Hubert de Champris : « BEL-AMI » sur la récente biographie « FOG – Don Juan du pouvoir »

FOG

Il s’aime à tout vent, à tout va : n’aurait été sa pratique du plaisir solitaire dont il s’est fait l’ardent promoteur au risque de choquer les âmes pures comme celle d’un de ses collaborateurs, descendant de viking et fin littérateur, Ono-dit-Biot, on ne peut, lisant, écoutant, regardant se répandre par mots – logorrhée et graphorrhée – et par vaux – ses déprimes affectives – Franz Olivier Giesbert, éviter de travestir en son for la fameuse devise imaginée par Reiber en 1876 pour les éditions Larousse.

Marion van Dongen ne pâtit pas seulement d’une plume enlevée, fouineuse, incisive et, en tant que femme, franche du collier ; elle n’use pas de cette prose suintante, complaisante, quasi-énamourée dont font montre trop de ses confrères du sexe dans leurs portraits du même genre. Elle n’est pas possédée par son sujet : elle le possède et, tout au long de son récit, l’a à l’œil (au doigt, on ne sait pas).

La mère de notre héros est quelqu’un de tout à fait estimable, normande très engagée socialement, politiquement, drôle, un peu démocrate-chrétienne, intelligemment socialiste et qui a même flirté avec Jean Lecanuet, ce qui n’est pas négligeable pour son cv amoureux. Giesbert l’aime beaucoup, et il a raison. Elle s’amourache d’un GI’s au physique de Norman Mailer qui, comme on dit, a fait le débarquement. Le futur dirigeant de presse l’aime moins, et il a ses raisons (qui sont, qu’on se rassure, communes à bien des gens de cette génération et des suivantes.)

A la sortie du Centre de formation des journalistes, de la rue du Louvre, à Paris, les maris de Mona Ozouf et de Suzanne Julliard, qui y enseignent, recommandent son surdouement au Nouvel Obs. Oui, il faut que vous sachiez que le profil du journaliste (profils droit, gauche, confondus dans une face de centriste juppéen, libéro-libertaire propre à satisfaire tous les amoureux des antiphrases à l’instar de Richard Millet) laisse supposer qu’il en est. Ferions-nous allusion à un de ces attachements, de ces rattachements auxquels la fameuse expression de Proust renvoyait à la Belle époque ? Que nenni ! Car aucun de ceux-ci n’est fondamental. Plutôt ferions-nous référence à ces indices précis et concordants qui nous font songer que,- sous réserves que la Faculté et les psychologues agréés, Adda, Kermadec, Revol et consorts confirment les siennes -, l’ami des oliviers appartient à la catégorie neurocognitive des doués. Ceux-ci ont un bon fond. Mais, nous voilà cette fois-ci guère rassurés car, chez eux, la forme, en son expression survitalisée, correspond au pré-impressionnisme tel que l’avait défini Hegel, là où (nous citons de mémoire) l’absolu, la subjectivité la plus nuancée s’expriment dans l’infini de l’intuition, dans cette mobilité qui lui est propre et qui, à chaque instant, attaque et dissout toute forme concrète.

Bref, Giesbert, tout sympathique soit-il, peut apparaître exécrable. Marion von Röntgen aurait pu radiographier plus outre, interroger par exemple la sœur de Marie-George Buffet, dame Champion de son nom, qui avait partagé un temps un bureau avec notre héros dans les années soixante-dix. Elle recueille les souvenirs de Chaise, de Villin, de Rouart, lequel assimile notre homme à un ‘‘Alain Duhamel sous LSD’’, ce dernier, au reste et à son tour, assez parfaitement résumé par un Franz pas dupe du personnage. Le croisant à RTL après son élection à l’Académie des sciences morales et politiques, il lui lança : « Eh ben mon lapin, trente ans de magouilles pour en arriver là ! » FOG, lui, ne dément pas viser l’Académie. Mais reprenons : 73-80, les années folles à l’Observateur ; 80-81, correspondant de l’hebdomadaire aux Etats-Unis, retour à Paris puis direction de la rédaction de l’Observateur de 85 à 89. Examinons ses votes aux scrutins présidentiels : du Mitterrand, du Barre, du Giscard, du Bayrou, bref, en apparence un ami de la post-modernité, un adaptable, un homme sans certitudes, un homme du mainstream que pourraient bien s’arracher ceux qui vendent à l’opinion dominante ce – celles et ceux – qu’ils croient qu’elle désire entendre et lire. Philippe Villin débauche donc en 1988 Giesbert à la direction de la rédaction du Figaro : Mamy (Georges), ancien chef du service politique intérieure du Nouvel Observateur avait raison. Cet homme là, on le reniflait d’emblée, n’était pas un homme de gauche, ce qu’il n’avait au juste jamais prétendu être. Quelques années à la direction du Figaro-Magazine précéderont son règne au Point après qu’il y fut appelé, avec l’accord d’Imbert, par François Pinault, Minc officiant en tant que notaire consignant droits, devoirs et dote de la mariée.

Rastignac, personnage de Balzac et d’une comédie humaine dont le portrai(ti)turé serait au XXIème une expression magnifiée ? Non, l’auteur a eu raison de préférer parsemer son récit de citations bienvenues puisées de l’œuvre de Guy de Maupassant. Franz-Olivier Giesbert, c’est Bel Ami. Un bel ami border-line qui n’a pas besoin d’être recentré politiquement (il est déjà un extrémiste du Centre) mais… mais…? énergétiquement. Et, alors tout s’ensuivra : ce recentrage sur lui-même va entraîner une modification du circuit de ses énergies internes, lesquelles arrêteront de surfer sur la crête de l’instant pour en quelque sorte se ré-INCARNER dans le profond, dans ce plaisir lent et suave qui est certes celui des idées mais se (re)trouve surtout et avant tout dans l’érotisme, celui immanent qui sourd des bonnes choses de la vie et celui, cette fois-ci transcendant, prégnant dans les personnes que l’on aime.

Cela posé, Franz Olivier Giesbert va maintenant comprendre que sa vie est un parcours initiatique : parmi tous les droits, le droit à l’expression, selon les experts, est celui qui se paye le plus cher. Toute création doit être contrôlée, et en première instance par son créateur même. La radio-activité est dangereuse ; mais bien dosée, elle peut être salutaire : il y a un radicalisme pathologique inhérent à une écologie mal assimilée et dont Natalie (sans h), ancienne épouse du susdit, fut la manifestation. La scripto-activité, en tant qu’elle est le logos revendiqué, à l’égal de toute autre énergie, doit aussi savoir se contenir. Toute énervante et frustrante pouvait-elle être ressentie, la présence au Figaro d’un Alain Peyrefitte faisait régner une utile discipline.

Comprendre qu’il s’agit pour lui de transcender, si ce n’est, et pour le moins, d’affiner l’ubérisation de son être et de la société à laquelle il semble aspirer, voilà à quoi de prime abord nous serions tentés de résumer le sens et l’essence de sa destinée. Saint Uber est un faux frère. D’ailleurs, il n’existe pas. Ou, s’il existe, ce n’est pas le patron des chasseurs, mais celui des coupeurs de têtes (et, ajouterait Rabelais, des têtes bien faites et bien pleines)

Oui, dépasser l’exubérance, s’imbériser (1) au lieu de s’ubériser, revenir à Jean, qui est en l’occurrence plus Daniel que d’Ormesson : Franz-Olivier Giesbert y est déjà en partie parvenu puisqu’il se sait être un « faux fou » au sens où Chesterton écrivait qu’« un fou est quelqu’un qui a tout perdu sauf l’usage de la raison ». Là où le péché abonde, la grâce surabonde. Celle –là peut prendre forme humaine et amicale en les personnes d’un Julien Green, d’un Richard Millet, ès qualités, non de purs, mais de puristes et contrepoisons.

On l’a sous-entendu : les doués ne sont pas des roués. Plus près sont-ils des hommes complets. A tel point que, sur la pierre tombale de l’écrivain, il n’y aurait plus pour lui, au titre d’une quintessence à la fois humble et orgueilleuse de sa vie, qu’à prescrire de voir gravée cette simple épitaphe : Ci-Giesbert.

Hubert de Champris

Notes relatives à l’article :

(1) infinitif tiré du nom propre Claude Imbert, ancien directeur du Point et qui, avis aux visiteurs du pauvre et de l’orphelin, se morfond plus qu’il ne se meurt.

Un commentaire pour “Hubert de Champris : « BEL-AMI » sur la récente biographie « FOG – Don Juan du pouvoir »”

  1. Guit'z :

    Papier de pure complaisance, écrit dans un style effroyablement lourd, et tout ça pour dresser le portrait d’un lézard ambitieux des plus quelconques et, à mon sens, des plus dépourvus de la moindre intelligence politique. Sans intérêt…

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