à l’époque : une sorte de divorce consommé, entre la « droite » et la « gauche » se déchirant sur la place publique, tels deux anciens amants se disputant la garde de la gosse (répondant au doux prénom de Marianne). La politique était donc devenue pour moi une sorte de reality-show, que je regardais avec le même second degré soi-disant ironique que celui d’un animateur Quotidien de télé-poubelle.

Après tout, dès les cours d’éducation civique du collège, la prof d’histoire-géo ne nous avait-elle pas déjà assuré que le traité de Maastricht de 1992 ne pouvait ne nous être QUE bénéfique ? Qui étais-je, moi, enfant de prolétaire, pour douter de ses affirmations et de ses promesses de paix qui fleuraient bon les lendemains qui chantent ? Quel diplôme ou référence pouvais-je bien faire prévaloir, à une époque où internet n’était qu’un outil balbutiant, pour dénoncer les effets dévastateurs de la libre-circulation des capitaux ?

Alors que la cinquième république, depuis les années 70, tombait progressivement entre les mains d’aréopages de traitres à la Nation, les médias essayaient pathétiquement de mettre en scène tout ce qui pouvait bien nous faire encore suivre ce narratif de politique politicienne : l’alternance G/D à la présidence, les occasionnelles cohabitations, l’arnaque des « remaniements ministériels »… qui faisaient encore un simulacre de démocratie jusqu’en 2017 ! (Et aujourd’hui ? Et bien… plus rien !)

Que la charte de Munich peut nous sembler lointaine, lorsqu’on appréhende pleinement la consanguinité idéologique des médias avec les soi-disant élites politiques, toutes pro-UE ! La présentation trompeuse d’un Bruno le Maire ou d’un Michel Barnier comme de « grands ténors de la vie politique française » au lieu de « petits castrats de la commission européenne », nous pousse irrépressiblement à étudier le montant des aides dont bénéficient les grands groupes de presse en 2020… Et de se dire, comme Mr Chouard, que le « 4e pouvoir » devrait rapidement être encadré par la Constitution…

Puis vinrent les outils de partage du savoir et de la connaissance qui permettaient (une fois les vidéos pour QI à deux chiffres écartées) de se faire un avis un peu plus précis que celui engendré par la simple comparaison, à l’époque, du JT de TF1 avec celui d’Arte…

L’information : denrée capitale !

De la même façon qu’il vous faut au minimum trois satellites GPS pour pouvoir trianguler votre position géographique, il nous faut au moins croiser trois sources d’informations très différentes (ex : point de vue souverainiste / point de vue libéral / point de vue marxiste) pour avoir aujourd’hui un avis relativement éclairé sur un évènement ou sur l’actualité.

Un inestimable éclairage pour pouvoir affermir et développer votre culture politique, en multipliant les canaux qui se recoupent, se divisent, et s’accentuent…

La « sortie de la Matrice » se réalise alors pleinement lorsque, d’un côté, votre « géo localisation politique » vous hurle que le narratif officiel se moque ouvertement de vous, et que d’un autre côté la déprime n’a pas encore été assez puissante pour vous faire basculer définitivement dans la dépression.

Désormais, je ne suis plus « centriste »; préférant de loin le programme du CNR à celui du MoDem…

Longtemps, aussi, je me suis cru européiste…

En ce début du XXIe siècle, j’avais déjà bien compris que tout ce décidait en réalité à Bruxelles, et cela ne me gênait pas outre mesure ! Sur les conseils d’un ami étudiant à Sciences-Po à l’époque, j’ai même voté « oui » en 2005… Un exemple concret, donc, démontrant que nous pouvons aussi voter « oui » pour de mauvaises raisons :

Fainéantise intellectuelle, lors d’un référendum qui restera historiquement le « pêché originel de l’UE » !

Fainéantise administrative, pour voyager d’un pays à l’autre sans faire de VISA !

Fainéantise monétaire, pour ne pas avoir à changer de devise à l’étranger !

Raccourcis bien commodes sur le moment, comme une extension du domaine de la fainéantise et de l’avachissement… mais à quel prix ?

