La chronique anachronique d’Hubert de Champris

Les-troubles-du-sommeil

Damien Léger, Les troubles du sommeil, PUF/Que sais-je ?, 128 p., 9 €.

Entre le chipotage, la chicane et la critique constructive, il n’y a souvent que l’espace d’une foi, bonne ou mauvaise. On traite ici des troubles du sommeil, non stricto sensu des causes de l’insomnie et de ses remèdes. On nous dit en quatrième de couverture qu’il s’agit d’un vade-mecum c’est-à-dire d’un aide-mémoire, d’une sorte de guide pratique alors qu’il ne s’agit pas là à coup sûr de la lettre ni de l’esprit de la collection Que sais-je ? et qu’il pourrait être recommandé en bien de ses espèces de se faire non pas plus universitaire mais plus académique. Ce qui inciterait à tort selon d’aucuns à se faire plus rébarbatif, mais plutôt selon nous, à introduire dans le traitement de la question une problématique propre à l’auteur.

Une question politique :

Le professeur Damien Léger, qui dirige le Centre du Sommeil de l’Hôtel-Dieu de Paris, s’était vu commandé un rapport de la bien connue officine Terra nova sur ce sujet. La commande d’un tel rapport par une société de pensée promouvant le progrès dans son sens le plus idéologique et le plus nocif (libéralisme sur le plan tant ‘‘sociétal’’ qu’économique) a quelque chose de contradictoire, pour le moins de paradoxal que nous pourrions résumer de cette formule : les Lumières s’opposent au sommeil, et pas seulement au sommeil de la raison, ajouterait un Kant. La civilisation de la primarité (caractérologique), de l’américanisation des mœurs, du présentisme (pour ne pas dire : de l’instantanéisme), du bisounourisme et du bisounotourisme, des selfies qui s’accommode d’une inhumanité profonde de chacune de ses composantes si on les examine en leurs cœurs, bien évidemment hostile au respect de la tradition, ne peut qu’être réfractaire à la première d’entre elle, la plus naturelle, la plus immémoriale : le respect du cycle diurne/nocturne. Il faut aimer et rechercher la nuit noire d’une nuit sans lune, d’un même élan, aimer et pratiquer l’activité physique au soleil et au grand air. C’est la première condition d’un bon sommeil. Gageons que, du rapport remis par Damien Léger à Terra nova, cette dernière ne fera rien. Et il ne peut en être autrement : le sommeil est traditionnel, et éminemment conservateur de la mémoire, de notre mémoire.

Une question neurologique :

C’est-à-dire qui dépend en premier lieu (organique) du système nerveux central. C’est ainsi que le professeur Léger aurait pu prendre comme axe de son exposé : l’insomnie comme maladie du sur-éveil.

Il y a trente ans, la cyamémazine (Tercian), était classé comme un hypnotique. Curieusement, vous ne trouvez aujourd’hui plus trace de cette indication, pas même au titre d’un effet secondaire occasionnel. Or, la cyamémazine est efficace contre l’anxiété, elle lève ces peurs archaïques qui vous empêcheraient de sombrer dans l’ombre noire du somment lent profond. Cette molécule de synthèse n’est donc pas un hypnotique direct, mais il s’attaque à ce qui, en première ou dernière instance, vous empêche de vous endormir profondément. Les causes de cet éveil inopportun et douloureux ne sont donc pas nécessairement à rechercher dans les conditions préalables à l’endormissement de l’impétrant (au sommeil), tels une température du corps trop élevé ou une activité intellectuelle intense mais peuvent être peu ou prou peu conscientes voire inconscientes. On remarquera que notre auteur cite à peine la mélatonine, laquelle, en effet, ne traite pas cet aspect de l’endormissement mais est utile même en dehors du traitement du décalage horaire.

L’action des neurotransmetteurs, au premier chef, la sérotonine, la dopamine et la GABA, et leurs précurseurs n’est pas évoqué. Est-ce à dire qu’ils ne joueraient aucun rôle dans l’advenue d’un bon sommeil ? Il aurait fallu nous dire alors pourquoi, ou, pour le moins, justifier de la minoration de leurs fonctions. Quid du taux de ferritine ? Un déficit serait-il en soi partiellement responsable d’une difficulté d’endormissement, ou serait-ce indirectement, par défaut de contribution à l’élaboration des monoamines ?

Mais il sera beaucoup pardonné au professeur Léger et à ses collaborateurs Duforez et de La Giclais parce qu’ils ne se prennent pas au sérieux, d’une part- ce qui est une condition nécessaire à une pratique efficace et sérieuse en neuropsychologie ; parce qu’ils sont sportifs d’autre part, et que l’activité physique (‘‘sport en chambre’’ et en plein air) est l’une des meilleures préventions de l’insomnie.

Pour bien dormir, il ne faut donc pas rechercher le sommeil mais avoir comme par nature préparé les conditions endogènes et exogènes de sa survenance. Par exemple, lire tout au mieux en journée et non pas le soir cet article,  imprimer, imprimer…lire et relire sur du papier, et non pas sur votre écran à la nocive lumière bleutée, lire et feuilleter comme le plus sain des hypnotiques ce Que sais-je ? dont la première des vertus consistera à ce que pour vous, hypothétique mauvais dormeur, ce sommeil bien aimé ne soit plus une obsession.

Hubert de Champris

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :