Compte-rendu de la conférence de Xavier Raufer du 16 février 2015

 « La mondialisation criminelle, la menace occultée »

 « Dans ce que l’on sait, je vais expliquer la façon dont nous travaillons à l’université. Après cela je ferai – ce que quelqu’un peut faire dans ma capacité – un diagnostic de ce qui se passe à l’heure actuelle et des indications vers où l’on va. Par expérience professionnelle, je sais que le cours magistral est aussi enquiquinant pour celui qui le prononce que pour celui qui l’écoute. Par conséquent nous procéderons par questions-réponses ce qui sera sans doute plus efficace et permettra de mieux coller à vos attentes.

On dit souvent que les Parisiens ne vont pas dans les réunions. Un soir d’hiver, où tout le monde serait certainement beaucoup mieux au coin de son feu, la salle est pleine, merci d’avoir organisé cela. C’est important parce que nous sommes confrontés à un risque permanent, nous autres, qui traitons des aspects théoriques des chose avant de nous envoler dans les cieux, ce sont les questions que l’on nous pose, les réflexions que l’on nous fait, les objections que l’on nous porte qui nous ramène à la réalité et il n’y a pas de chose plus importante pour nous que d’intervenir auprès de publics que l’on ne connaît pas. Hors de tout aspect académique dans lequel les étudiants prennent des notes et pas grand-chose d’autre de plus et objectent peu parce qu’à la fin ce sont nous qui les notons. Ils se tiennent généralement assez sage – peut-être pas tous les étudiants – mais ceux que j’ai, deviennent, par la suite, magistrat ou commissaire de police, pour le côté plus gore, médecin, avocat pénaliste ou autre. Ce n’est pas une race d’étudiants extrêmement rebelles et contestataires. Cela fait du bien d’être avec des gens qui vous disent « ceci ou cela, pourquoi vous dites cela ? » merci d’être venus. Ce n’est pas uniquement pour vendre trois bouquins : cela nous fait du bien et nous ressource.

Maintenant, en quelques mots, les études dont nous nous occuperont. Voilà longtemps, en 1928, je vais sauter rapidement les étapes, a été créé à l’université Paris II, à l’époque où les choses étaient simples et sans trop de complication – les balayeurs n’étaient pas encore des techniciens de surface – il y avait la faculté de droit au Panthéon qu’on appelle maintenant Université Panthéons-Assas, à cause de l’autre bâtiment en face du jardin du Luxembourg.

C’est en 1928 qu’on a créé un institut de criminologie censé informer tous nos collègues du droit pénal et de ce qu’il faut savoir sur l’évolution des phénomènes criminels. Dans un Etat de droit, la France est tendancieusement encore un Etat de droit, ce sont les assemblées qui votent les transformations des Code civil, Code pénal, Code de la famille etc. La représentation nationale et ceux qui font ce travail n’ont pas une connaissance forcément à jour de tous les phénomènes qui peuvent amener aux dites transformations. Par transformation, je vais vous donner un exemple banal. Entre le XIXe siècle et aujourd’hui, dans la région parisienne, il y a – sans doute – moins de vols de bétail et plus de vols de téléphone portable. La criminalité évolue et les criminels sont des prédateurs qui pillent la société telle quelle et à un moment donné et qu’il faut transformer les codes, faute de quoi, on loupe la criminalité informatique. De manière informelle, il y a eu à l’université de Paris II dans le corps des professeurs une espèce de Vatican collectif sur ces problèmes qui informent la représentation nationale sur les évolutions qui doivent amener ensuite à une transformation des codes. Dans mon cas, c’est la criminologie du code pénal.

Voilà la raison pour laquelle a été créé cet institut de criminologie. Après cela les choses ont évolué. Le ministère de l’université, voulant ne pas donner le sentiment de laisser de côté l’enseignement primaire et la recherche, a créé un département de recherche appelé département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines qui a bien marché puis a finit par voler de ses propres ailes. Le département en question a, par la suite, été jugé important et on a créé un Master national de criminologie puis devenu par assimilation le Master 2 de criminologie. Il commencera cette année, mais c’est le Master 1, dès la prochaine année universitaire, qui se fera au Conservatoire National des Arts et Métiers. Après 2015, à l’Université Paris II et avant qu’Allah me rappelle à lui je vais terminer ma carrière au CNAM pour faire tourner le Master pendant un ou deux ans.

