La chronique anachronique d’Hubert de Champris « Castarède, Rouart, Villemur et les autres… »

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Jean Castarède, Mon vice impuni, France-Empire Monde, 150 p., 15 €.

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Michèle Villemur, Confidences d’une ambassadrice, France-Empire Monde, 200 p. 18 €.

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Peter N. Miller, L’Europe de Peiresc – Savoir et vertu au XVIIème siècle – préface de Marc Fumaroli, Albin Michel, 378 p., 31 €.

Il y a la déco intérieure et le gros œuvre, mais il faut les deux pour faire un monde, un monde de mondanités naturelles où la matière, la lourdeur empesées des j’embête des salons se volatilisent sous le souffle du bel esprit. Pourquoi les anges volent-ils ? Parce qu’ils se prennent eux-mêmes à la légère. Ce sont ce primesaut, cette curiosité galante teintée de réelle sollicitude qui caractérisent l’empreinte que Jean Castarède laisse dans son sillage. Sillage est le mot, non sillon. Editeur, acheteur compulsif de livres anciens, joueur de tennis, ancien haut fonctionnaire, éleveur de Cognac à moins que ce ne soit plutôt d’Armagnac (car, dirait de Gaulle, il ne faut quand même pas confondre la serviette et le torchon, la Vieille Europe sempiternellement  juvénile et celle de Jean Monet), enseignant à ses heures et on en passe, Castarède avoue ne jamais finir un livre. Peu de gens peuvent à bon droit prétendre à ce passe droit, à ce qui, chez un autre, serait du plus mauvais aloi. Mais notre homme est de ceux-là qui, dépourvu d’a priori, jauge vite, lisent vite, survolent toutes choses, sûr de leur mémoire et de leur jeunesse d’état. En fait, ce que pétrit ici Castarède n’est pas le temps, mais l’instant, l’instant présent qui insère son ouvrage dans la catégorie des livres d’histoires. On y frôle de belles et distinguées dames, son épouse Marie-France, professeur des Universités et Marie Grégoire, nombre d’écrivains ou assimilés, Alain Peyrefitte,- mais, rassurez-vous, Roger du même nom, aurait tout aussi bien pu être de la partie. Au reste, sans exclusive, sans a priori, mais, on l’espère, aidé de ces ‘‘préjugés nécessaires’’ (Burke) sans lesquels il n’est nulle vie en société plausible, Jean Castarède aime tout, enfin beaucoup de choses, le Tout Paris, le ‘‘tout ceci’’ et le ‘‘tout cela’’. Comme une fameuse  boîte d’intérim, il est l’homme qui relie les hommes. L’Homme générique s’entend, qui inclut la femme. On ne s’étonnera ainsi point que, épouse d’ambassadeur et d’embrassades derrière laquelle, à l’instar d’une Loïse Lanxade, perdure la jeune fille derrière la femme,  Michèle Villemur fasse entendre son babil plein d’historiettes, de recettes culinaires et de savoir-vivre sous l’estampille de France-Empire, marque déposée et des gens de bel esprit. Pleine d’ânettes plus ou moins doctes comme dirait ma concierge,  elle ne nous cèle rien, au milieu de ses pérégrinations, de son ancien emploi de mère allaitante et, surtout, de maîtresse de maison. Sous le discret empire éditorial de Castarède, la maison France est au reste heureusement servie et honorée : l’éditeur n’est pas bégueule qui fait son miel, et son salut intellectuel et artistique, aussi bien d’une Brigitte Lahaie que de la compagnie de Jean-Marie Rouart.

Reste à passer aux choses sérieuses (lesquelles, on le sait, peuvent être rieuses), à glisser de l’instant au temps. Jean Castarède ne terminera peut-être pas non plus cette somme – épigraphique, linguistique, théologique et on en passe encore une fois  -, que demeure la biographie du grand humaniste aixois Claude-Nicolas Fabri de Peiresc. Mais nous parions qu’au coin du feu, breuvage susdit à la main, il fera ses délices de la préface enlevée de Fumaroli. Alors, lecture faite, verre reposée, conjoint à Marie-France Castarède élevée au rang de première lectrice, réfléchissant à son entreprise éditoriales, décidera-t-il de nouvelles alchimies, convoitera-t-il de nouvelles prises : « entre ici Marguerite Yourcenoir » parodierait ma concierge qui, contrairement à Castarède, n’a pas lu une ligne de Malraux. Et, des paramètres sensoriels, moraux et intellectuels qui ont guidé la vie de ce Peiresc, antiquaire, ami de Rubens, conseiller des pape et rois de France, européen à la bonne heure, fera-t-il les critères d’encore inédites œuvres au noir.

Hubert de Champris

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