La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « La reconquête d’une femme »

Isabelle la Catholique

Marie-France Schmidt, Isabelle la Catholique, Perrin, 362 p., 23 €

Elle expédie, elle expédie, mais elle a bien ficelé le paquet. On cavalcade ; on ne fait pas dans le sentiment. Mais on a cependant celui d’être bien informé. Elle mène droit son ouvrage et ne paraît guère cent fois le remettre sur le métier. Elle trace, suivant le fil de la vie de la souveraine, l’auteur lui-même souverain en sa matière. En ces mots, nous soulignons le caractère modeste, objectif et méthodique de ce qui se voudrait seulement une étude exhaustive de l’épouse de Ferdinand d’Aragon. En la lisant, Marie-France Schmidt donne à voir en direct le travail de l’historien qui a assimilé son sujet – la vie d’Isabelle la Catholique – tout en écrivant dru, éparpillant autour de lui (le masculin l’emportant sur le féminin tout comme la masculinité de la reine l’emportait sur celle-là moindre du roi d’Aragon), tel un puzzle, les références nourrissant sa narration. C’est redire que Madame Schmidt s’en tient aux faits et tient de son modèle : elle écrit droit et gère son affaire en femme d’affaires. Mine de rien parvient-elle à nous dessiner l’imbroglio familial qui a présidé à l’accession au trône de la souveraine et a longtemps parasité son action ainsi que les modalités d’une conjugalité géographiquement distante. Ainsi nous la pose-t-elle en femme d’Etat et comme un écho de toutes les Blanche de Castille, archétype indémodable de toute authentique politique. Dévote, prude, équitable dans ses directives envers maures et marranes, on comprend d’une certaine manière qu’il eut pu s’envisager un procès en béatification d’Isabelle la Catholique. Marie-France Schmidt nous l’aurait encore mieux donné à plaider si son éditeur avait eu la judicieuse idée de l’encourager à un duo biographique. On se plaît à imaginer au milieu de tant de conversos ce qu’aurait été une co-écriture des conversations entre la reine et Cisneros, le confesseur de notre héroïne. Oui, faire parler le cardinal Cisneros, son confident et directeur de conscience dont le frère de la biographe, l’éminent critique et historien Joël Schmidt eût pu se faire le médium. Troquons ce passé pour le futur ! Le lecteur ne demandant qu’à s’augmenter au sens spinoziste de terme, parions que l’éditeur Yvert embrayera sur ce vaste projet qui montrerait de l’intérieur (via J. Schmidt, alias Stefan Zweig réincarné) et de l’extérieur (via sa sœur) comment un Etat se construit et, de nos jours, devrait se reconstruire, adressant de la sorte une sacrée leçon à tous les adorateurs de la vacuité politique de notre Modernité Tardive.

Hubert de Champris

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