La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Un livre de tête »

Au palais du Ciel

Remi Huppert, Au palais du Ciel, Michel de Maule, 262 p., 20 €

Nous situerons cet ouvrage sous le signe du thé, boisson cérébrale par excellence et ne le qualifierons de roman que par défaut : défaut de cœur alors que nous devons supposer que l’auteur avait pour première intention de nous en parler.

Remi Huppert nous livre ainsi l’itinéraire mental et géographique d’une jeune chinoise contemporaine, mal-aimée par ses sœurs, dans sa relation avec sa mère, son père adoptif, celui biologique tandis que se dessine en fin de course (vers la Belgique) l’espoir déçu d’une ouverture de l’intrigue (on allait écrire : une aération) vers la culture juive et l’amour. Remi Huppert n’a donc pas écrit un roman, ni, même, un essai sur la Chine de la Révolution culturelle et de l’acculturation de sa jeunesse à l’Occident. C’est plus exactement à un exercice d’auto-introspection de la narratrice qu’il s’essaye, oscillant de la sorte entre le récit et l’exercice de style. Le lecteur pourrait bien pâtir d’une imagination torrentueuse, toutefois lui faut-il, sauf à se payer sur la bête, dans sa lecture trouver matière à broyer : du noir, toutes les couleurs du deuil, de l’affliction et des affections jusqu’au joyeux des personnages, au soyeux des paysages ; en somme, lui donner à voir. Ici non seulement peu de visions s’offrent à nous, mais en outre le livre pêche par ce défaut d’incarnation comme si l’auteur, tout à son souci de bien écrire, ne parvenait pas, en contrepartie, à bien décrire.

On a donc affaire ici à un texte de bonne facture, mais qui souffre d’une absence de lâcher-prise, d’une prudence imaginative qui sans cesse brident et briment la vitalité d’un lecteur contraint de dévorer un parcimonieux festin.

Sans doute un excès de politesse des mots par les temps qui courent vaut mieux que le débraillé, serait-il recherché. Il faut donc que Remi Huppert demeure lui-même, c’est-à-dire de bonne compagnie mais en laissant son daîmon l’entraîner dans ses propres tréfonds où il puisera sa poésie particulière, loin de toute et de trop littérale littérature.

Hubert de Champris

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