« L’ISSEP Madrid, nouveau pion sur l’échiquier de Marion Maréchal ? », par Nicolas Klein

Marquée par une très forte polarisation idéologique mais aussi par un regain de tensions institutionnelles et territoriales, la rentrée politique espagnole se caractérise également par une « nouveauté éducative ». Annoncée en février 2020, la création d’une antenne madrilène de l’ISSEP (Institut des Sciences sociales, économiques et politiques), l’école fondée par Marion Maréchal à Lyon en mai 2018, devient effective avec le début de ses cours en septembre de la même année[1].

Cet établissement propose peu ou prou une formation comparable à celle de son « grand frère » lyonnais (histoire, philosophie, économie, droit, géopolitique, gestion, communication) tout en mettant logiquement l’accent sur l’Espagne[2]. Le seul master proposé pour le moment par l’ISSEP Madrid a enregistré un certain succès avec 150 candidatures pour 24 places offertes[3].

La presse espagnole s’était déjà intéressée à l’école originale installée dans la capitale des Gaules, n’hésitant pas à souligner son ancrage à l’extrême droite[4]. Ce nouveau siège madrilène semble s’inscrire dans les pas de son devancier français puisqu’il peut compter sur le parrainage de deux conseillers de la formation espagnole Vox, classée très à droite : Kiko Méndez-Monasterio et Gabriel Ariza[5].

L’objectif affiché est dans la droite ligne de l’ISSEP Lyon, à savoir devenir une « alternative culturelle » au cursus universitaire traditionnel, jugé trop à gauche. Un but qui ne peut qu’entrer en résonance avec les appels incessants de Vox à mener une « guerre culturelle » contre le gouvernement de coalition entre Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et Podemos[6]. C’est également la vision de Marion Maréchal[7], qui s’est entourée d’un prestigieux aréopage outre-Pyrénées. Parmi les professeurs qu’elle a recrutés, l’on retrouve par exemple Javier Tebas, président de la Ligue professionnelle de Football ; Jaime Mayor Oreja, ministre de l’Intérieur de 1996 à 2001 ; Pedro Baños, colonel de l’Armée de terre et spécialiste des questions géopolitiques ; ou encore Alejo Vidal-Quadras, fondateur de Vox et président de la fédération catalane du Parti populaire de 1991 à 1996[8].

S’il est vrai que le profil, les opinions politiques et le parcours de ces personnalités est relativement divers (tout en s’inscrivant globalement à droite), il est tout aussi indubitable que certaines d’entre elles sont souvent associées au néofranquisme, à tort ou à raison[9]. Et bien que Vox se défende de faire de l’ISSEP Madrid son groupe de réflexion, il y est très lié, comme nous le signalions plus haut[10]. De fait, Santiago Abascal, président de la formation espagnole, était présent à sa première rentrée, tout sourire[11]. De quoi renforcer le caractère sulfureux de Marion Maréchal.

Car, au fond, que cherche celle qui a été la plus jeune députée française de l’histoire ? Entre ses accointances avec la Ligue italienne ou la droite au pouvoir en Hongrie et en Pologne, elle parcourt l’Europe en quête d’une sorte d’« internationale des patriotes » qui ressemble en fait davantage à des alliances entre libéraux-conservateurs voulant modeler l’Union européenne à leur idée. Vox répond parfaitement à cette définition, en dépit de ses récentes tentatives de rapprochement avec le monde ouvrier[12].

S’il s’agit pour la droite dure espagnole de se faire accepter sur une scène continentale dont elle a longtemps été absente, la nièce de Marine Le Pen espère de son côté conforter sa « stature » d’hypothétique candidate à l’élection présidentielle française (en 2022 ou, plus probablement, en 2027). Elle est en effet persuadée d’avoir devant elle un boulevard à droite sur les thématiques qui lui sont chères (comme l’immigration, le libéralisme et le nationalisme). Et en cas de victoire (tout aussi hypothétique), elle aurait besoin d’alliés dans les pays-membres de l’UE pour mener à bien son projet de transformation de la « construction européenne » de l’intérieur. Une stratégie vouée à l’échec au vu du caractère irréformable de l’Union européenne – mais les déconvenues d’Emmanuel Macron et de ses prédécesseurs dans le domaine ne semblent pas décourager la fondatrice de l’ISSEP…

Nicolas Klein

[1] Voir « Mensaje de Marion Maréchal al ISSEP Madrid » sur le site officiel de l’école : https://issep.es/noticias/mensaje-de-marion-marechal-al-issep-madrid.

[2] Voir la section « Programa » sur son site officiel : https://issep.es/programa-issep.

[3] Voir Ballesteros, Roberto, « 150 peticiones para las 24 plazas del máster político de la saga Le Pen en Madrid », El Confidencial, 24 juin 2020.

[4] Voir, par exemple, Fernández, Guillermo, « Dentro del «Instituto Le Pen» donde se pagan 5.000€ por un título de extrema derecha », El Confidencial, 27 septembre 2018.

[5] Voir Ballesteros, Roberto, « Mayor Oreja, Tebas, Del Rivero…: así será el máster político de la saga Le Pen en España », El Confidencial, 25 mai 2020.

[6] Voir, par exemple, Prieto, Carlos, « Vox y el Gobierno les desean una feliz guerra cultural », El Confidencial, 22 janvier 2020.

[7] Voir, par exemple, Tabard, Guillaume, « Pour Marion Maréchal, la bataille culturelle avant le combat politique », Le Figaro, 31 mai 2018.

[8] Voir la section « Algunos de nuestros profesores » sur le site officiel de l’ISSEP Madrid : https://issep.es/profesores.

[9] Voir, par exemple, Gastaldi, Daphné et Elkaïm, Alban, « De Lyon à Madrid, Marion Maréchal recrute jusque dans les rangs des nostalgiques de Franco », Médiacités Lyon, 8 septembre 2020.

[10] Voir « El think tank de la sobrina de Le Pen no será la «FAES» de Vox », El Confidencial Digital, 3 février 2020.

[11] Voir la vidéo « Evento ISSEP Madrid » sur la chaîne YouTube officielle de l’institut : https://youtu.be/qACOJzh1Ir4.

[12] Voir, par exemple, Hernández, Esteban, « La pelea entre PP y Vox (y, de fondo, el giro lepenista de Abascal) », El Confidencial, 5 octobre 2020.

0 Partages

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

facilisis Lorem et, fringilla id non id