Qu’étudie-t-on à l’intérieur de l’institut de criminologie puis des départements de recherche au Conservatoire National des Arts et Métiers ? On étudie quatre sortes de phénomènes, le crime en tant qu’entité métaphysique ; le crime dans toutes ses formes, la criminalité dans ses évolutions, cela monte cela descend, cela bouge. On parlait des vols de bestiaux mais j’aurais pu vous parlez d’homicide commis à l’aide de pertuisane, d’homicide par arme à feu, ces choses bougent et évoluent et il faut les étudier. Les criminels, les individus qui sont-ils, pourquoi le font-ils ? Et en dernière instance, les réponses de la société, c’est-à-dire que faut-il faire pour des gens qui accomplissent des actes illégaux, illicites et criminels ; cela nous amène aux dernières années, en termes de périodes historiques avec la mondialisation qui a complètement ravagé et bouleversé la scène criminelle mondiale.

Pour donner un exemple concret, auparavant l’héroïne en Afghanistan. Songez à tous les obstacles qu’il y avait pendant la guerre froide pour amener l’héroïne dans les rues de Paris. Il fallait naturellement franchir un des deux blocs avec des mines, des fils de fer barbelés dans tous les sens, un mur… à Berlin. Il était quasiment impossible de la transporter, il fallait faire des détours formidables tout autour de la planète. Aujourd’hui et depuis l’effondrement du mur de Berlin, vous n’avez plus sur la route de l’héroïne entre Kaboul et, par exemple, Amsterdam que quelques douaniers qui gagnent à peu près en un mois ce que vous avez dans vos poches ce soir pour vous offrir du vin chaud. Ils ne sont pas tous d’inflexibles Caton.

La première grande mondialisation qui s’est opérée à la vitesse de la foudre c’est la mondialisation criminelle. C’est la première a vraiment fonctionné. Je vais vous en apporter la preuve, preuve, que j’ai eu ébahi devant mes propres yeux – trois semaines après la chute du mur de Berlin – nous étions à peu de chose près dans les jours de décembre 1989. À ce moment j’étais responsable du département des affaires criminelles et terroristes à l’hebdomadaire L’Express en dehors des activités extérieures que je menais à l’université, j’avais deux emplois en même temps. À l’époque, j’étais donc à L’Express, et nous terminions les bouclages à 2-3 heures du matin. On rentrait le soir, ensuite, en taxi. L’Express avait son siège à cette époque à la place de l’étoile à Paris. Vers 2 heures du matin et sur la route qui nous menait à côté il y avait généralement deux ou trois dames dans la rue, pas forcément très jeunes, nous leur disions poliment « bonsoir » avant de nous diriger vers un taxi.

Trois semaines après la chute du mur, en sortant de L’Express, éberlué je vois à la place de ces dames mûrissantes, 3 pépés, blondes, jolies comme des cœurs, à peine 20 ans. Elles parlaient russe, polonais, en tout cas une langue slave. Trois semaines après la chute du mur de Berlin il y avait déjà des prostituées russes, polonaises à côté de l’étoile. Nous nous sommes renseignés, nous avons contacté la préfecture de police, au ministère de l’intérieur, on leur a demandé combien de temps il leur avait fallu pour nouer avec les autorités russes des rapports visant à empêcher le trafic d’être humain.

Conclusion : la « Mondialisation des méchants », c’est trois semaines et la « Mondialisation des gentils », c’est-à-dire, la police, la justice etc. c’est trois ans. La mondialisation criminelle a progressé à toute vitesse pour une raison simple – c’est l’une des choses que vous devez garder à l’esprit pour la suite – les malfaiteurs sont, par définition, des hors-la-loi, ils n’ont aucun besoin, aucune nécessité de respecter le carcan de règles – absolument effroyables – que vous devez, vous, respecter dans le cadre de la vie de tous les jours. Vous devez remplir tel ou tel papier, payer la TVA etc.

