La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Des sens peu communs et d’essence peu commune »

Michèle Villemur

Michèle Villemur, Conversations gourmandes avec Madame de Pompadour, Le Cherche-Midi, 140 p., 26 €.

Souvenez-vous du ‘‘plus tentateur et du plus séducteur des siècles’’, vous qui n’y avez point vécu, et sachez, comme tenait à nous en informer Talleyrand, que c’était là, ‘‘dans les années voisines de 1789, qu’on a pu connaître ce que c’est que le plaisir de vivre’’. A présent – celui de notre âge de fer – suivez dans sa quête, dans sa belle Histoire de France, dans ses historiettes piochées tantôt chez Jacques Levron, tantôt chez Pierre de Nolhac, tantôt encore dans le « Relevé de (ses) dépenses depuis la première année de sa faveur jusqu’à sa mort » celle qui à de qui tenir, et qui le tient, ma foi, fort bien, dans cette sensuelle et non moins civilisée résurrection d’un XVIIIème capté à mi-temps. Oui, quittons quelques heures la Modernité Tardive et ses JAP – juges d’application des peines – pour une autre juge, celle des bonnes manières, des beaux manoirs (celui de l’Hôtel d’Evreux, de Choisy-le-roi, de la Celle-Saint-Cloud, de Versailles), pour cette autre jap, cette juge à l’application des plaisirs à ce Louis qui, à son coeur, demeura jusqu’à la mort son bien-aimé. Oui, suivons Michèle Villumur telle qu’elle ne sait pas qu’en son inconscient miroir notre JAP – Jeanne-Antoinette Poisson – la reflète.

C’est dire que le plus rigoureux des critiques doit en convenir : toutes ces succulentes recettes de cuisine sont bien celles de la marquise de Pompadour, crées par ses soins, et redécouvertes par Michèle Villemur comme un grimoire revisité. On lit madame Villemur, mais on respire bien la suavité d’un siècle. Orné de notices gastronomico-historiques, joliment coloré d’une ambiance de mauve et de gris, accompagné d’une logistique de porcelaine nouvelle et de maître-queux en grande livrée qu’abondent de grandes marques, avec cet album, Madame Villemur mène rondement son affaire tout en nous introduisant à celles de Louis XV et de sa favorite pendant vingt ans. Vingt années qui sont là et que, cérébralement, vous vous surprendrez à pourlécher.

Mais, rassurez-vous : l’utopie n’existe pas en gastronomie, et l’historien(ne) ne croit que ce qu’elle peut goûter. Michèle Villemur vous aurait-elle mis l’eau à la bouche ? A la fin de cet itinéraire dans le Beau siècle, elle vous donnera à boire son champagne.

Hubert de Champris

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