La chronique anachronique de Hubert de Champris

Chavanne et Pagnon, Sur le chemin de la vie, éditions du Jardin public.

Il y avait Roux et Combaluzier, les galeries Barbès et Ségalot, Laurel et Hardy, Darty et Réal, Tintin et Milou, Rox et Rouky, Tanguy et Laverdure, Pascal et Spinoza, saint Pierre et saint Paul, la lune et le soleil, le lard et le cochon, Sodome et Gomorrhe j’en passe des vertes et des moins que mûres ou groseilles, il y aura désormais moutons et panurge, à moins que ce ne soient nos lascars qui, eux, ne suivent pas le gros du troupeau. Nous avons nommé les ci-devant Philippe Chavanne, homéo épatant de la bonne ville de Périers, c’est fou n’est-ce pas ? dans la Manche et son acolyte, Antoine Pagnon, sans lien d’aucune sorte avec Antoine Compagnon de Barthes et spécialiste de Proust, mais imprimeur à Coutances comme Montaigne était président à mortier.

Quel est le propos de nos auteurs ? La mise en évidence de l’écheveau de relations qui structurent et font un ensemble. On est là devant un abécédaire ou, si vous préférez, une introduction à la systémique qui ne dit pas son nom pour la bonne raison que les gens et les choses sérieuses, contrairement aux anges qui se prennent eux-mêmes à la légère, ont, eux, le bon goût de ne pas se prendre au sérieux. Pour saisir d’un trait ce qui nous est ici dit, il nous faut nous représenter une droite aux extrémités de laquelle sont fixés les points opposé/complémentaires. Ainsi entrevoit-on l’omniprésence de la dialectique, oscillations constantes entre la prédominance de l’opposition/contraire et la prédominance de la complémentarité. Mais, les choses se compliquent lorsqu’on comprend que cette opposition/contraire est déjà, en elle-même, une complémentarité et que celle complémentarité est, pareillement, déjà en elle-même une opposition. De la sorte déduisons-en nous qu’il ne convient pas de parler d’emblée de « opposition-complémentarité » (comme celle, habituellement donnée en exemple, du noir et du blanc) mais de ‘mise en axe’, cette mise en axe étant tout simplement le premier mode de l’entrée en relation (entre n’importe quel type d’éléments : personnes, animaux, plantes, toutes choses).

Incongrus, fantasques, rigoureux, amicaux, spirituels voire spiritualistes, raisonneurs mais non rationalistes, à cheval sur l’esprit et sur l’amour qui n’est que l’autre nom de l’humour prince sans rire, ces deux tomes de savoir, introduction au structuralisme, intéresseront les adeptes de littérature comparée, les lecteurs de Roman Jakobson et de Claude Lévi-Strauss, les théoriciens des sciences dures ou en conjectures, en somme tous ceux [en bon français, le masculin étant aussi dit, le cas échéant, neutre implicite, il n’y a pas lieu de faire état de nos selles] œuvrant pour le passage de l’ésotérisme à l’exotérisme. Ils s’empresseront de se délecter d’une œuvre au noir, qui nous mène du bon sens au sens ultime des choses, de l’alchimie à la vraie chimie des relations universelles, une œuvre qui, vous l’avez compris, n’a pas de prix.

Hubert de Champris

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