La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Vie d’un castor »

L'Herne Beauvoir

Beauvoir, Cahiers, L’Herne, 400 p., 39 €.

Beauvoir dans tous ses états

Ingrid Galster, Beauvoir dans tous ses états, coll. Biblis, CNRS éditions, 353 p. 10 €.

Reportons-nous au couple précédent, soit Sabah Abouessalam-Morin et celui dont elle est la troisième et non moins informée épouse, Edgar Morin[1] : tout au long de ce précédent Cahier, nous y lisions l’amour des mots, et, parfois, des mots doux, l’amour des mots qui, de contribution en contribution, recomposait, scandé en des triades justifiées par le maître même, ce mouvement de la pensée censée reproduire le mouvement même des différents secteurs d’une Connaissance qu’il s’agissait précisément, et tant faire se pouvait, d’unifier par le haut. Pensée unifiée qui ne se désunit que pour mieux se re-combiner, mais, ainsi, à un stade supérieur qui, si l’on en croyait les phrases admiratives si ce n’est énamourées qui peuplent certains articles (suivez plus haut) serait tout simplement celui de l’amour. Ainsi, la complexité si chère à Morin se résoudrait non pas dans une complexité supérieure qui, elle-même, donnerait naissance à son contraire ou, du moins, à son vis-à-vis, nous ré-entraînant alors dans un nouveau cycle dialectique, mais dans le simple, lequel a pour corollaire social : la simplicité. Parvenus à cet échelon, Edgar Morin et son épouse pouvait penser et signifier à leur futur éditeur : non, ‘‘l’Homme n’est jamais débile devant la femme’’.

On quitte l’amour et c’est dans un monde rapport de forces que vous entrez en pénétrant dans le recueil de textes d’une aficionada critique comme le professeur émérite à l’Université de Paderborn, Ingrid Galster, et dans ceux, rarement soyeux, souvent féroces ou obséquieux, laudatifs dans leur âpreté même réunis par L’Herne et qui, tout deux, nous donne aussi un bon aperçu, d’une part de l’état d’esprit dominant de la gente féminine tendancieusement politique (largement minoritaire en nombre et idéologiquement parlant, face à la majorité consentant à l’ordre établi, sans que cette dernière expression puisse être ici connoté négativement), d’autre part de la doctrine féministe telle qu’elle ressort de la pensée de l’auteur d’un Deuxième sexe qui ne s’intitule ainsi, pourrait-on finir par déduire, que parce qu’il contenait en germe l’idée que l’égalité non pas seulement substantielle mais fonctionnelle entre hommes et femmes commande, tout bien(s) pesé (et pesé à l’aune de l’existentialisme sartrien) l’in-distinction voire l’indifférence des genres. Et qu’il y avait donc bien un ‘‘troisième sexe’’.

Cependant, à notre jugement dernier, voilà que la Beauvoir se voit sauvée. C’est ce qui ressort des pièces du procès, particulièrement des études d’Ingrid Galster : Simone de Beauvoir, malgré sa tête de caboche et tout ce que ses écrits se sont plus à laisser penser, est toujours demeurée ce que son essence lui assignait d’être : une femme, qui aimait bien, à l’occasion, capter dans ses filets une mignonette de ses élèves, une femme qui pouvait s’abaisser (croyait-elle) à tomber (et plus ou moins sur ses deux pieds) amoureuse (voir son aventure avec Nelson Algren) and son on, bref une femme dont les méfaits et gestes ne parviendront pas à démentir radicalement en acte ce que son verbe promouvait.

Et, nous, nous voici rassuré, et assuré de l’essentielle complémentarité des deux sexes dont, dans son duo avec Jean-Paul Sartre, les deux maîtres nous ont donné à leurs corps parfois mal défendus (si ce n’est, en tous cas, dans ces deux livres totaux) un fameux exemple.

Hubert de Champris

[1] Cf. “Edgard Morin crisologue

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