La chronique anachronique d’Hubert de Champris

La mort de promethee

Claude Mineraud, La Mort de Prométhée, La Différence, 160 p., 16 €.

A Claude Mineraud

Cher Monsieur,

J’ai mis du temps à cracher la Valda, comme on disait autrefois. Mais, aujourd’hui, à cinq heures cinquante, ce papier est un exutoire. J’ai mis du temps parce que, ai-je à l’instant compris, voilà longtemps que je tente, ou, plutôt, que je me vois insidieusement tenté de penser, capter, considérer le temps,- au plein sens du mot ‘‘considération’’. L’alliance en vous de classicisme et de post-modernité, votre carrière dans le notariat et votre critique franc du collier du capitalisme financier, oui, cette réunion de caractères sont faits pour vous distinguer et pour qu’il en émane un charme envoûtant. Surtout éditez-vous. Et c’est là pour moi une fascination parce que l’édition et la diffusion (pardonnez cette banalité selon moi en l’espèce bonne à dire) sont les canaux de l’ex-pression, processus à la lettre vital. (Publish or perish, sur ce point, vous me voyez très anglo-saxon.)

Ainsi fendez-vous l’armure et vous situez-vous parmi les ardents critiques de la domination impitoyable du capitalisme financier, de ses faits et méfaits. Celui-là n’a que faire du temps, de ses invisibles effluves dont les grands sensitifs se sustentent, axé, ancré qu’il est dans le présent. « Ancré qu’il est » : l’expression n’est sans doute pas très heureuse. Mais j’y entends : ancré qu’il hait. Oui, cette idéologie mortifère qui ne vit que pour se satisfaire, par son présentisme hait le temps ou, plus exactement, la durée, la longue durée de Bergson et de Braudel, l’ancrage (lapsus calami : on allait écrire ‘‘angoisse’’ !) dans la soif de connaître, d’approfondir les choses de la vie, pour reprendre ce titre d’un film de Claude Sautet. Oui, curieux, intéressant et encore à la lettre paradoxal alliage que cette fusion en vous de l’Ancien Régime de la Pensée dans le bataillon duquel vous ne m’en voudrez pas de retrouver des personnalités riches et variées, connues ou inconnues de vous, à l’instar de Michéa, Manet, Mascré, Debray, Fourquet et Lordon (pour s’en tenir à quelques contemporains) et de ce post-modernisme qui, bien saillant – cerise sur le gâteau pour les uns, verrue sur le visage pour d’autre – laisse pointer un sans-frontiérisme (adaptation à notre ère du sans-culottisme jugerait Joseph de Maistre) dont ces deux arts (sciences humaines néanmoins précises, et précieuses à mon cœur) que sont l’Histoire des idées et la taxinomie diront s’ils s’harmonisent de droit dans votre pensée personnelle.

En ce petit matin surgit aussi le positivisme juridique, sa dogmatique, en somme une autre science : celle du droit. A l’aide d’un de leurs thuriféraires – j’ai nommé Michel Troper dont on lira en guise d’introduction le Que sais-je ? sur La philosophie du droit – vous y découvrirez un viatique qui, pour parler pompeusement, mais, je l’espère, point trop à côté de mes pompes, vous fera percevoir le petit oxymore que pourraient receler vos propos passionnants et passionnés. Et, à cette exception près, avant tout : exacts.

A vous, synallagmatiquement peut-être.

Hubert de Champris

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