La chronique anachronique de Hubert de Champris

Claude Ribbe, Une autre Histoire, Le Cherche-midi éditeur, 236 p., 17,50 €.

Ah ! comme nous aimerions que Claude Ribbe nous contasse la vie de Joséphine Baker, jadis surprise bercée de prières dans une oraison de fin de messe, à peine perturbée, du haut de notre bermuda de flanelle grise et de notre souvenir cinquantenaire, par notre juvénile et interrogative approche pour le compte de…Paris-Presse, l’intransigeant (ce qui vous vaut bien un Parisien dont nous sommes l’un des rares à savoir qu’il fut un jour libéré, et libéré de l’occupant allemand) ; ou celle de Jenny Alpha, figure de la même veine si l’on peut dire et dont nous pouvons chaque jour lire la plaque commémorative dans notre quinzième de la rue de l’Abbé Groult ; ou, encore, plus près de nous dans le temps, celle d’Aristide, accessoirement abbé et haï ici et là tout autant que vénéré par son peuple et celui d’une France (insoumise à l’Amérique s’entend). Lisez à ce sujet noir la préface de Claude Ribbe à Randall Robinson, L’insupportable souffrance d’Haïti, Alphée-Jean-Paul Bertrand éditeur. En attendant, si vous aimeriez qu’on ne vous raconte plus des histoires sur le passé français, entendez celles que nous récitent notre auteur. J’écris ‘‘récitent’’ car Claude Ribbe possède avant tout cette première qualité d’un écrivain qui est, précisément, d’avoir le sens du récit. C’est, au reste, les seuls auteurs que l’on lit vraiment car ils vous emportent dans un mouvement de l’esprit qui fait qu’on ne les quitte pas. J’ai cherché en vain une « Autre H(h)istoire » qui ne soit pas mentionnée en seules majuscules d’imprimerie dans ledit ouvrage, et ce, afin de savoir exactement si l’H(h)istoire dont Ribbe nous entretient portait ou non une majuscule, si elle participait d’une entreprise de renouvellement de l’écriture de l’Histoire de France, résonnait d’une autre son de cloche ou si ces récits de figures d’origine africaine, ultra-marine ne contribuaient qu’à l’illustrer de couleurs jusqu’ici moins usitées quand celles-ci n’auraient été même méconnues voire bafouées ? Autrement dit, les vies de Sœur Louise-Marie de Sainte-Thérèse (fille de l’épouse du Grand Roi), du Chevalier de Saint-George, de Toussaint Louverture, du Général Dumas, d’Eugène Bullard, boxeur, as de l’aviation pendant la Grande Guerre, jazzman, de tant d’autres, pour pittoresques, picaresques, parfois héroïques qu’elles apparaissent sous la plume d’un G. Lenotre réincarné en notre auteur, nourrissent-elles la petite Histoire ou doivent-elles nous donner une leçon sur le sens et la définition de la nation ? Eh bien comment dire… ? les deux mon Colonel… qui êtes bien placé pour savoir que, comme le disait après Retz le président Mitterrand, on ne sort de l’ambigüité qu’à son détriment.

Hubert de Champris

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