La chronique anachronique d’Hubert de Champris

janvier 5, 2017 dans Nos textes, Vidéos, textes et ouvrages par admin

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Arielle Adda, Hélène Catroux, L’Enfant doué – L’intelligence réconciliée, Odile Jacob poches, 354 p.

Arrêtons-nous au titre puis au sous-titre : point de surplomb de dons écrasant de leurs sciences et de leur superbe leur entourage chez ses enfants qui, au mieux, se sentent et, parfois, finissent par se savoir incorporables – ce qui ne signifie pas compris – dans le type doué. Tout en reconnaissant la pertinence des tests d’évaluation du quotient intellectuel lorsqu’ils viennent à corroborer celle des indices diffus et divers présents chez le sujet et qui ont justement permis d’envisager leur passation, Arielle Adda demeure fidèle à bon droit à la modestie – peut-être pourrions même écrire : la discrétion – que revêt et signifie le seul adjectif de ‘‘doué’’. Il s’impose tant ces enfants et ces adultes sont les premiers à douter d’une quelconque consistance de leurs dons, voire de leur être même.

« Le beauté est une demi-faveur des dieux, l’intelligence en est une entière. Ce proverbe peul inscrit en exergue du livre permet dans un second temps d’éclairer le sous-titre : si cette « intelligence » nécessite de se voir réconciliée, c’est donc qu’à l’aube de la destinée des petits doués, elle se trouvait déjà en conflit, en conflit avec elle-même, en conflit avec celles des autres. Cette intelligence générale et généraliste est donc à la fois une grâce et un poids qui vont imprimer leurs marques, tantôt heureuses, tantôt malheureuses, dans la particulière manière d’être au monde de ces personnes dont le cœur a ses raisons que leur raison ne connaît que trop…sans, cependant, que ces effrayantes lucidité et maturité ne leur soient d’une véritable aide quant à leur insertion dans le monde.

Rapidité et profondeur pourraient être les deux leitmotiv de ce type. Ils entraînent, nous indique en substance et de manière très diluée dans son livre Arielle Adda, un permanent décalage avec autrui, lequel induit une solitude certes intellectuelle mais avant tout morale. Il n’a pas été assez relevé qu’Arielle Adda emploie à ce propos des mots très forts (on allait écrire : très durs) puisqu’elle parle d’une indicible désolation intérieure (p. 332) dont elle pressent (sans trop nous l’avouer et comme en passant) que sa guérison la plus radicale sera d’ordre amoureux (pp. 311-312) par le biais de la dialectique bienfaisante du miroir complice.

Se dessine en définitive tout au long de cet Enfant doué un parcours initiatique où cet être âpre à connaître toutes choses ne pourra rendre compte (au travers de ses œuvres) de son appréhension (dans les deux sens du terme) du monde et des gens qu’après avoir dépassé ce sentiment tenace (mais erroné) qu’il ressent depuis l’origine de devoir en permanence se justifier, ladite justification étant, là encore, quasi de trois ordres : moral, psychologique et théologique.

Les neurosciences nous montrent que la typologie des doués est proche de s’affiner : en se penchant sur la mobilité de la substance blanche entre les deux aires du cerveau, deux sous-types apparaissent dont celui que nous appellerons le ‘‘surdoué originel’’, le plus créatif, le plus vulnérable et dont l’obtention d’un QI supérieur à 130 (WAIS) est majoritairement due à la réussite dans la passation des épreuves de Compréhension verbale (ICV) et de Mémoire de travail (IMT). Mais, à la manière d’un peintre impressionniste, Arielle Adda, ici, nous en laisse apercevoir les irisations subtiles et envoûtantes[1].

Hubert de Champris

[1] http://cerclearistote.com/la-chronique-anachronique-dhubert-de-champris-pour-en-finir-avec-les-surdoues-ou-les-hypies-au-fil-de-la-pensee/

http://cerclearistote.com/la-chronique-anachronique-dhubert-de-champris-de-la-conscience-a-la-science/