La chronique anachronique de Hubert de Champris

Etienne Tarride, Un banc sur la falaise, L’Harmattan, 216 p., 20 €.

Un cœur simple : c’est sous ce titre que Gustave Flaubert avait brossé le destin meurtri d’un cœur floué. Ici, notre non moins normand narrateur, alentour Rouen, déroule les destinées entremêlées d’autres cœurs, tout aussi simples mais in fine résolus à ne point se laisser réduire à n’être que les variables d’ajustement – d’injustement dirait ma concierge qui a toujours le lapsus moralement et politiquement révélateur à la bouche – de ces fonds de pension, fonds de ponction des forces vives du pays profond. A vrai dire, des personnages nous avons oublié les noms, hormis celui d’Edith, préfet de son état qui, moulée de la pitié et de la piété normandes qui sont bien les emblèmes de ce pays profond, à la fin passera avec armes (du droit et de la vertu politique) à la résistance. A vrai dire encore, les quelques intrigues politico-journalistico et, aussi, gentiment sentimentalo-finançières se sont-elles comme fumées dans les herbes estompées de notre mémoire. Alors, direz-vous, que demeure-t-il en somme peut-être pas théologique mais pour le moins religieuse de ce récit tout aussi simple que ses personnages, tout aussi droit, pour qui y réfléchit bien, dans ses intentions d’un ordre peut-être même supérieur à la haute politique que le sont celles de ces hérauts du décalogue, contempteur du mondialisme matérialiste, déshumaniste et financier ? Il demeure dans la forme une illustration de bonne facture romanesque du vice de fond du monde post-moderne magnifiant comme par contraste ces petites gens dont un Christophe Guilly a bien analysé la fonction qui pourrait être la sienne quand une contrée passe de la jacquerie à la révolte et de la révolte à la révolution. Attention ! Sachons lire Tarride : c’est peut-être un ami du pauvre et l’immigré sans destin, mais le bon samaritain n’est pas dupe de Sœur Os. N’a-t-on pas le souvenir d’un auteur se déclarant par ailleurs catholique, et catholique romain, et dans la foulée, gaulliste, à condition qu’accolé au substantif, l’adjectif ‘‘social’’ soit dit redondant ? Or, s’il y a bien un vicaire du Christ qui n’est pas romain, c’est ce François Ier qui aime son lointain avant son prochain. On devra donc remarquer que la caractéristique première et commune aux personnages de ce roman bref et efficace est d’incarner des vertus que l’auteur ne laisse pas se dissoudre dans l’universalisme désincarné d’un François Ier contraire à la catholicité pour ainsi dire viscérale de notre auteur. Etienne Tarride, vrai franciscain, laisse entrevoir des sentiments mitigés envers un pape qui substitue une naïveté coupable à l’idéal promu par ce christianisme en bonne logique catholique. Et comme il est avocat honoraire et qu’il nous faut en finir d’une pirouette, écrivons que la morale de l’Histoire, la morale de son histoire tient peut-être en un mot : quand il s’y oppose, l’honoraire doit céder le pas à l’honneur.

Hubert de Champris

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