Recension d’ « Apocalypse du Progrès », par Pierre Le Vigan

août 29, 2014 dans Nos textes, Vidéos, textes et ouvrages par admin

Apocalypse du Progrès

 

Pourquoi croyons-nous au progrès ? Pourquoi le progrès est-il devenu la raison d’être de notre temps ? Il y aurait deux raisons principales selon l’auteur. L’une est le néo-calvinisme. C’est la doctrine de la prédestination. Certains hommes sont prédestinés au salut. « Loin d’anéantir sa capacité d’action […], cette perspective le stimule ». Calvin, mort en 1564, rival de Luther dans la Réforme, avait repris ce concept de prédestination à Augustin. L’homme, s’il persévère dans ses entreprises commerciales, s’il cherche à réussir toujours plus, prouvera d’autant plus qu’il est prédestiné. Le deuxième moteur du progrès est le néo-pélagianisme. Pélage, mort vers 420, était un moine « breton » c’est-à-dire britannique au sens de l’époque. Il ne croyait pas au péché originel. Il n’y avait donc pas nécessité de la grâce. En conséquence de cette doctrine, condamnée par l’Eglise, si l’homme ne porte pas le poids d’un péché originel, il peut construire le paradis sur cette terre. Comment ? En améliorant le monde, en le transformant sans cesse, en le faisant progresser, et en progressant avec lui.

Calvinisme et pélagianisme, telles sont les deux spires du progrès selon Pierre de La Coste. Ou du moins leur forme « néo », moins fidèle à la doctrine mais déployée largement dans les sociétés. Son livre est formidablement stimulant, intelligent et érudit.

Mais la thèse de l’auteur emporte-elle la conviction ? La prédestination calviniste pourrait au contraire pousser à une certaine passivité. La richesse est bénie quand elle arrive, mais elle n’arrive que si Dieu le veut. Pourquoi agir frénétiquement alors ? Voyons la deuxième « spire ». « Il n’y a pas de péché originel », disent Pélage et ses successeurs. Mais alors, le monde et l’homme sont innocents. A quoi bon, dans ce cas, améliorer l’homme et le monde ? A quoi bon la perfectibilité de l’homme ? Si l’homme est déjà bon, que faire de plus ? Comment vouloir mieux ? Mieux que bon ? Pour qui se prend l’homme ? On voit que les propositions – les spires – de Pierre de La Coste peuvent être inversées. Est-ce que, plutôt, il ne faut pas retenir l’idée que l’idéologie du progrès vient d’une insatisfaction fondamentale de l’homme, d’une composante anthropologique, celle-ci accentuée – aggravée – par l’inaptitude à un sentiment panthéiste du monde ? Avec, parmi les causes principales de cette inaptitude, assurément, le dualisme chrétien entre l’homme et la nature (malgré les fines objections de Patrice de Plunkett dans L’écologie de la Bible à nos jours), entre le corps et l’âme, entre la sexualité et l’amour. On voit que le débat est vaste, et surtout qu’il n’est pas clos.

Pierre de La Coste, Apocalypse du progrès, préface de Fréderic Rouvillois, ed. Perspectives libres, 2014, 260 pages, 22 €

  Pierre Le Vigan