Comme ils n’ont pas respectés ces règles, ils peuvent changer d’activité, redéployer les dites activités et faire ce que bon leur semble à la vitesse qui leur plaît par exemple ; ils peuvent passer du trafic de drogue au trafic de déchets toxiques de jour au lendemain. Il y a deux risques étant naturellement la répression et le fait d’être victime d’une bande rivale qui n’apprécie pas que vous vous lanciez dans un business où on se trouvait déjà. C’est la rude concurrence. Si vous êtes criminels vous pouvez faire ce que vous voulez.

Il y a eu une mondialisation, la mondialisation criminelle puis l’amplification exponentielle du trafic planétaire au début des années 1990, il arrivait, estime l’Onu et maintenant Europol et l’office européenne contre les drogues et la toxicomanie, à peu près 50 tonnes de cocaïne par an en Europe de l’Ouest. On manque de chiffres précis pour l’Europe de l’Est. En moins de 5 ans, nous sommes passés de 50 à 300 tonnes de cocaïne consommées soit une augmentation d’une grande brutalité. Cela nous a amené à considérer les phénomènes criminels que l’on étudie à échelle internationale et surtout la zone la plus proche de nous en Europe, l’Espace Schengen. Parce qu’il n’y a plus de frontières. La France n’a plus de frontières. À l’intérieur de Schengen, tout le monde a le droit de circuler comme il veut le faire. À l’exception des policiers, des gendarmes et de la justice qui, eux, sont encore cantonnés à l’échelon national ce qui confère à l’Europe une fragilité particulière.

Pour les êtres vivants sur cette planète, il y a deux manières d’être conformé. Ceux qui sont durs à l’extérieur et mou à l’intérieur ce sont les crabes, les langoustes les tortues, et ceux qui sont mous à l’extérieur et durs à l’intérieur, les mammifères avec la peau à la surface et les os à l’intérieur. L’Europe, à l’heure actuelle, n’est ni l’un ni l’autre. Il pourrait y avoir des frontières extérieures sévèrement gardées et défendues. Quand on voit ce qui arrive sur les côtes libyennes cela n’a pas l’air très efficace. On n’est plus dans le système des frontières nationales. Nous sommes un peu, le cul entre deux chaises. Et cela confère naturellement une grande fragilité.

C’est vous dire que les criminologues ne manquent pas de travail. Je le dis avec affection à mes étudiants, vous êtes les personnes les moins menacés par le chômage. Que se passe-t-il ? Dans ce contexte nous jouons un peu un rôle de conseiller, un rôle d’informateur pour les gens des ministères qui nous interpelle. Le ministère de la défense, des finances, les ministères régaliens. J’ai pensé que le plus utile ce soir pour que l’on élargisse le débat, de vous expliquer ce qui se passe lorsque l’on est convoqué par ces grands seigneurs, un ministre ou autre. Alors voilà ce qu’on lui dit.

Ce que nous faisons est destiné à être publié ou enseigné. Tout est public, il n’y a pas de secret. Je n’ai pas de broyeuse dans mon bureau. On peut le dire sans difficulté. Il y a deux bouleversements à l’heure actuelle sur cette planète et concomitants. Il faudrait que l’appareil d’état en France s’en avise plus rapidement à la vue des résultats que l’on a connu ces temps derniers. Il y a des bouleversements extraordinaires sur la planète criminelle et terroriste qui font que la situation n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était dans les années et décennies écoulées.

Premier bouleversement, cela surprend un peu les gens et surtout en ce moment, il y a eu des formes et variantes tout à fait diverses de terrorisme qui ont frappés le continent européen au cours du derniers demi-siècle, les séquelles les soubresauts de l’affaire palestinienne avec des détournements d’avions, le fait que certains groupes nationalistes en Europe aient voulu copier que l’on avait fait ici ou là sur la planète en Algérie, notamment, avec les guerres coloniales. Ils ont voulu faire cela en Europe : terroriste au Pays Basque, en Irlande en Corse. Ce n’est pas par hasard si l’organisation de lutte armée en France a pris le nom de FLN. C’était l’idée de faire une autre guerre de décolonisation. Il y a eu d’autres sortes d’organisation que l’on a réunie sous le nom d’organisation communiste combattante : brigade d’armée rouge, et autre etc. des groupes qui étaient liés à la guerre civile du Liban et d’autre.

