La chronique anachronique de Hubert de Champris

Pierre Magnard, Penser c’est rendre grâce, préface de Chantal Delsol, éditions Le Centurion, 228 p.,19,90 €.

C’est un siècle de pensée, et de pensées fermes et droites mais ornées de leurs flexions et inflexions que Pierre Magnard – dont le Cahier de l’Herne consacré au poète Christian Bobin nous dit qu’il fut à la Sorbonne (tâche magnifique) « en charge de la métaphysique » – nous donne à entendre, plus encore, à conserver dans notre cœur de conservateur. S’ouvre dès lors sous sa plume un conservatoire de belles œuvres, au premier chef celle de Martin Heidegger qui, à la fin d’un cours professé en 1952, à la question Qu’appelle-t-on penser ? répondra ainsi que l’affirmera pareillement son disciple Magnard. S’ensuivent celles de ses traducteurs et commentateurs, le creusois Jean Beaufret, le lavellien Henri Birault. Après les maîtres viendront ceux que Magnard nomme les transmetteurs, ceux-là qui valorisent, affinent, poétisent, condensent le dogme central par l’exigence d’en développer la définition sans, naturellement, jamais prétendre atteindre à sa finition. Parmi les moins méconnus, citons Henri Gouhier, Jean Guitton, Maurice Merleau-Ponty, sorte de phénoménologue de grand chemin (arpenté aussi par Bachelard), lesquels nous conduisent au philosophe Jean-François Mattéi et au seul marxisme catholiquement recevable : celui inventé (comme on parle de l’inventeur d’un trésor) par Michel Henry, un humanisme de la chair où le labeur de l’artisan, de l’ouvrier, de l’amant, tant faire ce peut rejoint la kénose christique, seule source d’œuvres qui soit de caractère rédempteur et créatrice de valeur. Mais ce siècle a aussi ses noirceurs, ses porteurs de lumières inverses, que Magnard appelle les quatre chevaliers de l’Apocalypse, soit nos quatre ‘‘déconstructeurs’’ en chef : Deleuze, Foucault, Bourdieu et Derrida, ce dernier pourvoyeur mais aussi convoyeur du mal puisque l’auteur nous apprend qu’il mit, si l’on peut dire, la main à la pâte en important d’Europe de l’Est coca et autres substances. Joindre de la sorte le geste à la parole est faire montre d’une grande conscience professionnelle

Il nous en avait déjà fait l’aveu dans un premier récit, La couleur du matin profond (éd. Les petits Platon), il nous le redit ici : les véritables maîtres de Pierre Magnard furent ses élèves. Ceux-là qui savent que cet éminent spécialiste de Pascal voudrait qu’en conclusion nous devinions que, imitant l’élan de ‘‘l’effrayant génie’’ (Pascal selon Chateaubriand), toujours fut il et demeure en cette attitude : « Si vous trouvez quelque chose de convaincant et d’attirant dans ce que je dis, sachez que cela vient d’un homme qui se met à genoux. »

Hubert de Champris

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