La chronique anachronique de Hubert de Champris

Pierre Brunel et Etienne Crosnier, Genevoix, de près…, La Guêpine éditions, 144 p., 19 €.

Le cinq mai dernier, l’actuel président de la République prononçait sous la Coupole de l’Institut un discours mémoratif de la mort, voilà deux siècles, de l’Empereur des Français. Parmi un auditoire comme on dit clairsemé, on discernait l’éminent comparatiste Pierre Brunel, visage frais, juvénile et encuriosé, fidèle au poste. Ses collègues et néanmoins confrères, pour la plupart, entre covid 19 ou 20, fièvres diverses, toussements et tout sottement étaient demeurés chez eux à déglutir leur tisane des Trois Marmottes. Pierre Brunel disions-nous, lui, est en permanence sur le pont, ne rechignant jamais, dimanche et jours fériés compris et bien compris, à aller voir au dehors s’il n’y aurait pas à glaner nouvelles et nouveautés, muses, musées et conférences, de quoi nourrir une encyclopédie en permanence ouverte au grand vent de la connaissance. C’est dire que notre docteur n’a nulle honte à nous montrer que le docte est d’abord fait d’anecdotes, que ce n’est pas en vain que l’on soutient que la forme ne soit rien d’autre que le fond remontant à la surface.

Ainsi notre major de l’agrégation de Haut Français se manifeste-t-il dans un petit livre que, pour un peu, on aurait dit sorti tout droit d’un éditeur coquin, d’un publiciste libertin. La Guêpine, cela vous a un air de soubrette qui prend les devants, un côté piquant bien apaisant, un air de campagne, et peut-être bien de campagne solognote, celle de Genevoix justement, quand le gibier se révèle tout de fourrure, humain, tendre et féminin.

Nous ne devrions pas trop le dire : si, à l’instar de Sartre, Camus nous a longtemps paru bien être ‘‘un philosophe pour élèves de Terminale’’, Maurice Genevoix était lui, en parallèle, l’écrivain de nos classes de Collège, 6ème comprise. L’auteur de Raboliot ne nous attirait guère, moins encore son univers campagnolesque plein de bêtes et de gardes-chasse… Nous ignorions le mémorialiste de la Grande Guerre, le successeur d’Henri Barbusse. Genevoix était le Pagnol du Centre de la France, le narrateur de ses eaux et forêts, à défaut d’en être le poète. Grâce lui soit rendu : le jeune Etienne Crosnier fait justice de ces préjugés et nous fait toucher du doigt le tragique irriguant tant la chasse animale que la chasse de masse constitutive d’affrontements guerriers dont Maurice Genevoix fut l’apitoyé témoin et écrivain.

La première partie du livre met en scène un Brunel à la recherche de son confrère. Avec lui, entre rencontres cocasses dans un cimetière parisien et souvenirs de Normale, approchons-nous des dernières années d’un personnage au cours d’un périple qui, à la vérité, nous dit plus (encore) de l’enquêteur que de l’enquêté. Ainsi, si vous voulez parfaire votre connaissance de l’auteur de Ceux de 14 et du Bestiaire enchanté, portez-vous vers cet ouvrage. Au passage, vous y ferez donc connaissance avec ce grand spécialiste de littérature comparé que demeure Pierre Brunel. Et, alors et peut-être, comme nous, comprendrez-vous qu’une certaine synthèse de l’éparpillement, une prose à la Offenbach, primesautière, sautillante, précise, précieuse sans être spécieuse, où la compilation est la politesse de l’explication forment ensemble cette science semblable à celle du sommelier qui, d’un geste tournoyant de la main, vous fait pressentir les fragrances des mots évanouis.

Hubert de Champris

Pour une exégèse

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