Recension de « Et si on aimait la France » de Bernard Maris, par Enguerrand Dubh

Et si on aimait la France

Et si on aimait la France. Voici donc le titre choisi par Bernard Maris pour son dernier livre. La formule peut sembler étrange pour un militant du camp national et souverainiste, tant l’amour de la patrie lui colle à la peau, et saugrenue pour un homme de gôche, tant la haine de la France est devenue la norme dans cette famille politique. Et nous autres, odieux patriotes, pour ainsi dire fascistes (à prononcer fâschhïîïîstes) étions priés de ranger nos drapeaux tricolores une fois les dépouilles des victimes de Charlie Hebdo (dont l’auteur est) et du Bataclan, bien froides, jusqu’à ce que cela soit à nouveau autorisé durant l’Euro 2016. Le patriotisme n’est autorisé que ponctuellement par homo festivus.

Il y a donc là pour l’auteur un véritable défi. Faire aimer la France à ceux qui la détestent. Le pari est réussi, en montrant ce que le patriotard ne voit pas toujours. La France charnelle. Celle de tous les plaisirs. La cuisine, les femmes, une douceur de vivre que nous partageons avec nos voisins italiens. Et puis la langue bien sûr. Le paradoxe de la gauche est de toujours se revendiquer de la gauche, en vociférant sa haine contre les racines. Mais n’importe quel paysan sait que la culture tire sa force des racines, un suc, une sève qui irrigue jusqu’aux plus petits bourgeons. Il y a alors cette proposition, faite par un homme de gauche à ses pairs, un pari, une gageure, se réconcilier avec ce pays. Pas nécessairement sur un mode barrésien. Simplement aimer ce qui ne mérite pas leur haine. Une nature magnifique et une histoire formidable. Lavisse n’aurait pas dit mieux.

Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi une langue qui a forgé une littérature qui a fait rêver bien au-delà de nos frontières. Et puis, un peuple qui a toujours su accueillir « l’autre », pour peu que ce dernier ne lui crache pas à la gueule et ainsi rendre français les petits espagnols (dont mon grand-père), les petits italiens, les petits polonais… À refuser cela aux petits noirs et aux petits arabes, la gauche doit soit haïr la France, soit croire les noirs et les arabes incapables de le faire. Ce sont donc soit des traîtres, soit des racistes. C’est pourtant la France qui arrive à créer un peuple de sa multitude, de sa « diversité » comme disent les naïfs de gauche et les bobos crétins (souvent les mêmes) – qui n’arrivent pas à la voir parmi les peuples du royaume de France, entre les Basques, les Bretons, les Alsaciens, les Normands et les vastes pays d’Oc et d’Oïl – pour mieux la fantasmer dans une immigration à qui ils refusent l’intégration.

La question ethnique affleure évidemment, sous la plume d’un non raciste (n’insultons pas un mort en le traitant d’anti-raciste), comme cache-misère de la question sociale. Les élites créent des tensions ethniques pour faire oublier leur échec à diriger la France. Les idiots utiles d’extrême droite se dressent pour défendre la race blanche, et les chiens de gardes du système néo-libéral, les anti-fa (leur auto désignation est-elle un aveu de leur manque d’hygiène ?), se dressent en nouvel ordre noir pour défendre l’Übermensch métissé – sans attaches, sans racines, parfait con-sot-mateur, travailleur corvéable à merci, abruti de tittytainment – ne comprenant pas que le caillera dont ils envient la virilité (celle des meutes de hyènes, pas du lion solitaire) n’est qu’un ultra libéral qui n’a pas encore réussi. Et il n’est jamais désagréable de lire un homme de gauche lucide sur les effets délétères d’une immigration de masse incontrôlée. Face à cette menace de guerre civile, toujours fantasmée par les traîtres, les lâches et les idiots, Bernard Maris propose une réconciliation, autour de la France et de la République, la Res publica, la chose commune, appartenant à tout Français. Un livre salutaire à faire lire d’urgence à vos amis de gauche, s’il vous en reste.

Enguerrand Dubh

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