La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Valeur du savoir »

Valeur du savoir, ou retour sur celui que nous dispensent certains titres de la fameuse collection Que sais-je ?

Toute lecture d’un livre traitant de sciences humaines ou sociales – et peut-être, à un autre échelon, en est-il de même concernant les ouvrages de fiction – permet le positionnement du savoir initial du lecteur en regard de celui contenu dans le livre tandis qu’en parallèle, l’auteur du texte évalue à chaque moment de sa rédaction le sien, son savoir initial, en le rapprochant de celui déduit de l’ensemble de la littérature relative au sujet traité.

Ce double mouvement est particulièrement remarquable dans nos Que sais-je ? qui tiennent à la fois du traité, de l’encyclopédie condensée (et l’on sait que tout l’art des auteurs de la collection est justement de réaliser en cent-vingt-huit pages la…condensation de ces deux termes), du synopsis simple (au sens didactique) et du synopsis ampliatif (au sens cinématographique).

Gabriel Wahl réussit la prouesse de nous en dire beaucoup plus sur Les adultes surdoués dans Les enfants intellectuellement précoces que dans le premier cité, pourtant rédigé postérieurement. La question de la douance est maintenant l’objet d’une science embryonnaire et qui, à l’instar de l’embryon, se développe pour ainsi dire de mois en mois. Très jeune, et juvénile, cette science se devine pluripotente (à l’image des fameuses cellules-souches) et en est à un stade où elle sait qu’elle ne maîtrise pas parfaitement son vocabulaire. Il est fort probable que les constatations cliniques contradictoires qu’elle relèvent sur ces sujets s’explique par le fait qu’elle traite de deux objets différents (c’est-à-dire de deux sujets/types à tort fondus en un seul au travers de la passation des tests de QI, WISC-IV pour les enfants, WAIS pour les adultes). Wahl frôle par endroits de prendre conscience de cette problématique mais n’approfondit. Pourtant, outre les manifestations cliniques, des données objectivables, physiologique, biologiques semblent permettre de distinguer ces deux groupes d’individus inexactement confondus et, partant, à cette science d’enfin cerner la réalité de son objet (en ayant auparavant identifié son sujet)

Parmi ces signes cliniques, on a relevé la très bonne mémoire générale (avec un taux de sommeil paradoxal augmenté, parfois jusqu’à un tiers du sommeil total), la faculté d’assimilation, l’imagination, toute une kirielle de caractéristiques qui, pour …caractériser le sujet, ont cette… caractéristique d’être réunies chez une même personne. Mais, un mot pourrait résumer tous ces traits, ou deux : l’hyper-cognition, l’hyper-éveil.

Notons ici que les pathologies de l’exacerbation des deux traits susdits relève du domaine des psychoses, une des plus connues étant par exemple l’hallucination.

Nous rejoignons ici le Que sais-je ? du directeur du centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu de Paris qui énonce à un moment que l’étude des troubles du sommeil pourrait s’aborder sous la forme de l’opposition frontale de l’éveil et du sommeil. Mais, l’auteur ne suit pas ce plan. Il va opter pour un traitement plus classique de son domaine, en ignorant les dernières découvertes en la matière du Professeur Jean-Bernard Fourtillan, à savoir l’identification des trois hormones secrétées par la glande pinéale et régulant le cycle du sommeil et de l’éveil. Ce système apparaît d’une rigueur, pour ne pas dire d’une perfection, remarquable.

Allons à l’essentiel : pendant huit heures (par ex. de 22 h à 6h), à partir de la sérotonine, et par acétylation en cascades, sécrétion de la mélatonine (MLT) – qui n’est pas l’hormone du sommeil mais simplement le marqueur des deux hormones sus-séquentes et aussi un puissant réducteur des radicaux libres oxygénés qui protège, nettoie les neurones pendant la nuit -, du 6 méthoxy harmalan (6-MH), qui est l’hormone de l’éveil, laquelle restera quasi-seule présente dans l’organisme après 6h, et, surabondante la nuit, la valentonine (VLT) qui, elle, est exactement et à proprement dit, l’hormone du sommeil.

Le 6-MH est comparable au LSD ; il est l’hormone de l’éveil, de la cognition. On peut évaluer les taux de 6-MH et de VLT à partir de la mesure de la mélatonine. Un taux affaibli de MLT correspond à un mauvais sommeil et est annonciateur de maladies neuro-dégénératives (Alzheimer, Parkinson etc).

Ces trois hormones, dont la sécrétion par la glande pinéale est contrôlée par le noyau suprachiasmatique (notre horloge biologique), assurent de manière rigoureuse et intelligente, la régulation totale de nos vies psychique et végétative. Ils agissent par modulation de récepteurs spécifiques des neurotransmetteurs et des sécrétions des glandes endocrines, dans des sens opposés lorsque l’organisme est en mode sommeil, pendant 8 heures, ou en mode veille, pendant 16 heures. A la manière du Yin et du Yang.

Le MLT est le marqueur de la sécrétion des 3 hormones pinéales ; il n’apparaît pas qu’il y ait possibilité de découplage intempestif, ou inopiné, selon les personnes, dans la sécrétion de ces hormones, dans leur libération dans l’organisme. Pour soigner les insomnies et prévenir les maux susdits, est préconisé l’application de patchs transdermiques, au moment du coucher, libérant pendant la nuit la VLT et le 6-MH dans des proportions de 4 pour 1.

Dépendant du taux de mélatonine (leur marqueur), 6-méthoxy-harmalan et valentonine sont, nous l’avons dit, chacune secrétée en proportion stricte et constante en regard de l’autre. C’est en mesurant le taux de mélatonine (en particulier vers une heure du matin) que l’on connaît le taux de prégnance des deux autres hormones.

Après les premiers essais cliniques, en 2018, nous saurons ainsi de quel traitement hormonal substitutif pourront bénéficier les nombreux malades victimes d’affections neurologiques :

– application d’un patch chargé en VLT, le matin au réveil, afin d’atténuer une sécrétion excessive du 6-MH, dans les psychoses ;

– ou celle d’un traitement plus classique, patch mixte de 6-MH et de VLT, appliqué le soir au coucher, dans les affections neurologiques les plus fréquentes dues à une sécrétion insuffisante des 3 hormones pinéales : troubles du sommeil, dépressions nerveuses, et maladies neurodégénératives de Parkinson et d’Alzheimer

De la même manière qu’un prochain Que sais-je ? sur le sommeil ne pourra ignorer les dernières connaissances grossièrement résumées ci-avant, le futur titre de la collection relatif aux ‘‘surdoués’’ devra s’appesantir sur le rôle de chacune des trois hormones régulant le sommeil et l’éveil dans leur cognition si particulière.

Hubert de Champris

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :