La chronique anachronique d’Hubert de Champris

Joël Schmidt, Bossuet, l’Aigle de mots, Salvator (à paraître).

Bossuet, Elévations sur les mystères, Méditations et autres textes, sd. de Renaud Silly, op, Bouquins/Robert Laffont, 1728 p., 35 €.

Trois siècles après son trépas, ce grand prélat,  Aigle de mots qui les lançait comme autant de points de doctrine s’insérant dans le continuel élan  de pédagogie catholique où s’inscrivait sa vie, aurait-il trouvé son plus pertinent biographe en la personne de Joël Schmidt ? Le fils de celui qu’un de nos plus véridiques écrivains, Guy Dupré, nommait ‘‘le grand Albert (-Marie) Schmidt’’, a été élevé dans le protestantisme tandis que sa sœur, l’historienne du Nouveau Monde latino-américain, Marie-France, l’a été dans le catholicisme. Que croyez-vous qu’il arriva ? C’est le premier qui se met ici à dérouler la vie de l’éphémère évêque de Condom, plus connu comme l’Aigle de Meaux, empereur en son diocèse comme il aspirait à l’être dans les cœurs souvent indociles, futiles et parfois mécréants des gens de la Cour de Louis le Grand. C’est l’homme complet, l’homme par excellence du verbe proféré et sur le papier dessiné, le (grand) prêtre du Verbe en seconde instance, en seconde séquence (ré)incarné dans cette grande œuvre tout à la fois pastorale et doctrinale, l’homme en parfait équilibre entre l’action et la réflexion, entre le sermon et le pardon qui attirent un Schmidt fils déroulant de sa rapide, voltigeante et voltaïque écriture la vie passionnée de celui que sa postérité a parfois surnommé le « Jupiter Tonnant ».

Nous pouvons donc qualifier Jacques-Bénigne Bossuet comme un directeur spirituel universel, au verbe dru tout autant qu’éminemment diplomatique, une Statue du Commandeur maternelle pénétré de son sujet, qui n’était que la diffusion de la vérité chrétienne. Mais aussi un homme d’Etat bénéficiant d’une grâce d’état, et sincèrement désireux que gentilshommes et autres en état de grâce tant faire ce peut trépassent.

Notre lecture de la vie spirituellement mondaine de Bossuet restituée par Joël Schmidt sous le prisme de sa foi complexe – si ce n’est complète par sa talent d’assimilation – sera éclairée par celle des écrits de la seconde partie de vie du Grand homme. Où l’on vérifie que les Elévations sur les mystères de la religion chrétienne, les Méditations sur l’Evangile, le Carême de Saint Germain, les Lettres à Louis XIV, les Sentences pour Mgr le Dauphin et les Poésies confirment que l’Âge classique, comme dirait Cyrano, faisait montre d’un panache que les époques modernes se sont plus d’anathématiser. Où, à la lecture de l’ Exposition de la doctrine catholique sur les matières de controverse, les théologiens et exégètes de bonnes fois  vérifieront plus encore que la naissance de la RPR n’est peut-être que le fruit d’un monumental malentendu.

Hubert de Champris

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