« La coopération franco-russe : une nécessité pour les patriotes et les forces progressistes » par Romain Bessonnet

octobre 2, 2013 dans Nos textes par admin

Vladimir Poutine

Pour un patriote authentique l’attitude à adopter vis-à-vis de la Russie est très bien résumée par le général de Gaulle :

« Il n’est pas un bon français qui n’acclame la victoire de la Russie. (…)Pour le malheur général, trop souvent depuis des siècles l’alliance franco-russe fût contrecarrée par l’intrigue ou l’incompréhension. Elle n’en demeure pas moins une nécessité que l’on voit à chaque tournant de l’histoire. (…) La France qui souffre est avec la Russie qui souffre. La France qui combat est avec la Russie qui combat » (Discours à la BBC, 20 janvier 1942).

L’amitié franco-russe s’est formalisée en 1891 par des conventions à but politique et militaire pour se défendre contre les empires centraux en train de se coaliser. Depuis, la Russie a été un allié de la France sans aucune défaillance hormis les débuts du régime soviétique (1917-1935) et a été poursuivie quelle que soit la forme de gouvernement de la Russie (empire, URSS, fédération de Russie). Cette alliance a été scellée par le sang versé et est de l’intérêt permanent d’une France forte dans un monde multipolaire.

 I- Une alliance scellée par le sang versé

 A/ La première guerre mondiale

Au départ de la Première Guerre mondiale, la Russie est entrée en guerre aux cotés de la France sur son territoire (le front de l’Est, en divisant les forces allemandes en deux, a sûrement sauvé la rance et permis la victoire de la Marne). Mais la Russie va aider la France sur son territoire et sur le front des Balkans. Le tsar envoie au premier semestre 1916 20 000 hommes en France (ils arrivent le 20 avril 1916 à Marseille). Ils seront déployés dans les secteurs de Suippes et d’Aubérive où ils seront renforcés par une troisième brigade.

Les offensives du chemin des dames en avril 1917 seront très meurtrières pour les soldats du tsar. La dernière offensive dans le secteur de Craonne se règle par 5000 morts en trois jours côté russe. Suite aux événements révolutionnaires en Russie, une mutinerie va se déclencher parmi ces soldats dont une partie est démobilisé et envoyé dans des camps de travail et renvoyé en Union soviétique à partir 1920 pour ceux qui le veulent. D’autres décident de rester fidèles au tsar et à sa parole donnée à la France et fondent la légion russe qui combattra avec beaucoup de bravoure jusqu’à la fin de la guerre.

Le sang versé par ces soldats russes est le grand oublié de l’histoire de la Grande Guerre. Le sacrifice des Canadiens, Néo-Zélandais, Australiens est toujours célébré en grande pompe, avec invitation de délégations gouvernementales, il est proclamé, célébré, entretenu, tandis que le sacrifice des Russes venus de leur pays mourir pour la France ne fait même pas l’objet d’une ligne dans le discours du 11 novembre du président de la République.

B/ La Seconde Guerre mondiale

A partir de l’invasion de l’Union Soviétique par l’Allemagne en juin 1941, l’URSS reconnaît la France Libre comme seul gouvernement légitime de la France (avant même les Etats-Unis par exemple, qui ne le feront que début 1944) et déplace l’ambassadeur d’URSS en France Bogomolov de Paris à Londres, rompant dans le même temps les relations diplomatiques avec le gouvernement de Vichy.

Prenant en compte le fait que la guerre est mondiale et que l’amitié franco-russe est une constante solide de la diplomatie française, la Russie décide que la France sera la seule nation occidentale à envoyer des troupes se battre aux cotés de l’Union Soviétique.

Ces troupes seront une escadrille de chasse, l’escadrille Normandie-Niemen, qui sera opérationnelle sur le front le 22 mars 1943 et combattra aux côtés des forces aériennes soviétiques jusqu’au 8 mai 1945. Le total des pertes se comptera à 45 morts français, soit la moitié des pilotes engagés.

L’engagement total de la France aux cotés de l’URSS est confirmé personnellement par le général de Gaulle lors de la visite officiel de décembre 1944, par la signature d’un traité d’amitié et de coopération, le 10 décembre 1944.

II – Après-guerre : l’alliance russe, contrepoids au « grand large »

Le général de Gaulle, lors de son retour au pouvoir, va renforcer l’indépendance de la France : force atomique stratégique, sortie du commandement intégré de l’OTAN, fermeture des bases américaines en France. Ces décisions vont être complétées par une politique de rééquilibrage de la politique de la France vers l’Est. Lors de sa visite officielle en URSS en juin 1946 à la suite de cette décision, le général réaffirme l’amitié franco-russe dans une déclaration et à travers des accords sectoriels, notamment dans le domaine spatial (accord du 30 juin 1966).

