La chronique anachronique de Hubert de Champris : « Faire son miel de Trédaniel »

Une question, parmi bien d’autres, nous turlupine : un éditeur suit-il, consciemment ou non, une ligne éditoriale ? S’efforce-t-il de n’éditer que ce qui lui plaît, ou ce en quoi il croit, en tous cas, ce qu’il estime être vrai, ou la question commerciale – c’est-à-dire des ventes escomptées – entre-t-elle – et c’est le cas de le dire – seule en ligne de compte ? On répondra : en général, un peu de tout cela mon Général ; on ajoutera : et ce n’est pas plus mal.

Il y a en premier lieu les livres éditées par le groupe Guy Trédaniel de stricte obédience catholique – si, si, ils existent – c’est-à-dire ceux qui, s’ils sont pris à la lettre interdisent la lecture des autres livres édités par lui ! Ou, qui, pour le moins, nous invitent à les lire avec prévention. On citera les témoignages de prêtres exorcistes qui distinguent le préternaturel et le surnaturel, qui, en un mot, nous rappellent que, pour dîner avec le diable, il faut une longue cuillère. Ou, encore : il y a bien une réalité invisible mais celle-ci se compose de plusieurs sphères que nous devrions nous interdire d’explorer étant avéré que, du point de vue humblement et faiblement humain, nous n’avons pas le pouvoir de distinguer à coup sûr le bon grain de l’ivraie et que, dans le doute, il vaut mieux s’abstenir d’entreprendre le voyage exploratoire. Autre image : comme le péché abonde, la grâce surabonde, les réalités malignes côtoient et s’échignent à pénétrer les vérités divines. Bon nombre d’ouvrages du label Trédaniel comportent, rassemblent, collationnent, de façon le plus souvent indistinctes, celles-ci et celles-là. Il faut – aussi – les prendre en compte. Il y en a d’excellents – celui de Philippe Roux, ceux de Chabonier, de Tonnac etc – qu’on devrait lire après exorcisme préventif si l’on peut dire ; et nous pouvons l’écrire puisque l’on doit le dire, étant, là encore, avéré qu’il est fort ardu de faire soi-même la part des choses attendu que, parmi ces choses-là, l’information authentique, bénéfique et salutaire est à proportion de la désinformation. La tentation est en effet toujours forte de s’imaginer pouvoir se concocter sa religion à la carte. Il n’est pas interdit d’estimer que l’ensemble de la littérature sur le chamanisme, le néo-chamanisme, très en vogue ces temps-ci comme on le sait, traite d’un domaine hybride. On l’abordera donc à titre ethnologique plus que théologique.

Il y a aussi d’excellents livres d’expérience personnelle, sensorielle puis théorique de chercheurs touchant aux éléments : l’eau, l’air, les sons, la musique, le bois, ce qu’on appelle les élémentaux, les animaux (les chats, les éléphants, les animaux thérapeutes.)

La vision que l’on doit avoir des sciences physiques, de l’anthropologie, de la médecine et qui nous est donnée par Trédaniel, est en général sérieuse et rejointe petit à petit par la science mainstream (ou ‘‘canal officiel’’ pour reprendre la terminologie des groupuscules indépendantistes corses) : il y a à boire et à manger dans le néo-darwinisme et on a fait dire à Darwin beaucoup de choses qu’il n’a jamais prétendues. Bref, il est fort probable que Darwin ne serait, de nos jours, plus darwiniste.  

Il y a longtemps que la question astrale chez Guy Trédaniel n’a pas été traité… par un bon, solide, copieux et novateur traité réactualisant la richesse de l’astro-psychologie à laquelle la science académique tend à décerner des lettres dont on se plaît à présager qu’elles seront dans un temps pas si lointain que cela des lettres de noblesse. En attendant, et puisqu’elle est vendeuse, nous aussi aurions-nous édité la glose de celle qui, comme le dit plaisamment Laurent Gerra, lisait dans les boules de François Mitterrand : le sirop Teyssier, comme dirait l’inconscient de ma concierge, est à la portée de toutes les bourses, à condition de ne pas le boire pour argent comptant.  

En fait, où est-ce que nous voulons en venir ? A ceci, qui est très simple à comprendre, que l’univers est d’une complexité incommensurable, que, de lui, nous n’en connaissons qu’une infinitésimale proportion, qu’il ne faut rien s’interdire, et pas même, s’il y échoit, de s’interdire, qu’il faut, comme en matière physique, être, en matière intellectuelle, courageux mais pas téméraire, qu’il faut, même dans ses lectures, être tant faire ce peut prévenu c’est-à-dire carré et méthodique en étant bardé de ces préjugés nécessaires (pour reprendre, mais dans un autre domaine, la fameuse expression d’Edmund Burke) que le fonds Trédaniel vous fournira et dont, ainsi, de manière paradoxale mais d’un même mouvement, il vous permettra la judicieuse, saine et, jugeraient certains, parfois sainte exploration.

Hubert de Champris

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