Celui du supplice économique et social des pays dits « cigales » comme la Grèce ou le Portugal…

Celui du supplice imminent de la France et de l’Italie, si attachées à des services publics de plus en plus démantelés…

Quant aux Gilets Jaunes, ils ont très bien compris que les dernières lois scélérates (lois Macron, El Kohmri, Rebsamen, Travail…) et autres privatisations rampantes des services publics (aéroport de Toulouse et de Paris, Française des jeux, barrages hydroélectriques, « réforme » des retraites…) venaient bel et bien des GOPE, ce rapport Théodule de la Grösse Kommission Européenne, sortie d’un chapeau tous les ans par des individus pour qui vous n’avez jamais voté…

Un rapport appliqué servilement, dans le cadre d’un PNR poursuivi par de fanatiques européistes.

Et tout ce sang et ces larmes pour gagner quoi ?

L’UE ne produit pas de sécurité : ni diplomatique, ni économique, ni sanitaire.

Elle ne produit pas de richesse non plus : uniquement des normes.

Des normes ayant par exemple freiné la bonne gestion de cette crise sanitaire, comme le fait de suivre bêtement les procédures chronophages des appels d’offres pour l’acquisition de certaines fournitures médicales (alors que nous avions encore des usines et des laboratoires départementaux prêts à gratuitement nous aider en mars 2020).

Dans la mesure où les français avaient été assez « gentils » pour laisser le bénéfice du doute à la construction européenne en 1992 (avec TOUS les médias poussant au « oui »), avant de comprendre la nocivité de cette UE et de voter « non » en 2005, les rares bénéfices économiques que nous pourrions tirer de ces protections normatives sont ridicules, comparés aux ravages que peuvent provoquer :

– la libre circulation des capitaux (délocalisations et externalisation de notre pollution dans le tiers-monde)

– la mondialisation asymétrique (les hausses de charges dues au respect de cet océan de normes)

Alors que des accords de libre-échanges (MercoSur, CETA…) permettent d’importer des produits ne respectant pas les mêmes normes sanitaires que nous imposons à nos propres éleveurs, nous serions alors assez stupides pour la jouer « fairplay » dans un marché mondial où tout le monde triche ?

Mettre tous les problèmes de la non-gestion européenne sur le dos de faux nationalistes d’opérettes (comme la mascarade du groupe de Visegrad ou du RN) ne nous dédouanera pas d’un indispensable BILAN (chiffré !) sur notre appartenance à l’UE et à l’euro ! Dans la mesure où même le fameux « couple franco-allemand » n’existe plus lorsqu’on traverse le Rhin au XXIe siècle, il vaut mieux jeter cette mayonnaise ratée (dès le départ) qui protège plus la fuite des capitaux qu’un quelconque fantasme d’harmonisation (fiscale, sociale…).

Harmonisation qui sera de toute façon rejetée, lors des prises de décisions, par le principe de l’unanimité de 27 pays aux intérêts historiquement divergents…

L’UE est -et a toujours été- un projet ultralibéral jouant JUSTEMENT sur les différences de réglementations entre ses pays membres depuis le traité de Rome. Ils n’harmoniseront rien car ce n’est pas dans les intérêts de cette organisation supra nationale, qui a déjà phagocyté nombre de nos souverainetés.

C’est dans son ADN : Les GOPE en sont la traduction (de type ARNm) et nos lois liberticides un exemple des monstrueuses protéines qu’elle est capable de synthétiser dans le pays fondateur des droits de l’homme et du citoyen… Et à moins de sérieusement s’y connaitre en matière d’OGM ou en oncologie, l’utilisation de l’article 50 du TUE nous permettra de pleinement retrouver les avantages des quelques 6650 traités (pour la plupart bilatéraux) que nous avons DÉJÀ passé avec le reste du monde.

Y compris avec nos fameux « partenaires et amis européens ».

Les astrophysiciens nous ont appris que nous voyons toujours briller, aujourd’hui sur le terrain, la lumière d’étoiles mortes depuis bien longtemps. Plus ces étoiles sont éloignées, et plus le temps de s’apercevoir de leur trépas est important…

Si l’UE représente aujourd’hui une organisation technocratique à des années-lumière des préoccupations quotidiennes et du bien-être de ses citoyens, alors les étoiles d’or de son drapeau sont aujourd’hui pour moi des astres morts sur l’azur de mes anciennes certitudes européistes.

Aussi, tel un ancien témoin de Jéhova s’étant lui-même affranchi de son contrôle sectaire, je peux le dire, aujourd’hui…

Je ne suis plus européiste !

David M.

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