La chronique anachronique de Hubert de Champris

Nathalie Rodary, Nouveau monde cherche nouveaux dirigeants, préface de Pierre Bellon, Guy Trédaniel éditeur, 192 p., 17 €.

De la bonne volonté, des bons sentiments : il n’y a pas mieux pour dézinguer un livre que de mettre en exergue ces qualités en ajoutant, perfidement, le mot fameux de Gide qu’on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. Pour faire bonne mesure, on rajouterait un petit de Maurras qui soutenait qu’« il n’y a pas d’idées généreuses ; une idée est juste ou fausse. » Mais, par ‘‘littérature’’, André Gide entendait les œuvres de fiction. Il demeure que le chantre du nationalisme intégral vise bien tout ce qu’un essai, un manifeste, un récit d’un parcours, d’une expérience comme ce livre peut contenir, lequel nous parle de sciences humaines, en l’espèce cette science du cœur dont l’auteur nous dit en quelque sorte qu’elle doit présider au gouvernement des hommes. Les bonne intentions affichées, décrites et détaillées par Nathalie Rodary nous conduisent-elles à l’enfer ? Elle signale ‘‘un parcours spirituel démarré dès sa naissance au contact de sa sœur aînée, handicapée mentale’’. Il n’y a pas à douter du vecteur d’initiation à la compassion et à la souffrance d’autrui que ce fait constitue. Vient alors le bouddhisme, la rencontre d’une trilogie très spirituellement correcte : le Dalaï-Lama, son disciple et traducteur, le fils de Jean-François Revel, Matthieu Ricard et l’actuelle présidente de la Birmanie. Mais, il y a plusieurs bouddhismes dans la maison du Bouddha, si l’on peut dire : « Comme d’autres croyances, le bouddhisme a fourni le fondement idéologique de conflits sanglants et fut une inspiration pour des nationalismes divers » (François Thual, Géopolitique du bouddhisme, éd. des Syrtes). Thual nous dit aussi que, – sagesse, religion peu importe – le bouddhisme est un humanisme, lequel terme, dans la suite du récit de Rodary, surplombe toute l’action militante d’un auteur dont on a compris qu’il s’agissait pour nous pas même de savoir si elle était de bonne ou de mauvaise foi, mais, tout simplement, de définir rien qu’un petit peu ce que pouvait être cette foi !

Se dessine en définitive une affiliation qui ne dit jamais fermement son nom à ce qu’on appelait autrefois le new age, ce mélange de croyances et de rites et de pratiques empruntant à diverses sagesses, surtout orientales, à la réincarnation… pratique de la méditation, croyance en la réincarnation, mise en cause des religions déjà établies. (Il nous a, par exemple, beaucoup amusé, que, en une simple note de bas de page, Nathalie Rodary relevait comme une absurdité évidente, et que la suite des temps allait balayer, l’interdiction de l’ordination des femmes à la prêtrise.)

Ni la spiritualité bouddhiste, ni l’humanisme – qu’il faudrait cerner – ne sauraient donc garantir ni même, seulement, donner une idée des qualités, – osons le mot : des charismes – que devraient détenir les nouveaux dirigeants de pays, d’entreprises que la nouvelle ère dans laquelle progressivement et régressivement nous entrons appelle de ses vœux. Nathalie Rodary part cependant d’un principe juste (mais qu’elle n’appréhende pas avec la rigueur requise), de celui qu’un changement global de mentalité et des mentalités des dirigeants et de la direction (des pays, des entreprises etc) allait dans ce sillage entraîner une évolution, une élévation vers le Bien de la superstructure. Cela est exact. Tout, en effet, part de la personne elle-même (nombres de saints l’ont relevé) et il ne serait pas impossible de prétendre qu’une metanoïa soudaine, radicale, concomitante de chacun des habitants de la planète vers le Bien verrait d’abord un ralentissement de l’écoulement du temps puis (à une certaine échéance) la sortie de notre univers du temps, donc de l’espace/temps, verrait ainsi sa fin. On aborde là à la théologie et à l’astrophysique, ces sciences exactes, ces sciences dans les deux sens du terme dures autour desquelles, tel un lointain satellite, tourne ce petit essai, ni juste, ni faux, peut-être un peu naïf, mais qui, comme tout essai, et comme l’homme, pourrait une prochaine fois se transformer.

Hubert de Champris

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