Recension de “Miyamoto Musashi, guerrier de la transcendance” de Tadao Takemoto, par Serge Gadal

Tadao Takemoto, Miyamoto Musashi, guerrier de la transcendance. Vers un dialogue entre Bushidô et chevalerie, Signatura, 142 pages, 29 euros

Samouraï légendaire, Miyamoto Musashi (1573-1645) est l’auteur du Traité des cinq roues (Gorin-no-sho), livre d’escrime au sabre tout autant qu’ouvrage de stratégie, qui est encore étudié aujourd’hui dans les académies militaires aux côtés de l’Art de la guerre du chinois Sun Tzu.

Le livre qui lui est consacré par Tadao Takemoto, descendant d’une famille de samouraï remontant au IXe siècle, universitaire, ami et traducteur de Malraux, évoque bien évidemment le guerrier, le samouraï, l’escrimeur révolutionnaire qui à l’âge de trente ans avait déjà livré plus de soixante duels sans jamais avoir été battu (il portait généralement un coup unique, mais décisif, sur le front, à son adversaire). Mais ce livre s’intéresse aussi au poète, à l’urbaniste, à l’artiste paysagiste et au peintre zen délicat que ses magnifiques illustrations nous permettent enfin d’apprécier pleinement, ce qui en fait un véritable ouvrage d’art.

Cette qualité iconographique et éditoriale se justifie pleinement car « Musashi c’est la force unie à l’élégance », nous dit Tadao Takemoto. « Sans cette alliance il n’y aurait finalement ni bushidô ni chevalerie », ajoute-t-il. L’auteur nous démontre en effet, à l’aide d’un tableau chronologique, qu’il existe effectivement une synchronicité troublante entre l’évolution du bushidô et celle de la chevalerie européenne, perspective de recherche fructueuse s’il en est…

Musashi connaît son premier duel à l’âge de treize ans, duel au cours duquel il tue son adversaire. En 1600, il participe à la bataille décisive de Sekigahara au sein de l’ « armée de l’Ouest », qui est vaincue. Selon certaines sources il y aurait été grièvement blessé. Peu à peu la spiritualité et les arts prennent une place de plus en plus importante dans sa vie. Tadao Takemoto nous rappelle que Musashi fut même à ses heures danseur de Nô. Finalement à partir de 1603, il décide de n’utiliser qu’un sabre en bois afin de laisser au moins une chance de survie à ses adversaires. Miyamoto Musashi est le fondateur de  l’école d’escrime à deux sabres.

Outre le Gorin-no-sho, dont le manuscrit s’étend symboliquement sur cinq rouleaux qui représentent les cinq éléments (Terre-eau-feu-vent-vide), Musahi est l’auteur de quatre autres livres sur l’art de la guerre.

Entre biographie et quête spirituelle, le livre très personnel de Tadao Takemoto se continue par une interrogation sur ce que représente le bushidô, mais aussi l’art zen, tout aussi présent que la guerre dans la vie des samouraïs du XVIIe siècle. On le refermera en contemplant le troublant lavis peint par Musashi représentant une pie grièche sur une branche.

Serge Gadal

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