Même si Moscou a toujours considéré la France comme un membre du camp occidental, à la suite de l’année 1966, ce regard va changer : la France est un pays avec lequel on peut discuter sans passer par Washington. C’était l’effet souhaité par le général de Gaulle. Cette ligne va être maintenue par tous les présidents français, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. En effet l’expulsion des diplomates soviétiques et le discours du Bundestag vont amener à distendre les liens entre la France et l’Union soviétique.

Toutefois, le deuxième septennat de Mitterrand va revoir l’alliance franco-russe au premier rang des préoccupations stratégiques de la France. La relation personnelle privilégiée entre Mitterrand et Gorbatchev, couplée avec l’influence de son conseiller diplomatique Hubert Vedrine, pour lequel l’avènement d’un monde multipolaire avec un pôle européen autour de l’axe franco-russe est une chance sont parmi les éléments qui explique ce retournement de politique.

La France veut être un élément facilitateur entre le conglomérat Etats-Unis-Grande Bretagne et l’URSS pour éviter que la fin de la Guerre froide ne voit une suprématie américaine trop affirmée. Le refus de soutenir les sécessions à l’intérieur de l’URSS (baltes, Caucase), de soutenir la réunification allemande sans accord de Gorbatchev font partie de cette politique. De plus, la France renforce sa coopération de défense et sa coopération économique, criminelle et spatiale à cette époque avec l’URSS.

Toutefois, le changement de maître au Kremlin va refroidir cette relation. D’abord car l’équipe qui entoure Eltsine est très pro-américaine que ce soit dans le domaine diplomatique (Andreï Kozyrev, l’inamovible ministre des affaires étrangères du premier mandat Eltsine, est un pro-israélien et pro-américain affirmé) ou de la politique intérieure (Egor Gaïdar et Anatoli Tchoubaïs, les pères des réformes économiques, ont conçus celles-ci avec l’aide des experts de Chicago et Washington).

Boris Eltsine

Nonobstant ces faits, la France va entériner la reconnaissance de la Russie comme successeur de l’URSS, et notamment lui attribuer le siège de l’URSS au conseil de sécurité. Le traité d’amitié franco-russe date aussi de cette époque (1992).

Cette politique va se continuer avec le russophile Jacques Chirac. Même le rapprochement avec l’OTAN en 1995 est compensé par un surcroît de coopération avec Moscou. Par exemple, la France a bloqué l’adhésion des ex-membres du pacte de Varsovie et des pays baltes sans accord avec la Russie.

Dans cette période, la relation franco-russe est marquée par de nombreux accords de coopération dans tous les domaines. Toutefois, les frappes de l’OTAN sur la Yougoslavie sont comprises à Moscou comme un signe de l’alignement de la France sur Washington. Résultat, Poutine, arrivé au pouvoir en 2000, se tourne vers Washington pour négocier avec le camp occidental. La France est sur la touche à Moscou.

L’opposition à la guerre d’Irak va renouer les fils de la coopération. Renforcée par l’axe Berlin-Moscou noué entre Poutine et Schröder, Chirac va y ajouter une position intransigeante de la France. Cette force de conviction, à la hauteur de la tradition gaulliste et républicaine, est très respectée à Moscou. La coopération franco-russe s’intensifie alors à tous les niveaux.

III – Nicolas Sarkozy: le destructeur

L’euro-atlantiste Nicolas Sarkozy a passé la campagne présidentielle à insulter Vladimir Poutine, sur le thème de la Tchétchénie, inspiré par l’enragé anti-russe et pro-impérialiste André Glucksmann.

André Glucksmann

Après son élection, sa fidèle secrétaire d’État aux droits de l’homme, Rama Yade, traitait la Russie de « dictature », ce qui, en plus d’être un mensonge, a signifié à la Russie une attitude hostile de la France à son égard.

De plus, le retour de la France dans l’OTAN et les courbettes à Washington ont été du plus mauvais effet, que ce soit auprès du peuple russe (hostile à l’impérialisme américain) ou de son gouvernement. En effet, les revirements permanents du locataire de l’Élysée vis-à-vis de la Russie (notamment lors des combats en Géorgie : soutien inconditionnel à Saakachvilli, puis médiateur ami de la Russie), la faiblesse, les mauvaises manières et la vie privée mouvementée du président sont méprisés à Moscou.

La coopération militaire marque le pas. La France a laissé l’Union européenne lancer, sous l’impulsion de la Grande-Bretagne et des « nouveaux pays » satellites des Etats-Unis le partenariat oriental, destiné à aider tout État d’ex-URSS, à condition d’effectuer des « réformes » économiques et politiques. Cette machine de guerre anti-russe est d’autant plus mal accueillie à Moscou qu’elle est accompagnée d’un projet de pipeline (Nabucco) financé par l’UE et destiné à contourner la Russie pour l’acheminement du gaz de la Caspienne vers l’Europe occidentale.

