La chronique anachronique d’Hubert de Champris : « Nouveaux génies du christianisme »

août 12, 2014 dans Nos textes, Vidéos, textes et ouvrages par admin

Arnaud-Teyssier-Richelieu

Une bonne société, une politique du Bien seraient celles qui laisseraient la Religion faire acte de précellence. Encore faudrait-il que celle-ci y mette du sien, que sa bonne volonté soit certes la volonté du Bien, mais que ce bien pour qu’il soit bien repose sur une vraie doctrine. Ancien directeur de Sup de Co Paris – qu’il est ringard de dénommer ainsi mais on ne se refait pas -, toujours historien, et historien rappelant qu’il est erroné de croire qu’une œuvre politique puisse se détacher de la morale, Edouard Husson cite Margareth Barker (1). Celle-ci approche du saint Grall, pour ne pas dire du Saint des Saints, en s’inscrivant en faux contre cette erreur moderne bien assimilée en post-modernité résumée ici par Jean-Yves Lacoste. Selon Harnack, « …alors que l’Eglise primitive aurait formulé un Evangile dont le Christ est l’objet (evangelium de Christo), le véritable christianisme est celui de l’Evangile annoncé par le Christ (evangelium christi). De cet évangile, Harnack retient des traits majeurs : croyance en la paternité de Dieu, croyance en la valeur infinie de l’âme humaine, injonction d’aimer. Le Royaume annoncé par Jésus est une réalité éthique, qui demande du chrétien l’adoption d’une morale sociale aussi bien que privée. » (2) Madame Barker montre que ce marcionisme larvé qui irrigue les mentalités actuelles n’est plus de mise : c’est de la solution (3) hébraïque, inchangé mais remaniée par le Christ (Je ne suis pas venu abolir la Loi mais l’accomplir) que naît le christianisme, c’est ce à quoi il s’identifie.

Cité par Edouard Husson comme s’établissant dans ce sillage, Pierre Perrier tend à prouver que, de la même manière que le christianisme a précédé l’islam en Afrique du Nord, il a poussé loin ses vaisseaux, au-delà des Indes, jusqu’en Chine avant d’être recouvert, mais non aboli, par le bouddhisme et le taoïste. Où l’historien du christianisme doit se faire archéologue, remerciant l’apôtre Thomas de n’avoir pas oublié que, vingt siècles après, il lui ressemble encore, demandant, sinon d’être touché, pour le moins de toucher pour croire : en l’occurrence, la pierre de la frise de Kong Wang Shan(4).

Édouard_Husson

Edouard Husson

Voilà donc une monographie, un livre savant dont la bibliothèque du cardinal de Richelieu put s’honorer. Husson l’avait à juste titre encensée en donnant une post-face aux Trois Richelieu de Wollenberg (5) qui reposait sur l’étude du vaste fonds composant sa bibliothèque. Où l’on constate que le Cardinal n’était pas seulement un véritable homme d’Etat, un grand administrateur mais un encyclopédiste de la Religion, fin connaisseur des protestantismes. De bio en bio, Arnaud Teyssier (6) abat bien du travail, approfondissant celui de Wollenberg, démontrant de plus fort qu’est bien-fondé le sous-titre du livre précité soulignant que le ministre de Louis XIII entendait bien Servir Dieu, le Roi et la Raison.

Tel a toujours été l’ambition, tel a toujours été le propos de notre contemporain Pierre Magnard. Il nous plaît de nous laisser prendre au suc de cette sémantique judéo-chrétienne (par définition bien plus compassionnelle que tous les autres types de discours, – le grec en particulier et de la sorte propice à l’intelligence des gens et pas seulement des choses) qui, délicatement transparaît, que dis-je ? suinte à grosses gouttes de toute une prose à la rage contenue. Elle opère une sorte d’exorcisme intellectuel, une désinformation positive préalable à une ré-information. Elle participe de ces bons livres qui nous sculptent d’autant plus subtilement de l’intérieur que nous avions consenti au stylet, illustrant dans le registre philosophique et politique ce que Proust relevait sur le plan de la psychologie : « La reconnaissance en soi-même, par le lecteur, de ce que dit le livre, est la preuve de la vérité de celui-ci ». On sait qu’auteur, autorité, augmenter procède d’une même racine. C’est donc par une superbe anti-phrase d’un long paragraphe que Pierre Magnard se défend d’être un auteur. Ne l’aurait-il été que par surcroît , sans ‘‘nécessité interne’’, comme un adepte de la tradition dont on sait qu’elle est d’abord orale ou, plus exactement qu’elle ne devient véritablement telle que lorsqu’elle est sûre d’elle-même et sait avec certitude qu’elle peut se dispenser de toute transposition écrite  ? Prolongeant tous ces trépassés, Richelieu en premier lieu, dont on peut écrire à gros traits qu’ils poussaient vaille que vaille à une politique de la mystique se substituant à une mystique de la politique (ce en quoi Péguy devient des leurs), les ouvrages de Perrier, Teyssier, Husson, Jean Clair (7), Mesdames Smadja et du Parc Locmaria avec leurs Sources hébraïques de la foi chrétienne (8) prolongent la cohorte des génies du christianisme, rayonnent sur les étagères de la bibliothèque augmentée de Richelieu. Où l’on retrouve la question de l’autorité et de l’enseignement. Peut-on aujourd’hui prétendre de droit enseigner avec autorité ? Lisons la réponse chez Pierre Magnard, page 7 (9): ‘‘en étant le témoin de ce qu’est dans le temps, hors du temps, juste un maître d’école’’. Un maître d’école chrétienne.

Hubert de Champris

Notes

(1)   se reporter sur la Toile au site Edouard Husson .

(2)   cf. Jean-Yves Lacoste, Histoire de la théologie, Seuil, 2009, p. 402.

(3)   On a compris que le terme (c’est le cas de l’écrire) doit être compris dans ses multiples acceptions.

(4)   Cf. Pierre Perrier, L’apôtre Thomas et le Prince YingL’évangélisation de la Chine de 64 à 87 -, éditions du Jubilé.

(5)   Cf. Jörg Wollenberg, Les trois Richelieu, F.-X. de Guibert, traduction de l’allemand et post-face d’Edouard Husson, préface de Joseph Rovan.

(6)   Arnaud Teyssier, Richelieu, Perrin. Voir aussi notre recension du Testament politique de Richelieu présenté par Arnaud Teyssier, Perrin sur le site Liberté politique.

(7)   Voir la volée de bois vert clair que l’ancien conservateur en chef assène à un certain art contemporain adoré par quelques clercs dans Lumières, religions et raison commune, Bayard.

(8)   Elisabeth Smadja et Marie-Hélène du Parc Locmaria, Aux sources hébraïques de la foi chrétienne, préface de Réal Tremblay, Salvator.

(9)   Pierre Magnard, La couleur du matin profond, collection Les Dialogues des petits Platon(s), éditions Les petits Platons. Voir aussi nos autres articles sur cet auteur sur ce site et sur le site politique-actu.com.