La chronique anachronique de Hubert de Champris : « Le ciel selon Trédaniel »

Avec Sabena, vous y seriez déjà, nous assénait jadis la compagnie aérienne nationale belge. Celle-ci a disparu mais, plût au Ciel comme dirait Donald pas Trump, Trédaniel et ses succursales sont toujours là avec une vision très élargie de ce Ciel, et des publications explorant les lignes tant sous que sur l’horizon. Et, d’abord, doit-on parler de ce qui, chez un éditeur, mérite discussion ? On répondra : vous pouvez en parler, pas en écrire. Alors soit : parlons-en. Lorsque vous demandez à un éditeur pourquoi a-t-il édité tel livre qui, selon vous, manifestement ne le méritait pas, en général vous répond-il en substance : « comprenez-vous, au moins, celui-là, j’en vends ; cela me permet de publier tel et tel autre ouvrage, d’un autre calibre j’en conviens, mais qui ne s’écoulent pas comme des petits pains. » Bref, le responsable c’est …le public, ce public, qui n’est pas toujours ‘‘grand’’, qui n’est pas toujours ‘‘cultivé’’. Dans 18000 ans, nous confie Jean Staune dans ses Explorateurs de l’invisible[1], apparaîtra une nouvelle espèce humaine. Gageons que les Guy Trédaniel de ce temps là n’éditeront sur du vrai et bon papier que des ouvrages de haut niveau achetés et assimilés par des lecteurs d’un non moindre échelon. En attendant, malheureusement (et heureusement à la fois, nous l’avons compris), la filiale de Trédaniel, du nom d’Exergue, nous donne des Signes de l’après-vie très peu rigoureux, informes dans sa forme, le genre d’ouvrage propre à donner des arguments aux adversaires de la thèse de l’après-vie. Mais nous espérons tous que ça se vend, la publication de pareil texte n’ayant sinon d’autre intérêt que d’être contreproductif sur le fond.

Heureusement, le prophète (Tré)Daniel se rattrape-t-il avec La Promesse sacrée[2], un mauvais titre pour un bon livre méthodique, patient, méticuleux, protocolaire (au sens qu’il s’efforce de respecter les étapes du raisonnement scientifique classique tels qu’établies par Claude Bernard), tendant à nous convaincre de la réalité de l’existence supraterrestre d’entités spirituelles personnelles, formes de chacun de nos défunts. Les travaux du Professeur Gary Schwartz nous paraissent considérables car ce neuropsychiatre, après avoir compris que sa spécialité était à la lettre déplacée en la matière, a semble-t-il commencé à saisir la nature des indices permettant d’établir la réalité et la vérité de ce contact ainsi que l’identité de ces esprits. A cet égard, la conviction qui habite le chercheur n’est donc pas seulement le fruit d’un travail d’un cerveau déductif voire logicien, d’un statisticien, épistémologue teinté de psychologue. Cette conviction – qu’en bon scientifique Gary Schwartz croit pouvoir assimiler à bon droit à un constat – est tirée de la perception d’un comportement intelligent de ces entités (peut-être à tort, en tous cas faute de connaissances plus poussées, estimées uniquement spirituelles) lorsqu’on découvre que celles-ci paraissent avoir finement compris le caractère scientifique, méthodique des investigations dont elles sont/font l’objet. On a là une bonne approche de cet au-delà qui a, cependant, la seule lacune d’en demeurer à une appréhension seulement …spirituelle de ces …esprits. Il n’est en effet pas dit que ces travaux nous disent l’essentiel (et ils ne le prétendent certes pas) de ce que nous nommons sans doute improprement les esprits, lesquels, très probablement, possèdent une certaine corporéité, une certaine densité que notre pauvre entendement, sauf grâce, ne saurait ni imaginer, ni concevoir. Gary Schwartz a entrevu, entendu, via des expériences avec certains mediums, ces êtres d’un continent à la fois extrêmement proche et extrêmement autre (ce qui n’exclut pas certaines ressemblances avec l’actuel univers tangible où nous nous mouvons.) Dans cinq siècles, dans dix siècles (selon la vitesse des avancées en la matière), la science de l’au-delà autrement baptisée comptera ce chercheur scrupuleux et à l’esprit délié parmi ses pionniers. De ceux-là, Jean Staune fait semble-t-il aussi partie. Plus qu’un vulgaire vulgarisateur, c’est un praticien de la valorisation scientifique de ces sciences à moitié humaines, à moitié dures qui, aux yeux de la science ‘‘officielle’’, s’efforcent d’accéder (avec outrecuidance et en toute illégitimité ajoute-t-elle) au statut de science exacte. Jean Staune doit toutefois se départir d’un péché pas si mignon que cela : l’illogisme avec soi-même (nos contemporains parleraient d’inconséquence, mais le mot est incorrect). Il promène en effet des yeux de Chimène sur le macronisme et nous avons toujours perçu comme un contresens le fait qu’il se soit fait naguère préfacer par un Jacques Attali. Pour ce dernier, la vérité n’est pas ailleurs (pour reprendre le slogan d’une célèbre série américaine) ; elle est basique, tangible, immédiate, matérielle (on allait écrire : palpable) et vulgairement humaine. Il est certes idéaliste, mais son idéal renvoi à un infra-idéal des plus immanents. Son horizon se borne au présent (quoiqu’il se targue de parier sur l’avenir). Attali/Macron : même constat, même combat, et on comprend que le premier ait été le promoteur du second. Bref, il y a chez Staune, une contradiction qu’il n’a pas encore saisie mais dont les temps futurs lui permettront de se rendre (mauvais) compte. Attali est allergique aux grandes découvertes (et, plus encore, aux transcendants paradigmes les sous-tendant) mises en évidences par des savants comme ceux qu’affectionnent, tel un Bernard d’Espagnat. C’est un partisan de l’homme neuronal cher à Jean-Pierre Changeux et consorts et dont Staune nous montre et nous démontre que la vision est contredite par les dernières découvertes en la matière : notre cerveau doit plus être appréhendé, analysé, compris et entrepris comme un poste de radio ou un téléviseur (lesquels captent ou sont le réceptacle momentané de quelque chose provenant de son extérieur) que comme un ipod. Il est – répétons-le – plus récepteur (et, comme, momentanément, le temps de notre vie terrestre, un cadre, un réceptacle) d’un esprit qui, ainsi, nous entoure, qu’un engendreur de la pensée. La conception matérialiste de la pensée est sans doute l’une des erreurs – on allait écrire ‘‘hérésies’’ – fondamentales de l’ère moderne (recyclée à l’actuelle ère post-moderne par l’idéologie transhumaniste), – fondamentale, au sens propre du terme : qui la fonde, lui donne son assise et son sens et, prétendument, estime la justifier.

Toute personne en puissance attirée par la lecture des ouvrages édités par Guy Trédaniel et ses succursales doit préalablement lire et assimiler la pensée et les découvertes de ces Explorateurs de l’invisible, un invisible dont c’est le dessein de ces nouvelles sciences (improprement dites ‘’ de l’esprit’’) de nous le rendre si ce n’est visible et tangible, pour le moins compréhensible et admissible. C’est une banalité certes, mais une banalité bonne à dire et redire, que de rappeler que nous avons affaire là à un continent (entraperçu il est vrai depuis la nuit des temps) dont nous ne sommes qu’à l’aube de l’exploration. Avec Gary Schwartz, Jean Staune figure ainsi l’un de ces valeureux savants qui, à la fois, infirment et confirment Bergson : l’intuition de la durée n’est pas la même selon notre emplacement dans l’univers. (Infirmation de Bergson, lequel n’avait pas compris ni, surtout, accepté les conclusions de la théorie de la relativité générale d’Einstein.) La durée – par opposition au temps mesuré par les horloges – , cette conscience vécue et intime du temps qui s’écoule est sans doute en lien avec les paramètres de la vitesse d’écoulement du temps découverts par Albert Einstein. Ce vécu, par essence personnel, de la durée pourrait être corrélé avec les équivalents individualisés de ces données objectives (vitesse, gravitation) indissolublement attachées au temps. Bergson et Einstein auraient de la sorte tous les deux raison (mais nous ne comprendrions l’immixtion de celle-ci dans notre capacité de préhension du temps que progressivement).

Y-a-t-il une réalité maligne supraterrestre, préternaturelle comme on dit, qui s’invite dans notre échelon vibratoire comme afin de le pervertir et ce, dans un irrésistible climat d’hostilité viscérale envers le plan divin ? C’est ce à quoi répond par l’affirmative le livre d’entretiens du Père exorciste Georges de St Hirst, sobrement intitulé L’Exorcisme[3]. Comme l’humidité, cette malignité présente des taux d’imprégnation dans les individus et les lieux variables : de 0% à 95% dans les cas avérés de possession. Nous sommes donc là en présence d’une réalité dont il faut tenir compte avec acuité et méticulosité et avoir présente en tête dès que nous lisant un livre traitant de la réalité terrestre (et ce, d’autant plus que ce dernier n’aurait pas déjà, lui-même, intégré, cette dimension dans son discours.) Et c’est au reste là une donnée contre laquelle on peut d’autant mieux se prémunir que l’on aura été au préalable convaincu de son effectivité.

Nous traiterons le mois prochain d’autres livres de Guy Trédaniel et, surtout, des prolongations, des conséquences dont, sur divers plans, les auteurs de ces livres n’ont pas eu conscience.

Hubert de Champris

[1] Jean Staune, Explorateurs de l’invisible, Guy Trédaniel éditeur, 368 p., 21,50 €.

[2] Gary Schwartz, La Promesse sacrée, Guy Trédaniel éditeur, 22,90 €

[3] Père George de Saint-Hirst, L’Exorcisme – Guérisons des maladies de l’âme – entretiens avec Julie Klotz, Guy Trédaniel éditeur, 244 p., 19,90 €

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