La chronique anachronique de Hubert de Champris : « Chimie de l’au-delà »

Brian Clegg, La bible de la physique quantique, Guy Trédaniel éditeur, 320 p., 20 €.

Emmanuel Ransford, 8 leçons essentielles sur la physique quantique – Nous, la matière, la vie et le sens des choses – Guy Trédaniel éditeur, 204 p., 18 €.

Il y a une unité cachée des productions de la connaissance recelées dans les livres. Cela est manifeste chez certains éditeurs à l’instar de Guy Trédaniel. La mécanique et la physique quantiques est l’une de ces théories unificatrices qui recouvrent tant le champs de la matière que celui de l’esprit, à ceci près que, de mois en mois, s’avère-t-il que cette dichotomie est strictement hérétique, et ce, tant en regard de l’homme de foi pur, de l’homme de science pur, du philosophe, sans même parler du métaphysicien, accoutumé depuis Pascal (quand ce ne serait pas Parménide) à perpétuellement transborder tant ces cogitions physique des particules, chimie de l’au-delà et philosophie morale.

Voici les éléments de pensée qui doivent animer les réflexions consécutives à la lecture des susnommés ouvrages, plus généralement à ceux que nous avons  évoqués ou que nous évoquerons tantôt ; mieux encore : à la rédaction de ceux que vous lirez bientôt :

  • plus aborde-t-on le temps post-mortem, plus s’approche-t-on de la question de la vérité et des vérités ultimes touchant à l’univers, à ses modalités de création, bref à tous les sujets traités par la métaphysique, la morale, l’eschatologie and so on…
  • cette zone doit être considérée tant dans sa forme que dans son fond ;
  • le credo de Nicée, sorte de charte dogmatique des chrétiens, énonce que Dieu est ‘‘créateur de l’univers visible et invisible’’. Contrairement à ce que certains soutiennent, ledit univers invisible ne recouvre pas seulement les anges et autres entités de semblable nature : il recouvre strictement, relativement et absolument l’entièreté de la réalité (réalité= tout ce qui est sans qu’il y a lieu, à ce stade, de distinguer entre des notions philosophiques prés ou post-socratique) ;
  • il ressort de cela qu’à terme – et la question de l’estimation de ce terme est déjà plus qu’un chapitre ! – religion et science sont appeler à correspondre, c’est-à-dire à coïncider et à se confondre (sans aucune confusion mentale pathologique, mais, au contraire, dans une vaste clarté) : tout ce qui monte converge comme nombre de grands esprits en étaient convaincus ;
  • tant religions, doctrines philosophiques, sagesses diverses que sciences dites exactes ou dites humaines vont à l’avenir, de siècles en siècles, tenter de puiser à cette source, d’alléguer des informations qui proviendront d’elles de quoi nourrir la véracité de leurs prétentions à la vérité ;
  • dans Raymond Moody, La lumière, au-delà de la vie, Guy Trédaniel éd., p. 69, il est fait part du relativisme voire de l’éclectisme religieux ou philosophique dont font montre les sujets d’EMI après ce type d’expérience. Et Jean-Pierre Petit, dans son dernier livre, fait part, lui aussi, d’un relativisme en matière de théories scientifiques mais aussi de religion ;
  • l’énonciation de l’existence de plusieurs échelons de vérités (chacun ayant une nature ou un degré différent) – soit une sorte de relativisme fondamental (sur le contenu de ces vérités) ou de relativisme temporel ou géographique ne s’avère pas à coup sûr un moyen de sortir de ces apories ;
  • en effet, ce type d’attitude intellectuelle (soit consécutif à une expérience, même authentiquement vécue, comme une EMI ou une VSCD,- vécu subjectif de contact avec un défunt, soit fruit d’une seule réflexion personnelle) repose souvent, même implicitement, sur l’existence d’une Tradition primordiale dont les fameux ‘‘grands initiés’’ (le Christ, le bouddha etcetera ; on se souvient du livre d’Edouard Schuré) seraient les porteurs et les développeurs quasi en commun ;
  • or, les recherches historiques les plus abouties démentent l’existence d’une pareille tradition, d’une origine et source communes aux grandes religions et sagesses orientales ou occidentales (à l’inverse seraient-elles dès leurs commencements explicitement concurrentielles, sauf, peut-être ou sans doute, et par principe judaïsme et christianisme) tandis que, parallèlement, les grandes tentatives spéculatives, à l’exemple de celles de Guénon ou Abellio, de mise en concordance ou en complétude desdites sagesses s’avèrent infructueuses à la fois pratiquement et théoriquement ;
  •  ainsi, au cours des prochains siècles, les controverses, disputes et autres querelles (voire guerres) ne seront-elles pas uniquement celles des nouveaux universaux déduits de la biochimie de l’au-delà, de sa réalité, de sa virtualité (question du multivers, de la matière noire etc), bref de la nature de celui-ci mais aussi celles des échelons de crédibilité des sources de connaissance animant cet univers. La matière intitulée Histoire des idées philosophiques et religieuses en sera toute bouleversée car il se pourrait être que celle-ci ne puisse se distinguer d’une Histoire de la pensée scientifique ;
  • Mieux : ainsi que nous l’avons précédemment soutenu, ce ne seront plus ces Histoires qui se confondront mais leurs objets mêmes, lesquels, cependant, auront à cœur de démêler en leurs seins erreurs et leurres d’autant plus attractifs que l’on approche du sommet.

En lisant, en relisant chez Guy Trédaniel, Staune, Laplane, Petit, Moody et consorts sous les auspices (les plus performants des hospices dit ma concierge aux lapsus décidemment toujours aussi pertinents) des préceptes et directives de pensée susvisés ainsi que ceux, valorisés et popularisés par Clegg et Ransford, de la physique quantique, nos lecteurs entreront-ils dans ce que d’aucuns appellent les forges alchimiques du nouveau siècle.

Hubert de Champris

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