Tous ces groupes ont disparu, ils sont sortis de la lutte armée, de gré ou de force. Certains sont en prison, d’autres sont morts. Aujourd’hui vous n’avez plus sur le continent européen pour la première fois, depuis les années 1960, de groupes indigènes autochtones engagés dans la lutte armée. Le dernier à en être sorti à la fin de 2011 c’est l’ETA, depuis, vous n’avez plus de groupe. Ce terrorisme organisé a disparu d’Europe.

Dans le millefeuille, il y a la couche européenne et cela m’amène entre diverses autres missions à être dans un petit groupe d’experts à Europol qui collationnent les 28 pays de l’Union européenne toutes les statistiques sur le terrorisme dans les années 2004, 2005, 2006 quand il y avait de grands attentats, à Madrid, à Londres etc. Le continent européen comptait à peu près chaque année 600 à 700 attentats réussis ou entrepris. Europol à juste titre, compte dans les attentats ceux qui ont réussis. Lorsque la bombe a explosé ou bien ceux qui ont été entrepris dans lesquelles on a retrouvé une bombe qui pour une raison X ou Y n’a pas explosé. Depuis, ce chiffre s’est effondré et en 2014, on commence à avoir les chiffres, hormis deux minuscules territoires de l’Union européenne que sont la Corse et l’Irlande du nord où il y a des séquelles d’un terrorisme exubérant. Pour toute l’Union européenne, les attentats réussis ou entrepris : 7.

A l’heure actuelle, il y a, dans l’Union européenne plus de risques de mourir en avalant de travers une cacahuète dans un cocktail et de s’étouffer que de mourir du fait du terrorisme. Il y a eu une centaine d’attentats entre la Corse et l’Irlande du nord. Pour tout le reste, c’est fini. Vous savez que l’on déclare une maladie éradiquer quand pendant plus de 5 ans personne n’a été frappé 25 des 28 pays de l’Union européenne sont maintenant hors attentat depuis 5 ans révolus. Ce terrorisme organisé est à l’agonie, il n’est plus praticable, le mode de fonctionnement des terroristes fait qu’ils doivent communiquer les uns avec les autres. Vous n’avez pas idée du maillage, c’est pire que ce que vous imaginez, électronique qu’il y a en Europe, chaque fois qu’un terroriste repéré arrive du Maroc il est signalé en 10 minutes à Stockholm.

Il y a un maillage invisible qui rend la vie difficile à toute entreprise terroriste organisée. Les gens qui font leur travail connaissent les acteurs de leur profession. Je connais bien de respectables personnalités du terrorisme sur cette planète. J’ai notamment des liens de longue date avec des gens de l’ETA : j’ai été les voir en 2013 dans le Pays Basque espagnol. Vous avez affaire à des gens qui sont en état de complète dépression. Ils se rendent compte que depuis qu’ils ont arrêté les attentats, tout le monde se fout de ce qu’ils ont à dire. Ils ne font plus peur à personne. Les ministres sont des gens pressés, ils ne parlent pas du bon vieux temps avec d’anciens terroristes. Ils sont déprimés car, au Pays Basque et partout ailleurs en Europe, c’est simple et imparable, soit vous possédez un téléphone portable et la gendarmerie sait ou vous êtes à un mètre prêt. Ou vous n’avez pas de téléphones portables auquel cas vous êtes un terroriste potentiel. Ils n’arrivent pas à comprendre comment ils peuvent se tirer de ce piège. Ce terrorisme est mort de sa belle mort, pour des raisons de progrès technologique.

