La chronique anachronique de Hubert de Champris

Lawrence Anthony et Graham Spence, L’homme qui murmurait à l’oreille des éléphants, Guy Trédaniel éditeur, 454 p., 19,90 €.

Le papier. Presque aussi capital que le fond sont la forme du livre, sa texture enrobant le texte, peut-être pas sa saveur mais son humeur et son odeur qu’on respire à pages déployées, le grain au toucher de la couverture, à tel point qu’on en vient à éditer des livres dont la couverture semble recouverte de lettres en braille. Puis ces photos qui vous extraient de la gangue urbaine pour vous plonger dans l’univers heureux du compagnonnage entre l’homme et l’animal, premier contrefort au braconnage. Cet homme qui murmurait à l’oreille des éléphants (dont il faut bizarrement parler à l’imparfait car, en effet, il n’est plus, chose bizarre, écrivons-nous parce que on a du mal à comprendre comment un homme sain vivant sainement dans un univers sain et serein peut décéder de manière prématuré) nous fait évidemment songer Robert Redford, à celui qui murmurait à l’oreille des chevaux et à celles des femmes tant il est logique que l’homme qui aime caresser nos beaux mammifères, et les étudier, exerce sa sensualité et sa science au sujet du beau sexe. C’est donc l’histoire d’une reconnaissance réciproque – aux deux sens du substantif – que nous racontent Lawrence Anthony (puis le journaliste sud-africain Graham Spence) après que le premier eut, avec son épouse Françoise Malby-Anthony, recueilli toute une troupe d’éléphants rescapés de génocide. Par ces mots de troupes, au lieu de troupeaux, de ‘‘génocide’’, on se surprend à verser dans l’anthropomorphisme. Grief infondé toutefois puisque la science mesure de plus en plus la fausseté de la vision cartésienne de « l’animal-machine », établit l’existence, voire, en bien des cas, la supériorité des sentiments ressentis envers les humains par nos majestueux mammifères. Quant à l’âme, tout aussi immortelle que chez les hommes, l’espèce animale, distincte et différente de celle végétale et de celle minérale, en serait aussi pourvue d’après certains témoignages.

Beauté du livre comme nous l’avons dit en introduction, beauté des sentiments qui s’expriment de part et d’autre, de la part des auteurs, tout autant éducateurs de ces éléphants qu’éleveurs, envers leurs congénères éléphantesques, de la part de ceux-ci vers leurs bienfaiteurs. Reconnaissance réciproque donc, qui est aussi celle de l’ethnologie envers la zoologie, où, à travers l’humanité et la bonté des éléphants, on voit se réaliser ensemble la science de l’amour et l’amour de la science.

Hubert de Champris

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