« Territorialité et citoyenneté », par André Jatob

Tous les commentateurs de la vie politique nationale ont admis que le véritable gagnant des récentes élections municipales a été le candidat dénommé « abstentionnisme ». Face à cette « Bérézina », la surprenante mais néanmoins légitime victoire des Verts  ne suffit pas à masquer le grave marasme qui frappe la vie démocratique de notre pays. Sans vouloir ternir la victoire des verts, on pourrait toutefois parler d’une victoire par « défaut ». Malheureusement, force est de constater que Le courant abstentionniste s’amplifie au fil du temps. Jadis il était de 30% voire davantage en fonction de la typologie de l’élection. Aujourd’hui il est de 60% ! Qu’en sera-t-il demain ?…

La faillite de notre système politique, à savoir celui de la Démocratie représentative est d’autant plus flagrante qu’il s’agissait récemment d’une élection locale pour laquelle le Maire est censé représenter une majorité des citoyens de sa Commune. Quelle est la valeur de la représentativité d’un(e) élu(e) dont le programme n’intéresse que 4 électeurs sur 10 ? Cela illustre bien l’incapacité actuelle de nos dirigeants et plus globalement de notre classe politique à susciter l’adhésion du citoyen à la « chose » publique.

En réalité, si rien n’est fait pour remédier à sa déchéance « programmée » c’est notre système démocratique qui est menacé dans ses fondements. A cet égard, ce n’est pas la parodie de démocratie engagée par E. Macron au travers de la convention qualifiée de citoyenne pour le climat qui changera quelque chose! Je ne m’étendrai pas sur cette mascarade de consultation qui a déjà été dénoncée par de nombreux chroniqueurs politiques des plus pertinents.

Il est maintenant grand temps de songer à une profonde réforme de notre mode d’expression démocratique et de manière corollaire celle du système judiciaire qui devrait lui être attaché. Toutefois, la présente contribution dont le nombre de caractères a été volontairement réduit, ne s’est limitée qu’a une proposition visant à apporter un nouveau souffle à notre démocratie au bord de l’asphyxie.

Ce nouveau souffle devra prendre sa source dans des territoires à « repenser » où l’initiative citoyenne restera au cœur des politiques publiques à proposer au pays, dans le respect des prescriptions environnementales pour la planète. En d’autres termes, il s’agira pour les élu(e)s d’organiser et d’animer autant que faire se peut la vie de leur territoire grâce à la dynamique de l’initiative citoyenne.

Nouveaux territoires – Nouvelle citoyenneté

Le territoire visé par la nouvelle approche citoyenne est avant tout un territoire « homogène » doté de sa propre typicité dans le sens où :

  • Les citoyens revendiquent un fort enracinement ou une forte appartenance territoriale,
  • Les traditions culturelles, artistiques, culinaires… sont partagées par la grande majorité.

Il est évident que le nouveau territoire ainsi identifié pourrait ne pas correspondre aux limites géographiques actuelles des Départements et Régions dont les contours originels ont trop souvent obéi à des logiques politiciennes électoralistes.

Comment définir ces nouveaux territoires de citoyenneté ?

Il existe une méthode très simple pour délimiter un territoire « homogène ». Il s’agit de la technique du zonage à dires d’acteurs (ZADA) qui a fait ses preuves depuis longtemps. Cela consiste en une approche itérative qui permet, au moyen d’intenses consultations, aux acteurs de tous horizons professionnels, de se mettre d’accord de manière collégiale et démocratique sur les contours de « leur » territoire identitaire ainsi que sur les actions à entreprendre pour, si nécessaire, conforter cette identité.

Suggestion : Sans avoir recours au ZADA, nous savons tous qu’il existe en France des territoires identitaires tout tracés et reconnus depuis déjà des centaines d’années, à savoir les Provinces. Dans la France « d’après », Les Provinces pourraient ainsi devenir des échelons territoriaux tout à fait pertinents, en remplacement des Régions !

Dès lors que le citoyen aura accepté voire plébiscité son appartenance territoriale, il ne pourra pas rester insensible aux propositions de tous ordres pour assurer la gouvernance de « son » territoire. Bien évidemment, cette gouvernance pourra porter sur tous sujets susceptibles d’impacter la vie citoyenne : la sécurité économique de la Nation, celle des biens et des personnes, les transports, la sauvegarde de l’emploi, le développement rural, la santé, la lutte contre le racisme…, sachant que la piste environnementale devra rester une préoccupation transversale à certaines de ces thématiques.

Dans cette perspective, il pourrait être crée dans chaque territoire un Observatoire de la démocratie et de la vie citoyenne doté des missions  les plus larges dans les domaines non régaliens de la vie publique. C’est notamment cet Observatoire qui serait chargé de représenter une puissante force d’animation démocratique territoriale et de propositions citoyennes en direction des Autorités gouvernementales de la Nation.

Souverainisme et territorialité

La nouvelle mosaïque territoriale ainsi constituée sera une véritable richesse pour la Nation toute entière.  Il s’agira pour chacun des territoires de s’enrichir de leurs mutuelles spécificités.

Ainsi, le concept de souverainisme devra être davantage accessible à tous. C’est la cohésion des territoires qui donnera à la Nation son caractère le plus souverain, inviolable et sacré.

Le souverainisme est la doctrine qui consiste à placer les territoires et la Nation qu’ils représentent, au-dessus de tout autre type de souveraineté, notamment celle que certains voudraient la faire porter à l’UE.

Quant au mondialisme, nous savons que c’est l’antithèse du souverainisme. Autrement dit, la sonnette d’alarme souverainiste devra retentir lorsque les intérêts vitaux de la Nation et de ses territoires sont menacés. Par ailleurs, le souverainiste devra également s’ériger en « gardien » de l’identité nationale.

En guise de conclusion, je dirai : Souverainistes, nous nous efforcerons de le devenir.

André JATOB

Ancien Directeur Territorial

Ancien Directeur de la Ruralité et des Pêches au Conseil Régional de La Réunion

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