« 22 ans après, le Kosovo-Métochie reste une plaie ouverte pour les Européens », par Alexis Troude

Je me souviens de la propagande de Wesley Clark qui voulait « ramener la Serbie à l’âge de pierre »

De l’hypocrisie éhontée d’un Bernard Kouchner annonçant « 100 000 viols» ou d’un Rudolf Scharping claironnant à tout va qu’il existe un «plan fer à cheval » où les Serbes « jouent au football avec des têtes coupées » !!!

Du voeu pieux de Lionel Jospin de créer un « Kosovo autonome et démocratique, dans la coexistence des peuples »

Des bombardements commandités par Jacques Chirac sur Belgrade, voulant ainsi « stopper la grangrène de l’innommable »

Même du leader communiste Francis Wurtz qui avait mis de côté le credo pacifiste de son mouvement pour « empêcher Milošević de nuire »

Mais depuis l’eau a coulé sous les ponts comme disait l’autre, et le résultat de 22 ans d’occupation euro-atlantique est accablant.

Dès le 9 juin 1999 et les accords de Kumanovo, la catastrophe annoncée arriva bel et bien. Elisabeth Lévy avait été frappée par le fait qu’« il y plus d’humanitaires et de journalistes que de soldat s» pour assurer la sécurité de la population locale.

Le président serbe, jugé au TPIY, avait bien démontré un jour de mai 2002, en se défendant comme un beau diable, et malgré l’attitude hautaine et hors norme du juge, l’inanité de ce procès : « Monsieur le juge vous êtes d’accord que les bombes tombent sur toute la population civile, c’est à dire aussi bien sur les Albanais, que les Serbes et toute autre minorité ».

Et la catastrophe annoncée arriva :

  • 2003: le massacre de paysans serbes à Goraždevac
  • 2003: les jeunes frères Pantelić mitraillés alors qu’ils se baignaient dans une rivière
  • Mars 2004 : le pogrom inqualifiable, dans le silence assourdissant de tous les media européens, où des foules déchaînées brûlèrent la ville de Prizren, s’attaquèrent à plusieurs monastères médiévaux et tuèrent 19 personnes en une seule journée.

Depuis, les Serbes vivent dans des enclaves, coupés du monde, obligés d’appeler en renfort les chars de la KFOR, qui pour aller à l’école, qui pour aller enfanter dans une clinique à plusieurs dizaines de kilomètres, la peur au ventre.

J’ai vu de vieilles femmes serbes obligées à Gnjilane de rentrer têtes baissées, en catimini, dans le bus, de peur d’être vues par leurs voisins albanais.

J’ai rencontré à Velika Hoča un vaillant paysan bien décidé à rester sur place, coûte que coûte alors que ses enfants ont tous fui pour un avenir meilleur et malgré le mitraillage de sa maison par les barbares albanais pas moins de sept fois en trois ans.

Oui en plein coeur de l’Europe, à moins de deux heures de vol de Paris, plus aucun Juif ne réside au Kosovo-Métochie, deux tiers des Roms ont dû quitter la région et plus aucun Serbe n’habite dans la capitale Priština ou l’ancienne capitale des rois de Serbie, Prizren.

Il faut avouer que la plus grande opération de l’OTAN (KFOR) de l’après-guerre et une des missions les plus importantes de l’ONU (MINUK) sont des échecs fracassants.

Au lieu d’un Kosovo multi-ethnique, rêve idéologique d’une Madeleine Albright et calcul sournois d’un Bernard Kouchner, nous avons :

  • Sur le sol de la plus grande densité de monastères orthodoxes en Europe, des dizaines d’églises détruites, des centaines de cimetières profanés et des mosquées ottomanes locales transformées en mosquées wahhabites commandités par l’Arabie saoudite. La folie idéologique des sbires de l’UCK va jusqu’à dynamiter en 2007 un mausolée ottoman au nom d’une prétendue pureté albanaise !
  • Un apartheid, régime né sous d’autres cieux, est au Kosovo-Métochie appliqué de main de maître, transformant en citoyens de seconde classe non seulement la minorité serbe, mais aussi les minorités rom, turque ou gorani, obligées de fuir les grandes villes et de vivre parfois dans des containers !
  • Un nationalisme albanais tellement sûr de son fait car jamais puni, tellement à la recherche d’une origine illyrienne fantasmée, qui prétend que les églises orthodoxes étaient en fait catholiques albanaises, transforme tout nom slave ou turc en albanais, interdit l’enseignement dans d’autres langues que l’albanais de la maternelle à l’université et va même jusqu’à inventer des morts pour les placer sur les monuments aux morts à la gloire de l’UCK !

Mais L’Europe n’est pas condamnée à subir la loi de quelques fanatiques albanais soutenus par leurs commanditaires atlantistes.

Dans une bataille passée sous silence, les autorités serbes ont réussi à bloquer la reconnaissance des Institutions provisoires de Priština en appuyant plus de 95 pays de l’ONU sur 193, obtenant l’adhésion des grandes puissances du monde émergent (Chine, Russie, Inde, Brésil) mais aussi des grandes nations musulmanes (Algérie, Irak, Iran, Indonésie) et de 5 pays au sein même de l’UE.

Il faut continuer le combat et refuser toute représentativité de l’Etat auto-proclamé du Kosovo dans les instances internationales.

Il en va de l’honneur des Européens et de l’idée même de civilisation et de démocratie.

Alexis TROUDE

Président du Collectif pour la paix au Kosovo

Enseignant à l’Université de Versailles

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