« L’automne des bien-pensants », par Sylvain Pérignon

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les jours raccourcissent et les peuples relèvent la tête. Après le bras d’honneur des Anglais à la Commission Européenne, ce sont les américains qui ont refusé d’adouber Madame Clinton, malgré le soutien que lui apportait Yann Barthès. En France, le camp du Bien voit avec horreur approcher l’heure où il devra rendre des comptes aux gueux, puisque le suffrage est hélas universel.

Mais comme si de rien n’était, l’orchestre rose, vert et rouge continue de jouer, sur le pont du Titanic, les habituelles ritournelles moderneuses et progressistes : Nous avons les moyens de vous faire vivre ensemble ; le développement durable passe par la justice climatique et inversement ;  nous sommes tous des descendants d’immigrés ; les migrations sont un facteur inégalé de résilience pour les territoires ;  n’oubliez pas que Marie Curie était polonaise et qu’Yves Montand était un rital ; sous Vichy, c’était les juifs, aujourd’hui, c’est les musulmans ;  dénonçons les angoisses irrationnelles face à une invasion fantasmée ; il faut sortir de la binarité sexuelle et réintégrer le sociétal dans le social ; il convient de rendre constitutionnel l’impératif climatique ; la liberté mondiale de circulation va renouveler la démocratie ; il faut opposer à Daesh plus de services publics ; l’égalité homme-femme  est la clé de la lutte contre le réchauffement climatique ; europhobie, homophobie, islamophobie, facettes d’un même combat contre les valeurs de la République ; les profs d’histoires ne sont pas là pour faire aimer la France, etc.

Sur ces airs, joués d’ailleurs de plus en plus faux, dansent les habituels derviches de la bien- pensance : migrantophiles, islamolâtres, sociologues pratiquant la culture intensive de  l’excuse, pédagos fous, artistes engagés, féministes tendance Judith Butler, journalistes manipulateurs, européistes béats, pardon pour ceux que j’oublie… Mondialisation, libéralisation, immigration, déconstruction, déracinement doivent rester l’horizon indépassable de notre temps, et l’on ne peut laisser des ploucs incultes remettre ceci en question. Il y a quand même des limites à l’exercice démocratique !

Le camp du Bien organise donc la résistance. Le peuple ne passera pas ! Populo no pasaran !

Réfugiée dans l’indignation morale et l’utopie égalitaire, la gauche en remet une couche, d’autant que les différentes sectes du camp du progrès pratiquent une surenchère pour se positionner en cas de malheur électoral.

Les ballons d’essai se multiplient. Najat Valaud-Belkacem propose d’étendre la scolarité obligatoire de 3 ans à 18 ans, « pour aller plus loin sur l’éducation lors du prochain quinquennat ». Surtout éviter l’apprentissage, cela risquerait de donner un métier aux jeunes.  Scolarisés jusqu’à 18 ans, ils pourront passer directement à la case assistanat, notamment grâce au futur « revenu universel » qui sera financé par des gens ne travaillant plus que 32 heures.

Il convient également de faire payer encore davantage les « riches », et surtout les propriétaires de leur logement. Resurgit actuellement le vieux rêve des technocrates, celui de la taxation du loyer fictif, c’est-à-dire le loyer que pourrait rapporter le logement s’il était mis en location, le propriétaire occupant étant supposé bénéficier de ce revenu fictif puisqu’il n’a plus rien à payer pour se loger. Qu’il se soit serré la ceinture pendant 20 ans pour rembourser son crédit n’a aucune importance. Il devra raquer encore, et jusqu’à la fin de sa vie. Cela lui apprendra à ne pas demander un logement social !

Pour faire Gauche toujours debout et masquer le bilan socialiste, il faut aussi en remettre dans la culpabilité coloniale et lancer un ixième appel à la repentance tous azimuts. Le président socialiste du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis souhaite ainsi que le 19 octobre devienne une « journée nationale de reconnaissance des crimes et du rôle de l’Etat français dans la guerre d’Algérie ». C’est « pour laver l’affront de la déchéance de nationalité » qui avait été envisagée après les attentats de novembre 2015, avec le succès que l’on connait. Toute autre interprétation, notamment électoraliste et clientéliste, relèverait des fantasmes de la « fachosphère ».

Mais il faut surtout profiter des derniers mois de pouvoir socialiste pour verrouiller tout ce qui peut l’être en matière de liberté d’expression et de liberté tout court.

On sait que l’article L.2223-2 du code  de la santé publique punit de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende le délit d’entrave à l’interruption légale de grossesse. Une proposition de loi, déposée à l’Assemblée Nationale le 12 octobre 2016 par le groupe socialiste, fait tomber sous le coup de ces dispositions les sites internet qui proposent des solutions alternatives à l’avortement. Sera désormais puni  le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur une interruption de grossesse « en diffusant ou en transmettant par tout moyen, notamment par des moyens de communication au public par voie électronique ou de communication au public en ligne, des allégations, indications ou présentations faussées et de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur la nature, les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ou à exercer des pressions psychologiques sur les femmes s’informant sur une interruption volontaire de grossesse ou sur l’entourage de ces dernières ». Cette proposition de loi sera votée en procédure accélérée, l’objectif étant que la loi soit promulguée en février prochain. Nonobstant les protestations vertueuses des tartuffes qui ont pondu ce texte, on a rarement vu pareille atteinte à la liberté d’expression, le simple fait de dire que l’avortement n’est pas un acte anodin et sans danger pouvant vous valoir 2 ans de tôle et 30 000 euros d’amende, ce qui est un peu cher pour l’expression d’une opinion.

Pour illustrer cette fuite en avant et la volonté de punir tout ce qui n’est pas l’expression du politiquement correct, on citera enfin l’article 41 de la loi  « égalité et citoyenneté », dans sa rédaction quasi définitive, relative à la notion de discrimination : « Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, à raison de son appartenance ou de sa non‑appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race, une religion déterminée, ou à raison de son origine, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales, de ses mœurs, de son sexe, de son orientation sexuelle, de son identité de genre, de sa capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français, de son âge, de son état de santé, de sa perte d’autonomie, de son handicap, de sa situation de famille, de sa grossesse, de ses caractéristiques génétiques, de son apparence physique, de la particulière vulnérabilité résultant de sa situation économique, apparente ou connue de son auteur, de son patronyme ou de son lieu de résidence, une personne est traitée de manière moins favorable qu’une autre ne l’est, ne l’a été ou ne l’aura été dans une situation comparable ».

A lire ce texte, on se demande s’il ne s’agit pas d’un pastiche écrit par un esprit mal intentionné, désireux de ridiculiser le politiquement correct. Mais non, ce texte est authentique et sera bientôt publié au Journal Officiel de la République Française.

Un bon conseil : ne refusez rien à personne, ne plaisantez sur rien, ne cherchez pas à exprimer une quelconque opinion, ne commentez rien, ne dites même pas ce que vous voyez. Les associations mercenaires du camp du Bien sont aux aguets et peuvent vous trainer devant un juge qui ne sera pas nécessairement bienveillant.

L’éradication du populisme est en marche !

Sylvain Pérignon

0 Partages

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *