La chronique anachronique d’Hubert de Champris

Jean-Louis Harouel, Droite-Gauche : ce n’est pas fini, DDB, 284 p., 17,90 €.

Vif, enlevé, alerte, Jean-Louis Harouel, agrégé de droit, professeur émérite, a le mérite tout au long d’un livre assez profond d’user sans crainte (et, aussi, sans que cela lui puisse être doctrinalement reproché) du mot mérite,- terme devenu de nos jours idéologiquement incorrect, et qui est lové au cœur même de ce qui constitue la signature pour ainsi dire génétique de la Droite. Après Alain Besançon et bien d’autres, il se plaît à insister sur ses racines mentales, qui sont comme des réflexes récurrents antinomiques à ceux de la pensée de Gauche. Celle-là est l’héritière des doctrines gnostiques et millénaristes qui se sont greffées sur le tronc du christianisme. Chesterton n’a pas écrit que le monde moderne était plein d’idées chrétiennes devenues folles : il a parlé de vertus. Mais le résultat (c’est-à-dire grosso modo l’Histoire) est le même : c’est le culte du ‘‘même’’, et sa religion, le « mêmisme », qui dérive de l’ensemble des dénaturations du christianisme recelées par ces dizaines de doctrines, de sectes stigmatisées – à bon droit nous dit Harouel – par l’Eglise depuis sa fondation. Ces dénaturations ressurgissent constamment au cours des siècles sous des avatars divers, le dernier en date ayant pour nom : religion des droits de l’homme. « Le gauchisme des mentalités et des moeurs (…) repose largement sur des idées d’apparence chrétienne mais qui sont en réalité falsifiées afin de subvertir tout ce qui assure la survie de ces société (…). » Et Harouel d’énumérer une foule de groupes et groupuscules dont la modernité est flagrante tant tous ces sectateurs, nous semble-t-il, se sentiraient à l’aise dans le « doctrinalement correct » constituant l’axe directeur de notre société libérale-libertaire. Oui, mine de rien, Harouel est profond et, avant tout, exact dans ses très catholiques stigmatisation des hérésies mentales, à la fois larvées et grossières (dans leur expression), que recouvrent le discours et les actes de la Gauche actuelle. En prendront de la graine les héritiers de Flora la Belle Romaine, évêque d’Orléans au XIIème siècle et, en somme, de tous ceux qui ne sympathisent avec l’esprit d’un Philippe Muray. La Gauche – qui mérite une majuscule – c’est l’absolutisation du Nouveau Testament sans l’Ancien, ce sont les évangiles…sans l’Eglise. Et Harouel aurait pu ajouter que cette monumentale erreur doctrinale avait été repérée à de nombreuses reprises, ainsi, entre autres, par Joseph de Maistre et, de nos jours, par un René Girard ou un Gérard Leclerc.

Face à cela (dont on peut écrire sans crainte, nous dit Harouel, qu’elle est une des figures du Mal), la Droite figure, incarne, promeut et devrait appliquer la loi contraire. Et cette loi contraire est bien première puisqu’elle n’est autre que le Décalogue.

Exprimons toutefois deux réserves. L’auteur abonde dans le sens du bien-fondé de la formation politique nationale inaugurée par les capétiens. Au regard d’une bonne incarnation des idées propres à la Droite et, en conséquence, fatalement originaires d’un christianisme bien compris, elle n’est pas exclusive, préciserons-nous, de l’organisation propre au Saint Empire Romain Germanique qui, institutionnellement parlant, rend compte d’une nation multi-étatique (cf, Qu’est-ce que l’Allemagne – Une mise au point -sous embargo.)

Par ailleurs, si le millénarisme et le gnosticisme des premiers âges perdurent sous des formes modernes et post-modernes dont la gauche fait ses choux gras, il existerait, cependant, des doctrines initiatiques telles que l’alchimie, l’hermétisme, la discipline spirituelle de la tradition hésychaste orthodoxe, la cyclologie approfondie par un Vlaicu Ionescu etc (soit un ésotérisme chrétien)[1] – sans parler de ce que Raymond Ruyer nommait la Gnose de Princeton [souvent des physiciens quantiques] – rattachables à une Gnose à laquelle se sont beaucoup intéressés des gens comme Abellio ou Guénon. Or, celle-ci est, elle, au contraire, en profonde affinité avec ce que véhicule de droit la Droite doctrinalement conforme.

Annonçons ici que tout bon lecteur complétera cette lecture de celle de deux autres maîtres-livres poursuivant l’exploration des tenants et des aboutissants doctrinaux de notre époque.

Le premier, de Laurent Fourquet, intitulé « Le christianisme n’est pas un humanisme » (Pierre-Guillaume de Roux) dans lequel il essaye de prendre à rebours toute une idéologie qui veut faire du christianisme une simple sagesse un peu spiritualisée, afin de le rendre compatible avec ce qu’il a dénoncé dans ses deux précédents ouvrages sous le vocable d’‘‘Ere du Consommateur.’’ Ceci le conduit, entre autres, à en revenir aux sources de ce que l’Occident a appelé « humanisme » ou, si l’on veut, « Lumières » pour montrer comment, d’entrée, humanisme et christianisme divergent.

Le second, sous embargo, qualifié de ‘‘flamboyant’’ par le professeur émérite de philosophie Pierre Magnard, démontre selon ce dernier qu’‘‘il y a une autre Histoire que l’Histoire chronologique ; il y a une Histoire synchronique qui nous montre la permanence des grands problèmes, la permanence des grandes hérésies, la permanence, aussi, des solutions.’’ L’ouvrage s’intitule et traite ainsi de L’Horreur humaniste en sa qualité de Genèse de l’irréligion libérale.

Hubert de Champris

[1] On désigne parfois celui-ci du nom de Pensée traditionnelle. Roland Hureaux (cf. son dernier livre en date sur les Gnostiques également chez DDB) nous dit que Chateaubriand s’en méfiait.

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