Sylvain Pérignon : « Pourquoi l’Occident hait Poutine »

avril 23, 2014 dans Nos textes, Vidéos, textes et ouvrages par admin

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Je n’éprouve aucune sympathie particulière, ni aucune antipathie de principe à l’égard de Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, mais j’avoue un certain respect pour un homme qui a voué sa vie au rétablissement de la grandeur et de la prospérité de son pays, ravagé par 70 ans de communisme et par la décomposition économique et sociale des années Eltsine.

Mais la majorité de ceux qui, en France, parlotent, paradent,  expertisent, dénoncent, s’indignent, façonnent et manipulent l’opinion, a pour Poutine un sentiment de haine et de répulsion qui va largement au-delà d’une critique raisonnée de la politique russe.

L’identité nationale est chez nous un gros mot, et la revendiquer sera bientôt un délit. Entre l’individu consommateur et les instances supranationales, tout doit disparaître, au nom de « valeurs » formelles que l’on ne peut critiquer sous peine de mort médiatique. L’Union Européenne est ainsi devenue « hors-sol », pur projet, pure promesse, affranchie de tout passé, rejetant toute notion de frontières,  pouvant accueillir à terme la Turquie, le Maghreb et plus loin encore si affinité… Ce mirage d’une paix perpétuelle fondée sur le marché, le droit et la morale se traduit par une politique étrangère digne d’une ONG, distribuant blâmes et  satisfécits au nom d’une supériorité morale implicite.

Vu de Moscou, ce verbiage n’est qu’hypocrisie ou aveuglement. Les gouvernants russes  savent que la géopolitique commande tout, que les Etats n’ont pas d’amis  et que c’est votre ennemi qui vous choisit, et non l’inverse. Derrière les discours idéalistes de l’Union Européenne, la Russie voit son encerclement par l’OTAN et l’acceptation d’un monde unipolaire dominé par les Etats-Unis.

Le souverainisme russe, l’attachement du peuple russe à son identité nationale est inséparable de son attachement aux valeurs spirituelles de la chrétienté. Le renouveau russe a été symbolisé par la reconstruction de la cathédrale du Christ-Sauveur, siège du patriarcat orthodoxe de Moscou et de toutes les Russies, qui avait été dynamitée en 1931 sur l’ordre de Staline. Reconstruite à l’identique, elle a été consacrée en 2000, en présence de Poutine. Moscou est redevenu la « Troisième Rome », protectrice des chrétiens d’Orient. Ces derniers ne s’y trompent pas, connaissant l’indifférence totale des Occidentaux et de l’Union Européenne devant l’éradication violente des minorités chrétiennes dans de nombreux pays musulmans. 50 000 chrétiens de Syrie ont ainsi demandé récemment la nationalité russe pour échapper aux massacres à venir en cas de victoire des islamistes. Tout ceci remet à leur juste place les grotesques démonstrations antireligieuses des Pussy Riot et autres Femen, qui suscitent chez nous des approbations que le peuple russe regarde avec effarement et incrédulité. C’est d’ailleurs ce même regard qu’il porte sur nos délires sociétaux, tels le mariage pour tous, la propagande LGBT dans les écoles et la théorie du genre.

Cette défense de l’identité nationale, culturelle, religieuse  et des principes moraux traditionnels  sur lesquels s’est reconstruite la Russie après 70 ans de dictature communiste s’accompagne d’une fermeté à l’égard des minorités qui iraient au-delà de la défense de leurs droits individuels pour réclamer des droits collectifs spécifiques. Vladimir Poutine fut longuement ovationné par la Douma le 4 février 2013 lorsqu’il résuma sa politique en ce domaine : « En Russie, vivons Russes. Toute minorité, de n’importe où, si elle veut vivre en Russie, travailler et manger en Russie, doit parler le russe, et doit respecter les lois russes. S’ils préfèrent la Charia, alors nous leur conseillons d’aller aux endroits où c’est la loi du pays. La Russie n’a pas besoin de minorités. Les minorités ont besoin de la Russie, et nous ne leur accorderons pas de privilèges spéciaux, ou n’essaierons de modifier nos lois pour répondre à leurs désirs, peu importe la force avec laquelle ils crient à la “discrimination” ».

Le peuple russe et ses gouvernants partagent une même fierté collective, loin de  cette haine de nous même et de notre passé qui devient le marqueur du monde politico-médiatique occidental. Poutine nous tend le miroir où se reflètent nos lâchetés, nos abandons, nos illusions, nos veuleries et que nous refusons de regarder en face. C’est pourquoi nous haïssons Poutine.