« L’affaire Jacqueline Sauvage : bientôt le film ? », par Sylvain Pérignon

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Pour une cause juste, telle celle des femmes victimes de violences conjugales, rien n’est plus dommageable que de se tromper d’icône, de symbole, d’étendard et de se fourvoyer dans des discours idéologiques qui n’ont plus qu’un rapport lointain avec la réalité d’un dossier judiciaire.

Jacqueline Sauvage  a rétabli la peine de mort en abattant de trois balles dans le dos son mari, le 10 septembre 2012. La cour d’assises de première instance et la cour d’assises d’appel ont prononcé toutes deux la même condamnation, soit 10 ans de prison ferme, ce qui est relativement indulgent, l’homicide volontaire étant en principe puni de 30 ans de réclusion.

A la suite d’une mobilisation médiatique sans précédent, Jacqueline Sauvage bénéficie d’une grâce présidentielle partielle le 31 janvier 2016. Le tribunal d’application des peines de Melun ayant rejeté le 12 août  sa demande de libération conditionnelle, Jacqueline Sauvage sera totalement gracié par François Hollande le 28 décembre 2016.

Solidement encadrée par ses deux avocates, elle est l’invitée du 20 heures de France 2 le 6 janvier 2017 et déclare paisiblement « je ne suis pas du tout coupable », montrant ainsi avoir parfaitement intégré les mantras du féminisme victimaire, pour qui la femme est toujours irresponsable et jamais coupable. Elle réitérera le 26 février 2017 devant les caméras de TF1, interviewée dans l’émission « sept à huit ».

Enfin, les éditions Fayard publient le 2 mars 2017  un livre sous sa signature, intitulé « Je voulais juste que ça s’arrête », et dont la première de couverture affiche un résumé lapidaire de la thèse de l’ouvrage « C’était lui ou nous ».  La promo du bouquin suit son cours, avec l’inévitable interview de Jacqueline Sauvage dans le « Marie-Claire » d’avril.

Curieux objet que ce texte, mélange de collection Harlequin et d’idéologie victimaire, préfacée par les deux avocates toujours à la manœuvre. Tout sonne faux dans ce livre, tant dans le fond que dans la forme. On admirera quand même le savoir-faire de l’équipe de « nègres » qui a « mis en forme » le récit. Cela donne ce qui suit, s’agissant de la scène du meurtre : « Trois coup de feu. Et tout fut écarlate. Je ne me suis pas approchée. Il gisait sur le ventre, joue gauche scellée aux dalles. Dans sa précipitation à chuter et mourir, il avait entrainé son fauteuil, qui était juché sur son corps. Les quatre pieds à l’envers, en oblique, me désignaient. C’était elle, la coupable » (p.34). Tout est de cette encre…

A la lumière de tout ceci , les termes employés par le tribunal d’application des peines de Melun n’apparaissent nullement déraisonnables : « Il doit également être souligné que l’importante médiatisation de son affaire rend difficile une authentique démarche de réflexion par Madame Sauvage qui est encouragée à se cantonner dans un positionnement exclusif de victime, sans remettre en question son fonctionnement psychologique personnel et sans s’interroger sur sa part de responsabilité dans le fonctionnement pathologique de son couple ».

Mais qu’importe que deux cours d’assises aient balayé la notion de légitime défense différée, et n’aient accueilli qu’avec scepticisme les concepts fumeux que l’on voulait leur vendre (femme sous emprise, amnésie traumatique, mémoire retrouvée, etc..). Des beaufs obtus manipulés par des magistrats réactionnaires !! Régis de Castelnau, Philippe Bilger, Maître Eolas , Anne-Marie Le Pourhiet, Florence Rault ont tous soulignés le caractère outrancier et mensonger de la storytelling  élaborée par les soutiens de Jacqueline Sauvage. Mais que pèsent-ils face au déchainement des associations féministes  radicales et à un comité de soutien où figurent Anne Hidalgo, Daniel Cohn-Bendit et Jean-Luc Mélenchon ! Brandir une pancarte  « Je suis Jacqueline Sauvage » dispense évidemment de toute approche sérieuse du dossier.

Après le livre, les produits dérivés ? L’application « butetonmec.com » pour tablettes et smartphones ? Mais surtout le film ! Qui pour le rôle de Jacqueline Sauvage ? On regrettera la disparition d’Alice Sapritch, l’inoubliable interprète de Marie Besnard. Mais Josiane Balasko pourrait trouver là le rôle couronnant toute une carrière au service des saintes causes. Quand à l’interprétation de  la brute avinée, Gérard Depardieu s’impose. Et comme c’est un admirateur de Vladimir Poutine, on fera d’une pierre deux coups en cassant son image !

Légitime défense différée ! Les avocates ont joué petit bras. Il convient qu’une seule et même démarche réconcilie enfin prévention et répression : Légitime défense préventive pour toutes ! Mesdames, débarrassez vous de tous ces machos suppôts du patriarcat, violeurs refoulés, pères incestueux en puissance, brutes potentielles. Si vous ne savez pas pourquoi, eux le sauront !

Sylvain Pérignon

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