La chronique anachronique d’Hubert de Champris

Marie-France Schmidt, Cisneros – Portrait d’un grand inquisiteur, Salvator, 272 p., 20 € (à paraître le 9 novembre 2017.)

A une époque où il n’y a de péché que l’arbre fruitier, où la conscience de soie dans laquelle chacun se complaît semble ne dicter qu’un mol hédonisme inclinant à se lover sous sa tiédeur, où celle, dite morale, tend à se confondre avec un surmoi vilipendé par tous les ‘‘livres noirs’’ de la psychanalyse, où le ‘‘développement personnel’’ supplée à un sens défaillant de la transcendance, bref, à une époque où on enjoint à chacun de plus se préoccuper de ses états d’âme que de son âme, la biographie du confesseur de la reine Isabelle la Catholique par cette spécialiste des monde latin et latino-américains qu’est Marie-France Schmidt apparaîtra comme une salutaire provocation. Salutaire, oui, tant cette fresque sous-titré comme le portrait d’un grand inquisiteur, est bien celle d’un haut prélat moralement édifiant, comme on n’ose plus dire.

Effaçons-nous et laissons l’historien et défenseur de l’Eglise, Jean Dumont[1] nous introduire à l’entreprise de madame Schmidt.

Alors que l’on doit se gausser de nos compatriotes naïfs disant « faire confiance à la Justice » de leur pays tant il devrait savoir que notre procédure pénale aurait tout à gagner de s’inspirer des garanties qu’offrait l’Inquisition espagnole, Marie-France Schmidt prolonge avec de nouveau arguments le mouvement de réhabilitation amorcé par Jean Dumont ; elle conforte et confirme sur trois cents pages ce que ce dernier développait déjà, à savoir (ce que notre siècle ne veut surtout pas savoir) :

  • ‘‘que l’Inquisition espagnole c’est [aussi] l’ordre franciscain auquel appartient cet autre inquisiteur général, le prestigieux réformateur et animateur humaniste Jiménez de Cisneros ;
  • que, si les deux inquisiteurs généraux humanistes Jiménez de Cisneros et Adrien d’Utrech (futur Adrien VI) défendirent alors [suite à l’incident de Talavera où un marrane tua un témoin à charge] vivement cette règle du secret, (…) les grandes instructions de procédure comme la pratique inquisitoriale manifestent tout le contraire ;
  • qu’avec « Diego Deza, Alonso Manrique, Cisneros fut l’un des inquisiteurs généraux inspirateur, promoteur et réalisateur moralement, spirituellement, intellectuellement de cette Réforme catholique dès les années 1500, bien avant que se manifeste la Réforme protestante, accoucheur de ce clergé ouvert, cultivé et « philanthropique » dans une Europe qui en manquait si cruellement. Jiménez de Cisneros mène à bien ce dessein, alors sans pareil, par la réforme profonde de son immense archidiocèse de Tolède et du grand corps de son ordre franciscain, dès 1498. Par la promotion des études du clergé, objectif primordial de la fondation par lui de l’université d’Alcala de Henares, centre de la culture renaissante. Par l’éclatant renouveau biblique dont l’initiative historique lui est due. Car la mise au point de sa Bible Polyglotte, la très érudite Complutense, dans les années 1510 (donnant pour la première fois la réunion des textes hébreu, araméen, grec et latin de la Bible), précède toutes les publications du renouveau biblique, protestant comme catholique.’’

On prie pour que chaque chrétien bénéficie de nos jours d’un directeur de conscience de la veine de Cisneros. Par ailleurs, on vient de nous signaler qu’est accordé une indulgence de cent jours de Purgatoire à tous commandeurs et acheteurs de cet ouvrage. Tandis que chaque lecteur de l’œuvre complète de Marie-France Schmidt se verra octroyé cent jours supplémentaires. A bon entendeur – c’est bien le cas de le dire : rien de moins que le salut.

Hubert de Champris

[1] Jean Dumont, L’Eglise au risque de l’Histoire, préface de Pierre Chaunu, éditions de Paris.

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