Bien entendu, il aurait été trop beau que cela se termine comme cela. Nous avons eu à peu près au moment où l’un se terminait une forme de terrorisme qui démarrerait, des formes de terrorisme plus spontanée, sauvage, irrationnelle, le cas d’école c’est – je l’ai écrit en novembre 2014 mais il n’en n’a pas été tenu compte – Mohamed Merah. Des gens à la fois consubstantiellement des terroristes et des criminels qui sont aussi des individus perturbés mentalement. Je vous donnerai des exemples de cela. Ils sont lancées dans une espèce d’errance du mal être qui les conduit à un moment donné à se tourner vers une forme brutale et fanatique de la religion pour y retrouver un calme intérieur et c’est à partir de ce moment – comme la cocotte-minute qui tourne à pleine de vapeur – que le couvercle explose.

Vous avez affaire à des « bombes humaines », qui peuvent exploser à n’importe quel moment. Je vous donne un exemple précis : Mohamed Merah. Tous les autres sont des clones, c’est frappant, il n’y a plus que cela. Des racailles de cité qui essaient de s’équilibrer en pratiquant une religion soit à laquelle ils s’étaient convertis, soit dans laquelle ils revenaient – cette fois – dans une mouvance plus fanatique. Vous êtes face à des individus qui ne savent pas eux-mêmes, d’une minute à l’autre, ce qu’ils vont faire. Un beau matin au printemps 2012, Mohamed Merah tue un quatrième soldat français, il en a déjà tué trois. Il lance un traquenard, il veut vendre son scooter à un militaire. Ce militaire ne vient pas au rendez-vous. Il est bien embêté – sa caméra tourne pour le film du jihad – il a son pistolet dans la poche.

Il décide d’abandonner. Au moment où il décide à partir, il aperçoit des mots hébreux il regarde autour de lui et voit que c’est une école juive, il regarde sa montre, il est 8 heures du matin, c’est l’heure où les enfants vont à l’école et il ouvre le feu. Une minute avant de tirer sur ces enfants, il ne savait pas lui-même ce qu’il allait faire. Vous voyez la brutalité et la vitesse avec laquelle tout peut se passer dans leur tête. Il est fort possible que pour les deux frères Kouachi la couverture du numéro de Charlie Hebdo les ait motivé à commettre l’attentat. Bien entendu, face à ce genre d’individus dont on ne sait pas quand, comment, pourquoi ils vont pouvoir exploser, la seule surveillance efficace c’est du 7 sur 7, 24/24, 365 jours par an.

Il faut voir si toutes les cases sont bien cochées pour prouver que c’est bien le futur Merah c’est-à-dire un individu instable psychologiquement. Merah, c’est deux tentatives de suicide et des choses absurdes, même au regard de sa propre religion fanatique, puisque à un moment donné il tente de s’engager dans la légion étrangère – ce qui n’est pas exactement l’endroit favorable à l’épanouissement de l’Islam salafiste il était sûrement mal renseigné. Heureusement on le refuse.

Voilà le genre d’individu perturbé sur lequel on peut tomber. Il y a cette évolution brutale vers le terrorisme. Tous les gens qui ont tué dans notre pays depuis 2012 sont des clones de Merah. Nemouche, Bilal, les frères Kouachi, Coulibaly numéro un Coulibaly numéro 2 etc. le plus souvent des criminels endurcis, et certainement pas des petits délinquants comme disent aimablement les médias.

Rendez-vous compte de ce qu’il faut faire pour être condamner à l’âge de 23 ans, sous les ères de Madame Dati et Madame Taubira : on peut avoir dix-huit inscriptions au casier judiciaire et rester libre. Mohamed Merah a dix-huit inscriptions sur son casier au moment où il est tué dont 11 vols à main armée. Ce ne sont pas du tout des petits délinquants, ce sont des criminels et qui basculent à un moment donné dans une forme de fanatisme dont on a vu à peu près le résultat. C’est la première grande transformation.

Le deuxième grand bouleversement, à l’exception de la France parce que tout à l’heure la France est vraiment mauvaise élève de l’Europe, c’est la diminution brutale de la consommation des stupéfiants par les jeunes générations. Le pays d’Europe le plus impressionnant car c’est celui qui consommait le plus de drogue : c’est la Grande-Bretagne, il y a un tel effondrement de la consommation des stupéfiants classiques l’héroïne, cocaïne, et même le cannabis, les courbes sont en baisse forte.

