La chronique anachronique de Hubert de Champris

Yann Verdo, Le violon d’Einstein – Variations sur le temps, les quanta, l’infini –, Odile Jacob poches, 254 p.

Qu’est-ce qu’une journaliste sportive ? En bon français, c’est une journaliste… sportive ! C’est-à-dire une journaliste qui pratique assidûment un ou plusieurs sports. Toutefois, à notre époque tordue, qui assimile le génitif objectif et le génitif subjectif à l’adjectif, ce peut être aussi, croyons-nous comprendre, une journaliste qui pratique de manière sportive sa profession de journaliste, – acceptation encore recevable. Mais, paraît-il, le groupe de mots avant tout signifie de nos jours que la journaliste en question traite spécialement la matière du sport.

Ce qui est bien avec Yann Verdo, journaliste « scientifique », c’est que les trois acceptions s’avèrent entièrement fondées. Il y a aujourd’hui beaucoup de livres qui sont ‘‘remarqués’’ sans être pour autant remarquable (et qui sont, au contraire, comme on dit, parfaitement ‘‘dispensables’’). On est donc bien venu de parler sommairement (et, ainsi, sans pouvoir en un simple article développer ce sommaire) d’un livre remarquable et, pour autant, objectivement pas assez remarqué. Notre homme est un homme complet, qui a écrit avec modestie (feinte ?) un livre que seule, une fois encore, la simplicité de l’auteur l’incite à le sous-titrer comme s’il s’agissait de simples et bien osées variations, de celles qu’un compositeur léger, lunaire, lunatique, romantique et mélancolique jouerait à l’invite d’un parterre de dames et damoiselles dans un salon louis-philippard alors qu’il s’agit au contraire de considérations souvent certaines et pourtant prémonitoires sur l’unicité du savoir découlant des sciences dites ‘‘dures’’.

Certes, M. Verdo pratique la reconstitution de dialogues. Mais, à l’encontre d’universitaires patentés, il imagine juste, ce qui veut dire que son compte-rendu est si ce n’est dans la lettre, pour le moins dans l’esprit, proche de la réalité mais, aussi, qu’il se contente d’imaginer, ce qui signifie que le fruit de son imagination est aussi la résultante de tout un travail de réflexion sur la psychologie des protagonistes et de compréhension du cheminement cognitif de tous ces grands « découvreurs », cheminement dont il a bien perçu qu’il intégrait bien autre chose que le déroulement écrit de la raison logicienne discursive mathématiques.

De la même manière qu’intuition et logique démonstrative (c’est-à-dire cette dernière expliquant et ‘‘prouvant’’ en équations ce qui avait été vu et trop soudainement compris dans l’instant de l’intuition) sont, en amont, irrémédiablement liées comme étant à l’origine du processus de découverte, celle-ci, à l’analyse et de plus en plus depuis les progrès de la physique quantique, s’avère rendre compte d’une réalité profonde de l’univers où, aussi, n’existe pas de séparation insurmontable entre les matières (les contenus) de la science et, de la sorte, entre chacune de ces sciences (les sciences dites humaines étant de plus en plus concernées voire carrément impliquées dans cette inséparabilité.) Inséparabilité, intricabilité des particules dans le monde subatomique, inséparabilité de l’espace et du temps, inséparabilité des différents processus types de cheminements cognitifs etc ; inséparabilité sous forme d’insuffisance en ressources auto-explicatives, autrement dit, impossibilité pour un système de pouvoir par lui-même dire tout de lui et de justifier des réalités/vérités qu’il soutient ainsi que le démontre Kurt Gödel dont le principe d’incomplétude, – sous réserves que tout puisse être arithmétiquement numérisé -, pourrait être étendu au-delà des sciences (par exemple aux systèmes religieux), principe, aussi, au demeurant qui, en (bonne ?) logique pourrait se retourner contre lui-même !

Il ressort de plus fort de la lecture de Verdo – et, donc, de l’état actuel des déductions (et non pas seulement des seules constations) à opérer des dernières découvertes en ces matières – que la question de la manière dont l’effet – plus précisément : l’intrication – quantique peut s’appliquer -s’expliquer – au niveau macroscopique n’est de loin pas résolue. Elle est certes non seulement pas résolue mais nombre de scientifiques sont loin d’envisager que cette question-là doit d’abord être posée et qu’il convient qu’ils se la posent, ce qui est loin d’être gagné.

Nous avions parsemé ces pages de moult ‘sticks’. Ils marquent autant de points forts dont l’approfondissement auquel ils nous conduiraient équivaudrait à un autre livre. Il vous suffira lecteurs de vous dire, il nous suffira de nous souvenir que dans le violon d’Einstein n’est pas condensée, n’est pas seulement vulgarisée la quintessence symbolique du savoir scientifique actuel et à venir ; c’est, plus essentiellement encore, la mélodie des sciences physiques, mathématiques, parallèle (et fusionnelle à celle des autres sciences) qui s’exsude. Sensation qui nous a des airs de Schopenhauer soutenant que « Le monde est tout autant musique incarnée que volonté incarnée. »

Hubert de Champris

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