Texte d’Alain Corvez sur la situation en Irak

juin 21, 2014 dans Nos textes, Vidéos, textes et ouvrages par admin

Irak

D’après des informations de sources bien placées et crédibles, l’offensive récente de DAASH (EIIS) associé aux rebelles baasistes était préparée depuis des mois, sous contrôle des services américains.

Cette alliance paradoxale entre un parti d’idéologie laïque et des djihadistes se battant au nom de la religion s’est faite de façon conjoncturelle, les deux parties y trouvant leur intérêt. Les deux sont noyautées par des agents des services américains.

L’offensive éclair leur permettant de s’emparer en quelques jours d’immenses territoires est due à la défection programmée des forces de sécurité et de l’armée du régime.

Dirigé par le Premier Ministre Maliki, fin politique mais sectaire, le gouvernement a ostracisé des franges entières de la population iraqienne, kurde, sunnite et même chiite en partie. Maliki reste fort dans son clan qui est lui-même le plus puissant en Iraq mais il a commis trop d’erreurs en traitant en particulier les forces sunnites de façon injuste. Il a commis une erreur majeure, analogue à celle commise par les Etats-Unis qui ont détruit les structures et les hommes de l’armée de Saddam, en cessant de rémunérer les milices sunnites de « Sahaa » qui se sont battues pour lui contre les djihadistes d’Al Qaïda. Monopolisant tous les leviers du pouvoir entre ses amis chiites, il a indisposé trop de monde, notamment les Américains qui savent sa force,- son clan a encore remporté les dernières élections-, mais estiment qu’il ne peut mettre fin aux luttes mortelles entre milices rivales, politiquement et confessionnellement. De nombreuses tribus, dont on sait l’influence prépondérante sont désormais farouchement opposées à sa direction.

Certaines de ces tribus ont d’ailleurs participé au succès de l’offensive qui a permis en quelques jours seulement à l’alliance DAASH-Baas de remporter de telles victoires, leurs partisans au sein des localités leur ouvrant les portes au lieu de les combattre.

La stratégie américaine consisterait à obliger Maliki à laisser le pouvoir à un membre de son clan plus tolérant ou le laisser au pouvoir contre d’importantes concessions. Une autre hypothèse serait, sous la pression de forces menaçant Bagdad, de fomenter un coup d’état amenant au pouvoir un homme, militaire ou civil, qui proposerait des réformes équilibrées avec un traitement plus juste des différentes composantes ethniques et religieuses du pays, sunnites et kurdes notamment mais aussi de minorités moins nombreuses.

 Quoi qu’il advienne, les Kurdes sont les grands gagnants de cette situation, puis qu’ils sont déjà pratiquement autonomes et exportent leur pétrole, paradoxalement par la Turquie, au grand dam de Bagdad. Ils apparaissent en outre comme un havre de sécurité pour les réfugiés de toutes confessions qui les ont rejoints, notamment les chrétiens.

La division de l’Iraq en trois entités, telle que prévue dans les anciens plans américains, pourrait être un but mais il aurait peu de chances d’aboutir, compte tenu de la forte rémanence d’un sentiment national iraquien dans toutes les communautés et tribus. Un Iraq fédéral est plus probable car on voit mal les Kurdes renoncer à l’autonomie administrative, économique, politique et stratégique qu’ils ont déjà acquise. Mais les autres régions ne sont pas aussi homogènes et comportent de nombreuses minorités qui ne souhaiteraient pas se structurer sur des bases confessionnelles.

Le règlement de la crise se fera donc sous l’égide américaine, avec sans doute un consensus irano-séoudien qui ont des intérêts divergents dans le pays mais peuvent composer pour des raisons diverses. L’Iran et les EU se rapprochent d’un accord sur le différend nucléaire et l’Arabie, se méfiant de son allié et parrain, voit un intérêt à se rapprocher de l’Iran.

La Russie n’a pas été un acteur de premier plan en Iraq depuis l’invasion américaine mais ne reste pas inactive, ses intérêts en Syrie étant liés aux ambitions de l’EIIS affichant dans son nom même ses ambitions d’établir son califat à cheval sur l’Iraq et la Syrie, au moins jusqu’à l’Euphrate syrien mais sans doute jusqu’à Al Sham et la Palestine. Ceci n’est cependant qu’une idéologie qui n’a pas de chance de se réaliser et l’on sait bien que ces djihadistes n’attaquent pas l’état hébreu mais des états arabes. Le 3 juin une rencontre à Sotchi entre le Prince Séoud Al Fayçal et Sergueï Lavrov, en présence de Wladimir Poutine, a sans doute conclu des arrangements importants concernant la Syrie mais aussi l’Iraq.

Quel que soit le dénouement final, il comportera un partage plus équilibré entre les différents partis politiques, les chiites restant majoritaires et incontournables mais offrant plus d’espaces aux autres. On pourrait assister notamment à un retour en politique des baasistes qui étaient jusqu’à présent totalement ostracisés. Ils ont publié un communiqué rassurant pour les étrangers arabes et occidentaux, se présentant comme des révolutionnaires uniquement désireux de chasser le pouvoir actuel jugé dictatorial et corrompu.

Sans doute l’aide militaire américaine, de même que la coopération avec l’Iran, permettront-elles d’imposer la solution politique souhaitée à Washington avec le consentement iranien et séoudien. Quelques frappes aériennes bien ciblées pourront vite tempérer l’ardeur de djihadistes qui, s’ils sont équipés de matériels et armements sophistiqués et disposent de soutiens financiers du Golfe et d’ailleurs, ne constituent pas une armée solide et cohérente, sauf les anciens militaires de Saddam, et ont réussi grâce surtout à l’aide des populations qui étaient acquises à leur cause.

Les Turcs qui se sont rapprochés de Barzani depuis longtemps déjà pourraient, quant à eux, avancer vers un apaisement des tensions sur un sujet très sensible du fait de l’importante population kurde qu’ils comptent aux confins iraquiens et syriens.

 AC, 20 juin 2014