La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « On a bien dit culture »

Chatons, Fanchon, Nina childress : trois artristes, trois façons de présenter sans façon, sans gène aucun, sans prévention d’aucune sorte, sans, aussi, de cette sophistication précautionneuse et incertaine d’elle-même qui présidait aux arts anciens le monde actuel. Nos artistes ne sont pas à la recherche du temps perdu, ils sont à la recherche d’eux-mêmes, et leur absence de doute, leur hyper-humanisme qui les incline à une grande et unique confiance en soi a quelque chose de touchant, de naïf qui fait que, finalement, le spectateur, renonçant à argumenter plus outre à leur (absence) de sujet, leur pardonne. Pardonnez leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font, et cette ignorance qui confine à l’inconscience qui, ce pourrait-il, empêche de droit l’art contemporain d’encourir tout espèce de jugement moral.

Habitants du Languedoc et du Roussillon, tu peux toujours faire un crochet par le CRAC de Sète : à défaut d’art, – mais il ce peut que ses murs, ses sols voire ses plafonds le déploient (et nous n’avons au reste point sous-entendu que ces exposants en soient dépourvus) -, tu trouveras de quoi nourrir ta sociopsychologie, et à la meilleure source : celle qui n’est pas polluée par des considérations, des paramètres d’ordre esthétique. D’ailleurs, nul ordre ne règne, nulle noblesse, nul clergé (enfin il est moins pontifiant qu’il y a trente ans), nul tiers-état, seul l’expression de mon humeur, fût-elle en l’espèce, et comme toujours dans l’ ‘‘art’’ contemporain, très expliquée.

Sylvie Fanchon

CRAC de Sète (34) jusqu’au 31 mai 2015

Grâce à Amatome, les petits et très méchants robots de Minority Report qui, de leurs pattes métalliques, écartaient les paupières d’un Tom Cruise aux cornées transplantées, ont grandi : ils sont devenus lucifer, littéralement des porteurs de lumière. Bons anges, mauvais anges que ces lampes d’architectes, ces veilleuses concassées dans le baroque post-moderne qui césarise à tous bras à défaut de scénariser de manière scrupuleuse, pour ne pas dire vétilleuse les histoires que ces objets sont susceptibles de nous raconter. Ici, le fonctionnel rejoint l’intentionnel pour fusionner en une ligne que le sculpteur, Frank Fesquet, n’est pas déconseillé de suivre. A moins que les promesses n’engagent que ceux qui croient pouvoir les déceler. Ces pièces chinées, travaillées, reminéralisées, nous pourrions les avoir chez soi, ou dans notre jardin, pour, sirotant, les moustiques endormis, lire à la tombée du jour. On est preneur, et pour une fois pratique et pragmatique : preneur si le sculpteur assure les service après-vente. D’ores et déjà, prévoir les fils à rallonge.

Noir déco d’AMATOME à l’Espace Oppidum, 30, rue de Picardie, 75003 Paris du 2 au 17 mai 2015.

Il faut réhabiliter la haute bourgeoisie et, si nécessaire, ma foi, l’aristocratie. Le mathématicien et critique de la pédagogie post-moderne, Laurent Lafforgue a dit combien elle fut, et d’abord pour les plsu humbles, gardienne et bonne messagère au XIXème et au XXème des humanités de la Renaissance et de son restaillon après qu’elles furent passées au tamis des Lumières.

