La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Urvoy du Seigneur »

Entretiens sur l'islam

Louis Garcia, Entretiens sur l’islam avec le Professeur Marie-Thérèse Urvoy, Docteur angélique, 90 p., 10 €.

Non, ‘‘Docteur angélique’’ n’est pas le titre d’un roman-photo narrant les aventures d’un interne séducteur et chaud lapin, ni une resucée d’Angélique, marquise des Anges ; il est le surnom que l’Eglise a donné à Thomas d’Aquin, Docteur de la prénommée et celui-là même qui s’entendit murmurer de Qui l’on sait : «Tu as bien écrit de moi.» C’est dire sous quel patronyme, et quel auguste mais néanmoins très peu païen patronage, la petite maison éditant ce bref, concis mais, avant tout, exact livre d’entretiens s’est placé ! Ce patronyme n’est rien moins que celui de la vérité, c’est-à-dire, écartant les poétiques mais toutefois trompeuses tentatives heideggeriennes de l’indéfinir au titre d’un épisodique dévoilement soi-disant promu par nos présocratiques, l’adéquation de l’esprit à la chose. Soit une des philosophies principales de l’Eglise, soit la maxime qui, probablement, préside la politique éditoriale de cet éditeur avignonnais.

Madame le Professeur Urvoy est une érudite à l’ancienne, comme nous les aimons, calme, pondéré, d’autant plus redoutable pour ce qu’elle traite, qu’elle le considère comme il est, s’attachant à relever derrière les acceptions, les présentations vulgaires que lui-même répand, ses archaïsmes, autrement dit ce qui dans son être ne peut que perdurer comme lui étant constitutif.

Usons d’une comparaison qui nous fera toucher l’essentiel du propos de notre éminente spécialiste de la religion de Mahomet. L’Ecriture est pourvu d’un sens quadruple : historique, allégorique, tropologique et anagogique. Le Bible recèle un récit d’événements, une énonciation de vérités éternelles, une prescription de devoirs moraux et une anticipation d’évènements futurs. Ce sens quadruple peut se réduire à une dimension triple,- historique, tropologique et mystique. En somme (une fois encore théologique comme dirait notre saint docteur), ce qui importe dans son herméneutique est de tenir compte du fait que le sens littéral et historique d’un de ses passages n’épuise pas l’intention de la parole de Dieu qui s’y exprime[1].

Mais, le Coran, lui, de droit – c’est-à-dire selon, en premier lieu, les dires du fondateur de l’islam, alias l’autoproclamé ‘‘prophète’’ Muhammad –, n’est pas redevable d’une pareille exégèse : le Coran ne contient pas les paroles du Dieu unique ; il est la parole de Dieu, nonobstant l’ensemble des textes ou commentaires annexes à l’instar des hadith-s, de la biographie canonique de Mahomet, la Sira (pour les chiites) , etc., qui, au principal, disent ce qu’on doit en penser. Foin du travestissement accommodateur et libéralo-compatible de nos Malek Chebel et autres islamologues médiatiques d’autant plus conduits à nous fournir du texte coranique des tournures prétendument européano-compatibles qu’ils sont eux-mêmes gênés aux entournures par le fait du texte (qui est le fait d’un prince peut-être des ténèbres ou dont, pour le moins, l’origine divine de la «Révélation» est douteuse) et la geste d’une épopée bien souvent sanglante.

Vous compléterez cette saine et édifiante (puisqu’elle contribue à formaliser dans nos pauvres cervelles les sus-nommés archaïsmes) lecture de celle des travaux des Moussali, Besançon et autres Edouard-Marie Gallez afin, lecteurs, de devenir au sujet de la religion musulmane ce qu’on ose plus qualifier un bien-pensant. On le comprend à l’instant : en la matière – celle du contenu de croyances d’une religion précise – il équivaut à être certes politiquement incorrect mais, avant tout, doctrinalement exact.

Hubert de Champris

[1] Cf. Jaroslav Pelikan, La tradition chrétienne – tome III : Croissance de la théologie médiévale, 600-1300, PUF.

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