La chronique anachronique d’Hubert de Champris

avril 30, 2017 dans Nos textes, Vidéos, textes et ouvrages par admin

Michele Juin

Michèle Juin, Le christianisme : une pensée puissante d’après Claude Tresmontant, L’Harmattan, 192 p., 19,50 €.

Yves Tourenne

Yves Tourenne, Les conditions fondamentales de la prière, préface de Mgr Marc Aillet, Artège/Lethielleux, 244 p., 18,50 € ;

Thomas d’Aquin relatait une apparition du Christ lui disant : «Tu as bien écrit de moi. » Ce qui était une matière de lui accorder l’imprimatur, de garantir l’orthodoxie de son herméneutique, de donner à sa Somme le statut d’une pensée officielle de l’Eglise alors que tant d’autres ne sauraient se voir accorder tout au plus que celui de philosophie religieuse officieuse, spécieuse voire vicieuse.

A l’épreuve (et d’abord celles vécues par Tresmontant lui-même), il semble bien que l’on puisse accorder à la pensée de Claude Tresmontant un crédit comparable à celui dont doivent bénéficier un Cardinal Journet, un Louis Bouyer voire un Jean Guitton, et, plus près de nous, un Pierre Magnard, fusse pour nuancer l’intensité de l’imprégnation hébraïque dans le corpus catholique éternel, et ce, en comparaison et opposition aux considérations grises et très peu grisantes de certains hauts ou bas prélats – certains représentant leur ordre dans une éminente compagnie – dont la tiédeur chrétienne toute éloignée de la pensée de l’Eglise est proportionnelle à leur vindicte de classes. Ceux-là, s’ils daignaient lire un métaphysicien hébraïsant de la veine de Tresmontant, en prendraient de la graine, celle qui laisse éclore la droite pensée de l’Eglise de Rome, celle, nous démontre notre théologien, qui est non seulement fidèle et conforme à ce que le rabbi Jésus a voulu nous dire[1], mais qui en est la forme visible et terrestre.

Qualifier de réalisme intégral la vision globale de Tresmontant est ainsi philosophiquement exact puisque, relativement à la Querelle des Universaux, éternellement actuelle, l’auteur doit clairement être situé parmi les réalistes.

De ce point de départ métaphysique découlent les constats suivants et, en premier lieu, celui-ci : si de métaphysique s’agit-il, il convient en parallèle de s’intéresser et de tenir compte de ce que nous enseignent les sciences de la nature, les sciences physiques. Non seulement ne contredisent-elles pas le dépôt de la foi mais, au contraire, tendent-elles de plus en plus au cours de leurs développements contemporains, à le consolider.

Cette foi n’est pas celle du fidéisme, d’un confiance aveugle indépendante de la raison : elle peut être expérimenter.

Ce réalisme intégral signifie aussi qu’il soit considéré une fois pour toute que le christianisme orthodoxe incarné par ce que Tresmontant appelle la pensée de l’Eglise de Rome, elle-même fille et filiale de ce qu’il nomme aussi la pensée hébraïque biblique[2], sous-entend nécessairement qu’il soit distingué une univers créé dépendant de l’Incréé radical, à savoir le Dieu des monothéismes hébreu et chrétien, lequel, en cette dernière acception est uni selon des modalités précises de la Trinité au rabbi Jésus.

Ce réalisme intégral est aussi en un sens un idéalisme : rien de ce qui est qui n’ait été au préalable dans l’entendement de Dieu. L’univers visible et invisible est donc dépendant de Dieu.

L’enseignement du rabbi Jésus n’est pas une gnose qu’il s’agirait de décoder en faveur de quelques initiés. Elle est une information du genre humain et, même, de tous les autres genres (minéral, végétal, animal etc) qui semble devoir continuer jusqu’à la fin des temps. (Au reste, la science, en ces incessantes découvertes, le vérifie quasi au quotidien). Cette notion d’information concilie non pas le néo-darwinisme (qui est une idéologie) mais l’évolution (d’une création continuée) avec une vision simplifiée de la Création telle que l’offre le Livre de la Genèse.

La vérification de cet idéalisme divin s’inscrit donc en faux contre grosso modo le leitmotiv de la philosophie moderne et contemporaine telle qu’elle s’exprime à travers les conceptions relatives à la connaissance et à la morale de ses pontes : les Allemands Kant, Hegel et Heidegger. Consciemment adoptée par ses présumées élites, inconsciemment par les autres gens, il n’est pas exagéré d’écrire, nous dit en substance Tresmontant, que le monde actuel baigne dans l’hérésie en ce sens qu’il n’a pas compris (ou pas accepté) que l’information que déroule et développe le christianisme n’est que la christologie en acte, soit l’accomplissement à l’échelle de l’univers de l’union sans confusion des deux natures, humaine et divine, du Christ. L’homme est une créature qui a reçu l’ordre de devenir Dieu aime à dire l’Eglise orthodoxe, ce que Bergson, tresmontantien sans le savoir, soutenait également lorsqu’il écrivait que l’univers est « une machine à faire des dieux. »

Ecrit à vive allure, à la ponctuation erratique, d’un style parent de celui de son maître, l’ouvrage de Michèle Juin est pétri d’enthousiasme,- ce qui nous paraît étymologiquement indispensable pour le sujet, traité de non moindre manière, mais plus calmement, par cet autre dévot qu’est le Père Tourenne. ‘‘Dévot’’ n’est pas ici employé ironiquement puisque, dans son essai, Yves Tourenne nous montre que les résultats des analyses de Tresmontant correspondent précisément aux conditions de la réalisation d’une prière, vrai si ce n’est efficiente. Bien des prières jamais ne pourraient véritablement se dire telles si n’étaient pas réalisées des conditions, des présupposés d’ordre métaphysiques permettant qu’elles puissent en premier lieu être entendues, et, en second, être exaucées.

Le travail de Claude Tresmontant est de la veine de ces chercheurs, John Henry Newman, Bergson, Teilhard de Chardin etc : si l’on se remémore la pensée de Nietzsche qui disait ne croire qu’aux philosophes dont la pensée s’est écrite avec leur sang, nous pouvons dire que celui-là aussi  charrie  un sang du même sous-groupe humain.

Hubert de Champris

[1] Se reporter à toute l’œuvre de Pierre Perrier publiée par les éditions de Jubilé, en particulier, La transmission des Evangiles (coll. Guides Totus).

[2] http://cerclearistote.com/la-chronique-anachronique-dhubert-de-champris-nouveaux-genies-du-christianisme/