IV – Pensons l’avenir : la coopération franco-russe instrument de la résurrection de la France dans le monde

Notre histoire commune doit faire de la Russie un partenaire et un allié stratégique. C’est le seul moyen de restaurer une France libre, indépendante et entendue dans le monde. Cette coopération doit se développer sur tous les plans :

  • Technologique :

Il faut relancer le partenariat spatial franco-russe, à l’image de celui lancé par le général de Gaulle et Kossyguine en 1966. Ce programme doit être ambitieux et mutuellement avantageux. Il est attendu par les russes, Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine ayant fait de l’aérospatial un programme phare de leur politique industrielle.

La France doit donner un nouvel élan à sa coopération industrielle dans le domaine militaire. Pour cela, il faut quitter la vieille lune de l’Europe de la défense, où nous épuisons nos forces avec des « partenaires » dont nous savons très bien, en définitive, qu’ils achètent tout leur matériel, moyennant aide financière, à l’oncle Sam. Par exemple : au lieu de gaspiller notre temps, notre énergie, dans le pharaonique programme d’avion de transport militaire A 400 M, n’aurait-il pas mieux fallu monter un programme d’avion militaire de transport avec les Russes, qui ont un vrai savoir-faire en la matière ? D’autant plus que le secteur aérospatial est une priorité de Vladimir Poutine affirmée et réaffirmée. D’autant plus que les Russes sont en train de mettre au point le programme de modernisation de leur avion militaire de transport Ilyouchine 96.

  • Militaire :

La coopération militaire franco-russe est trop inorganisée pour être efficace. Un vrai partenariat stratégique avec Moscou doit se fonder sur un système organisé de sécurité collective. La France a une véritable occasion de casser la logique de camp occidental, portée par Washington, issue de la guerre froide.

Je pense pour ma part que la France doit pour cela sortir de l’OTAN, bloc militaire à vocation offensive (cf. Yougoslavie, Afghanistan) et demander à intégrer l’organisation de coopération de Shanghai pour en faire une vraie organisation eurasienne. Je pense qu’à Moscou comme à Pékin, une telle extension pourrait recevoir un accueil favorable.

Enfin, la France doit travailler activement avec la Russie sur la mise au point d’un pacte européen de sécurité. En effet, l’instabilité sur sa frontière Ouest (la faiblesse de l’Union européenne, reflété par l’abstention aux élections au Parlement européen et les scores de partis d’extrême droite en Europe de l’est) inquiète le Kremlin, comme l’a évoqué récemment Gleb Pavlovski, conseiller écouté de Poutine et Medvedev.

  • Economique :

La France investit en Russie et inversement. Toutefois, la Russie n’est pas le partenaire commercial à la hauteur de ce qu’il devrait être. L’Union européenne est un boulet aux pieds de la France dans ce domaine. Par une conception absurde de la politique des droits de l’homme et afin de forcer le partenaire russe à se plier à ses diktats en matière de « droits de l’homme » (en fait droit de se faire infiltré, manipulé, « révolutionné ») et d’entrée à l’OMC.

La France doit, tout en restant dans l’espace économique européen, trouver une voie commercialement avantageuse pour elle-même et pour les pays de la C.E.I. Peut-être, par exemple, par une adhésion à la communauté économique eurasiatique (comme la Serbie, par exemple).

En effet, le devoir de la France est d’empêcher une guerre économique entre le « grand marché transatlantique » et le « monde émergent ». Une voie pour empêcher ce dessein est le rééquilibrage de la Russie sur son pied occidental par une zone de libre et juste échange. Il ne faut pas oublier que la communauté économique eurasiatique ne comprend que des États sociaux, avec liberté syndical, et liberté de négociation par exemple.

  •  Politique :

La France et la Russie, membres du Conseil de sécurité, doivent fonder un nouveau consensus international sur les règles qui doivent régir la société internationale. L’axe franco-russe peut être le ferment d’un monde multipolaire laissant leur pleine place aux nations.

« La France n’attend des traîtres et des lâches qui l’ont livré à l’ennemi rien autre chose que leur fureur. Ces gens-là ne manquerons pas de crier que notre victoire aux cotés de la Russie entraînerait  chez nous ce bouleversement social dont ils ont peur par-dessus tout. La nation française méprise cette insulte supplémentaire. (…) Elle n’a payé que trop cher l’alliance honteuse des privilèges et l’internationale des Académies » (Général de Gaulle, discours à la BBC, 20 janvier 1942).