«L’Italie ou l’inspiration », La Grèce ou la révélation », « L’Egypte ou la fascination », « Les antipodes ou l’évasion », lesquelles comprennent (dans les deux sens du terme) les beautés de l’Inde, du Japon et des Amériques et « L’Anjou ou l’introspection », telles sont les cinq trop modestes compartiments d’une superbe exposition qui montre la curiosité dont pouvait être animée une certaine bourgeoisie provinciale au XIXème siècle. Là, aurait encore redit aujourd’hui Baudelaire, ‘‘tout n’était qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté’’ de cette même beauté. Vous y verrez de quel bois se chauffaient le folkloriste ethnographe Bonnemère,  l’érudit Toussaint Grille, l’antiquaire américaniste Bodan-Duvergé, l’orientaliste et grand voyageur Théodore Pavie, l’explorateur épigraphiste Jules de Bertou, l’industriel-collectionneur Julien-Pierre-Ange Bessonneau, l’artiste-collectionneur Turpin de Crissé, le conservateur humaniste Joseph Denais, sans compter nos autres bons savants comme Etienne de Saint-Genys, le collectionneur-diplomate, Daniel Fouquet, l’égyptologue collectionneur, Daniel-Léon de Joannis, le témoin sentimental, l’archéologue Charles-Ernest Beulé, et cerises sur le beau cadeau, rien moins que David et Denon.

Un spirite, à moins que ce ne soit simplement quelqu’un d’inspiré se promenant dans les salles, captant ces âmes, voulant s’en assurer, eut une vision ailée, des angevins.

Après Marmottant, à Paris, voici au musée Caillebotte, dans l’Essonne, sis sur la seigneurie de Dupont-Aignan, une exposition consacrée à d’autres éminents représentants de la haute peinture du 20ème . Reportez-vous, si l’art classique vous sied, à ce que nous en avons écrit ici même au Cercle Aristote, auparavant sur le site Liberté politique, au travers de nos critiques des livres de Bona et consort publiés naguère aux éditions Grasset et Fayard. Vous poursuivrez la même cure, celle qui vous lave de tous les miasmes de notre époque. Par les œuvres rouanesques, on se conforte dans l’idée que l’art classique (et, même celui qui s’inscrit dans la première modernité) au premier chef se montre dépourvu d’égoïsme. A l’encontre de l’art contemporain, il ne prend pas la pose. Non, il pose son objet, son paysage, son portrait (et même dans leur gravité, les auto-portraits eux aussi ne se prennent pas au sérieux). L’art contemporain, c’est un zeste de cette théologie ‘‘en recherche’’ qui, lors les années soixante-dix, faisait florès dans certains cénacles. Mais Henri Rouart et sa disciplinée descendance, elle, ne se donne pas en spectacle : par ses tableaux, elle en offre un. L’œuvre d’art réussie fait oublier l’artiste, comme l’Histoire d’un trésor retient l’éclat, non le souvenir de son inventeur.

Mais il y a un lien, que Jean-Marie Rouart  pourrait esquisser dans une édition augmentée de son Anthologie littéraire à paraître à l’automne chez Robert Laffont, et que Madame Vallès-Bled, directrice du musée, pourrait faire opérer via un exposé approprié lors des prochaines Journées Paul Valéry, à Sète, en septembre prochain, entre peinture, arts plastiques et littérature, entre cousins de sang et cousins par alliance, entre hérédité de l’inné et hérédité des caractères acquis. Si vous le voulez-bien, retournons à Sète, au Centre régional d’art contemporain parce qu’on est ouvert, au cimetière marin parce que nous irions bien à nouveau bronzer sur ses tombes. Et, en guise d’introduction, abordons de front cette fois prochaine Paul Valéry et ses caractères. Nous appellerions cette communication : Paul Valéry : essai de catégorisation neuro-cognitive.

Hubert de Champris

 Exposition Angers

CURIOSITE(S) – UN CERTAIN GOÛT POUR L’AILLEURS au Musée des Beaux-Arts d’Angers jusqu’au 19 juillet 2015. Catalogue de 392 pages, 32 € aux éditions Invenit, distribution Les Belles Lettres.

famille Rouart

LA FAMILLE ROUART : de l’impressionnisme au réalisme magique à la Ferme Ornée/Musée Caillebotte d’Yerres (91) jusqu’au 5 juillet 2015.

2 commentaires pour “La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « On a bien dit culture »”

  1. Fgarde :

    Juste un commentaire : il s’agit de Toussaint Grille et non Grillé.

    1. admin :

      C’est bien vu, merci.

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