Les statistiques fournies par le ministère de l’intérieur, vérifiées par le ministère de la Santé, il y a à cela plusieurs raisons, pendant la crise économique les gens ont moins de sous pour s’acheter de la drogue. On peut mener une vie dans le monde de l’illicite et cultiver sa drogue. Mais surtout les jeunes générations, on le sait grâce aux sondages et enquêtes menées, sont de plus en plus méfiants quant à ce qu’on leur donne à consommer, ce sont des générations qui ont vu quand ils étaient petits la vache folle, les lasagne de cheval, etc. Ils sont méfiants. Or, les drogues illicites sont authentiquement des poubelles chimiques. L’ectasie par exemple qui passe pour quelque chose de sympa avant d’aller en boîte de nuit. La gendarmerie a saisi 50 000 pilules à la frontière belge, frontières pour les gendarmes, pas pour les trafiquants, et ils les ont analysées chimiquement. Mes amis gendarmes m’ont dit que dans un cachet de cette formule d’ectasie – il y en a plusieurs – il y avait 30 % du produit quand on décomposait les molécules chimiques de Destop, du produit pour faire déboucher les toilettes. Des gens se suicident en avalant du Destop. Il y en avait 30 %. J’ai expliqué cette histoire en rentrant à la maison à mes deux enfants, ils étaient totalement bouleversés parce qu’ils sont exposés à des gens qui tentent de leur vendre ce genre de produit. Les jeunes se rassemblent et s’amusent et le fait que cela soit du détergent pour les toilettes les a violemment marqués. Cette génération est très méfiante. S’est-elle pour autant mise à l’eau d’Evian ? Pas forcément, mais on remarque un transfert de la consommation de drogue vers des produits chimiques dont on sait qu’ils sont bien dosés et étalonnés et pas fait avec du détergent, de la mort-aux-rats ou de l’acide comme c’est souvent le cas, avec des produits qui sont d’autant mieux étalonnés que ce sont de véritables médicaments. Des médicaments sédatifs anxiolytiques, neuroleptiques, antidouleurs qui, mélangés avec un verre de vin blanc, font exactement la même chose.

Explosion du trafic de médicaments détournés de leur fonction, surtout aux États-Unis où il y a des ravages extraordinaires. Il y plus de gens qui meurent de surdoses de médicaments mal utilisés que de morts dans les accidents de la route. C’est une épidémie terrible. L’inconvénient pour les trafiquants, c’est que ce marché des médicaments détournés n’est pas contrôlé par les cartels de la drogue. C’est le pharmacien ripou, le médecin corrompu qui fait des ordonnances. Ce sont des choses comme cela, du trafic de voisinage. C’est un effondrement qui a des conséquences dramatiques pour les trafiquants. Un chiffre, le marché mondial du cannabis est estimé, en vente de gros à 175 milliards de dollars par an. Une baisse de 30 % c’est 40 milliards de dollars en moins dans la poche des trafiquants. Quand on parle à Monsieur Carlos Ghosn d’une baisse de 3 % du marché de l’automobile, il est vert et menacé par la faillite. Ici c’est de 30 % dont on parle. La baisse de consommation de cannabis en Grande-Bretagne en 2013, c’est 20 %.

Dans la simple année 2013 la consommation de cocaïne à baisser de 20 % ce sont des grosses pertes et posent des problèmes dramatiques au cartel de la drogue. Comme toujours, il y a ceux qui sont malins et ceux qui sont bêtes. Ceux qui sont bêtes disparaissent. Quant aux autres ils deviendront les acteurs d’un milieu criminel simple à envisager 100 % darwinien, c’est-à-dire que les mieux armés survivront et les autres disparaîtront. Comme les bandits n’ont pas accès aux ressources de la justice, un bandit ne peut infliger une contravention à un autre bandit, il ne peut le mettre en prison. Il a deux solutions quand il trouve quelqu’un de gênant, il peut lui casser la figure ou le tuer. Les autres à l’heure laissent petit à petit tomber le trafic de drogue et se reportent vers d’autres marchés criminels. Lesquels sont d’une part, la criminalité du monde numérique cybernétique – qui est en plein développement – mais aussi dans la contrefaçon.

Je vous ai dit que les criminologues fréquentaient les gentils mais aussi les méchants. Et une fois j’ai demandé à un monsieur qui a un rôle important dans le blanchissement de l’argent du crime. Je lui demande :

«  Pourquoi font-ils cela ? »

Il me répond : « Combien de gens se droguent sur la planète?

Eh bien ! D’après ce que nous dit l’Onu, les gens qui consomment à la surface de la planète – pas une fois pour essayer – régulièrement l’Onu dit 220 à 230 millions d’individus sur la planète. C’est un joli marché.

Oui…Combien de gens mangent sur la planète et combien de gens se maquillent? »

Je comprends tout de suite que ce sera ces marchés qui vont être multipliés par 100 voire 1000 dans les années à venir Il y a aussi le truandage des paris sportifs, le fait de corrompre un arbitre du championnat de deuxième division serbo-croate. Il est beaucoup simple de parier lorsque l’on a corrompu l’arbitre pour se mettre des millions en poche. Il y a à l’heure actuelle une redistribution des marchés criminels vers la cybercriminalité, vers les contrefaçons dangereuses qui permettent de se dégager d’un marché en diminution partout en Europe, sauf en France. En France le marché de la drogue a augmenté. En France, la seule chose qui baisse, c’est la consommation du cannabis chez les jeunes de 17 ans. C’est important. Un marché et son avenir ce sont dans les jeunes consommateurs.

Voilà les deux grands phénomènes, un passage à de nouvelles formes de terrorisme très différentes. On a demandé à notre justice, à nos services de police et de renseignement depuis les années 2000 de transformer leur manière de faire, de passer d’une appréhension individuelle du phénomène criminel à une appréhension collective. Quand ce ne sont plus des organisations ce sont quand des petits groupes humains. Rares sont les cas de ce qu’on appelle « les loups solitaires ». Il y a moins d’organisation au sens IRA, FLNC, etc. mais plus de cas ou se sont des groupes qui ont un « délire », des fantasmes et qui passent à l’acte.

Ce sont deux grandes transformations nous étions en train d’être sur une tendance depuis 50 ans de demander aux policiers de s’occuper de choses collectives et voilà qu’ils doivent faire un rétropédalage en direction de l’individuel. Comme Mohamed Merah avec sa vieille maman et ses frères. Dans une petite fratrie, il est naturel quand on est pratiquement les uns sur les autres que l’interception des communications téléphoniques soit moins efficace que pour des organisations où les gens sont répandus à travers la planète. Voilà où nous en sommes.

Maintenant, où allons-nous ? Le gouvernement, que nous avons à l’heure actuelle, a été assommé parce que ce qui s’est passé le 7 janvier. Depuis, ils ont fait de grands héritages de Mitterrand avec des fusions mortifères dans les défilés, dans les grandes cérémonies etc. La position socialiste que les lecteurs de Philippe Muray connaissent bien.

Chaque fois qu’ils survivent à un grand choc ils reviennent à leur origine. Nous avons eu le droit à des choses comme le « vivre ensemble ». Mais rien de sérieux n’a été fait. Le 8 janvier au matin, il fallait pour résoudre le problème – à l’occasion d’un drame pareil – que le Premier ministre donne la liste des 100 cités les plus épouvantables de France car bien entendu, ils venaient tous de là. Coulibaly venait du Val Fourré, Kouachi venait de Curial Cambrai dans le XIXe arrondissement de Paris contre le périphérique où les gens dealent de la drogue – revolver à la main – à 3 heures du matin. Merah venait des quartiers des zones hors contrôle à Toulouse. Vous avez Coulibaly numéro 1 qui venait de la Grande Borne à Grigny toujours les mêmes, ces quartiers totalement hors contrôle. On ne sait plus ce qui s’y passe.

