La chronique anachronique de Hubert de Champris

Souvenirs de Rose d’Ormesson – Autour de la table en pierre –, IBACOM éditions, 270 p., 20 €.

Noblesses, de robe, d’empire, d’extraction chevaleresque, de France et de Navarre ; haute bourgeoisie, culturelle et plus ou moins argentée voire désargentée ; manants de toutes provinces, bourgeois de toutes les bohèmes et accents ; amoureux du fond des choses, des fonds de pensions, des patrimoines en tous genres, bons et mauvais ; gentilhommes de toutes les religions, les humaines et la romaine, qu’avez-vous fait des promesses de vos baptêmes, de vos devises, armes et blasons ? Telle est la question, directe et implacable, qui, en forme de morale, plus qu’elle ne se pose, discrètement mais logiquement se dégage des Souvenirs de celle dont l’avènement pourrait, à l’égard des susdits, s’analyser comme un rappel à l’ordre, un ordre dont, par son exemple, elle s’est voulue le vaillant témoin.

Fille d’un Wladimir d’Ormesson aux nombreuses ambassades, éminent collaborateur du Figaro et directeur de l’ORTF, cousine germaine du jeannot de l’Académie et du même Figaro, Roselyne d’Ormesson eut en premier, et parmi mille lieux, le don de l’amitié qu’elle cultivait tant en qualité qu’en quantité. Son incandescence, sa phosphorescence physique et psychique exacerbées, d’aucuns, de nos jours, usant de la nomenclature médicale en vogue, les qualifieraient hyperactivité mais, ici, sans ‘‘déficit de l’attention’’ puisqu’il ne peut y avoir de vraie noblesse sans cette noblesse de cœur et l’attention à autrui qui s’en déduit. L’activisme de Rose d’Ormesson fut aussi un engagement social comme en témoignent la fondation et la direction après-guerre de l’Aide au foyer et une constante attention et observation à la fois des personnes qui l’entouraient mais aussi des mœurs et des ambiances propres aux diverses micro ou macro sociétés qu’en bonne ethnologue et psychologue elle jugeait instinctivement en fait et en droit c’est-à-dire en reliant les contextes, le particulier et le général, le fond et la forme, en un mot : l’être et le devoir-être à quoi se résume in fine, et quelque soit le biais sous laquelle on l’envisage, la vie de tout homme.

Ethnologue de son milieu mais aussi des autres, le sien, en la personne de certains de ses beaux-frères, en prend gentiment pour son grade : ou quand la noblesse mue en petit, petit esprit bourgeois, celui de banquiers, de promenteurs immobiliers, de boutiquiers dont le bas instinct de propriété s’exerce sur leurs épouses comme à l’égal de biens immeubles.

Souvenirs plein de pétulance, de bienveillante virulence, souvenirs vifs et livrés à vifs, riches en détails et considérations qui contenteront les Mension-Rigau et autres historiens de l’aristocratie, souvenirs remplis de drôlerie où, noblesse oblige, le ridicule semble s’interdire même de blesser, souvenirs toujours jeunes et où resplendit l’amour de la jeunesse,   souvenirs spirituels aux deux sens d’un terme où l’on croise Padre Pio, Paul VI, prélats de tous acabits, souvenirs moraux d’une grande extravertie à la sensibilité à fleur de peau, on s’est demandé si, jadis, dans une autre vie, la côtoyant un soir, on se serait contenté de cette peau sans pouvoir, l’un l’autre, mutuellement, et de concert s’il se peut pour peu que le cadre fut dansant, on s’est demandé en notre for, écrivions-nous, s’il n’aurait pas été possible de pousser plus loin nos avantages. Car, l’avons-nous dit, Rose d’Ormesson, toute extravertie, vive, primesautière, intelligente fut elle, ne se départissait pas d’une forte conscience morale. Celle-ci n’aurait-elle été, en fait, qu’un surmoi dû à ce fameux milieu, au type d’éducation reçue, et, elle, issue d’une autre classe, non point d’une autre classe, aurions-nous pu fissa nous rouler dans la fange. Bref, cette fidélité n’était-elle due qu’à la société, à la culture, non à sa nature profonde ? Et, plus encore : l’astrologie – cette astrologie dont, sur le tard, Rose d’Ormesson avait si excellement assimilé l’esprit et la lettre, lui consacrant même un traité – n’était-elle pas en l’espèce prise en défaut, incapable de révéler ce trait-là. Eh bien non, à y observer de plus près, l’astrologie psychologique disait que cette fidélité, cette constance relevaient bien de sa nature, non de la culture, de la condition, du conditionnement : un trigone reliait cette conjonction soleil-vénus-mars-mercure à saturne, laquelle, sans ce dernier, eut livrée à bien des flammes cette boîte d’allumettes aux charme(s) neptuniens dont le souffre, dès lors, rimait aussi avec souffrance.  

« Au soir de cette vie, vous serez jugés sur l’amour » (St Jean de la Croix). De ce jugement, Rose d’Ormesson n’eut probablement rien à craindre tant ce trop-plein de vitalité fut sans conteste un trop-plein d’amour. 

Hubert de Champris

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