Il y a longtemps que ces gens n’ont plus peur des policiers qu’ils prennent pour des crétins. Il fallait mettre les gendarmes qui sont des militaires ce qui réglera à 90% le problème parce que ce n’est pas la même réglementation qui entoure le rôle des gendarmes. Et ce sera à la grande joie des habitants – de ces dites cités – épouvantées par les racailles.

Ce ne sont pas ceux qui sont partis – pas plus celui de Copenhague qui revenait de Syrie ou d’Irak – ce sont des âneries. Ceux qui partent là-bas, soit, ils se font tuer, soit ils restent soit ils sont tellement écœurés que lorsqu’ils reviennent ils se jettent dans les bras des policiers en les suppliant de se faire mettre en prison. Les trois (des membres de la famille de Mohamed Merah) que la DGSI a raté à Paris qui sont ensuite allés atterrir à Marseille, ils ont demandé quelques heures après s’être fait interpeller avec désespoir dans la voix mettez-nous en prison 5 ans. Ce sont des personnes traumatisées. Les forces spéciales françaises, qui ne sont pas des enfants de chœur, parlent de barbarie préhistorique, des femmes enceintes éventrées, décapitées. Des gens qui reviennent de là-bas il y en a beaucoup, je crois qu’à l’heure actuelle sur les quelques 200 déjà rentrés au moins 75 sont dans cette disposition d’esprit de dire que ce n’est pas ce que le prophète voulait. Ils pensaient que c’était des jeux vidéo avec un bouton reset mais ce n’était évidemment pas la réalité. Ceux à qui on a fait, pendant un an, creuser des tombes, à la fin ils ne pouvaient plus le supporter. Ils ne s’imaginaient pas que c’était cela, le Jihad. À leur retour, ils ne sont plus disposés à passer à l’acte sur le sol français.

Les plus dangereux sont ceux qui sont là, dans les cités, sont « passés sous le radar » en se tenant tranquille et en évitant d’aller faire les zouaves ou s’assimiler aux brigades de combat de l’Etat Islamique. La guerre c’est un sport collectif qui demande de la cohésion, autrement on met tous ses amis en danger, comme dans une équipe de football. C’est ceux que j’appelle les « recalés du Jihad » comme Merah, Nemouche. S’ils sont bons pour faire la guerre, on les garde. Quelques-uns qui ont bien réussi sur place, ceux qu’on a vus en train de couper des têtes comme Dos Santos, eux resteront là-bas. On a braqué toutes les caméras et nos jumelles à Kobané, etc. Et nous n’avons pas regardé ce qui se passait au Val Fourré, à la Grande Borne, etc.

Il n’y a eu aucune sanction après le 7 janvier. 17 morts et pas un flic ni quelqu’un des renseignements n’a eu des comptes à rendre. Pire encore, pour la première fois, c’est inouï, il n’y aura pas de commission d’enquête parlementaire. « Vivre ensemble », « la République » oui. Mais pas d’enquête parlementaire. On va balayer la poussière sous le tapis et nous en resterons là.

J’explique à mes étudiants – en parlant des fondamentaux – ce qu’il faut considérer chez l’être humain. L’être humain n’a pas de cornes, pas de sabots, pas de griffes, pas de carapace et n’est pas très bien équipé pour se défendre. La seule chose qu’il a, c’est un cerveau plus gros que celui des autres mammifères. Depuis l’homme de Cro-Magnon, l’être humain survit grâce à ce qu’il a compris. Et lorsqu’il ne comprend pas, il lui arrive des ennuis.

La compréhension des phénomènes n’est pas dans la tête des gens qui nous gouverne, quelque chose de maîtrisé. Je ne vous dis pas cela en cachette derrière leur dos. Je l’ai écrit dans le Figaro magazine. On nous fait des fanfreluches, des présidents qui vont s’incliner sur des cercueils, des manifestations. Mais l’essentiel n’est pas fait. À savoir : détecter les fameuses « bombes humaines » avant – de préférence – qu’elles n’explosent. Ceci n’est toujours pas fait dans la France de 2015 ».

Xavier Raufer

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