La chronique anachronique de Hubert de Champris

Dominique de Roux parmi nous, s.d. d’Olivier François, Pierre-Guillaume de Roux, 124 p., 19,90 €.

Cahier Soljenitsyne, s.d. de Michel Aucouturier et Georges Nivat, éditions de L’Herne, 320 p. 33 €.

Il y a, comme l’on dit, prescription. Et non seulement n’est-il pas interdit de parler aujourd’hui de L’Herne, de ses carnets, de ses cahiers, de son hydre plus ou moins bienfaisante, mais est-il recommandé d’en causer lorsqu’à sa figure s’associe encore au présent celle de son fondateur, feu l’inclassable, l’atypique – comme disent les psychologues peu au fait des développement des neurosciences – Dominique de Roux dont son fils publie les actes d’un colloque qui lui était l’année dernière consacré. L’année dernière, l’obsession des années derrières : voilà qui, substantiellement, intemporellement, renvoient L’Herne à son créateur, comme le chrétien à Dieu.

A l’orée de l’an 1970, alors que n’était pas encore paru en Occident L’Archipel du goulag et que le prix Nobel de littérature se préparait à son intention, « c’est le moment où Michel Aucouturier et moi [Georges Nivat, le beau-père de qui vous savez] décidons de faire ce Cahier de L’Herne, d’emblée accepté par Dominique de Roux (…) » écrit notre préfacier dans la préface à cette réédition. Soljenitsyne est le type même du créateur dont, à l’origine, lorsqu’il en était encore propriétaire, aimait à traiter le fondateur de L’Herne puisque, en lui – en eux – se conjuguent la littérature la plus ancrée – et, comme dirait ma concierge, la plus encrée dans le parchemin guère lisse et soyeux sur lequel, de manière ordinaire et ordinale, s’écrivent les vies les plus profondément vécues – et l’expression du politique dans une geste qui ne saurait être autre que tragique.

A l’heure de Macron le Petit, ou de Micron si vous préférez, il est intéressant de noter que Dominique de Roux avait identifié à l’époque (pompidolienne) l’anti-modèle de ce discours là en la personne de JJSS. On suppute, on suppose, on se remémore, peut-être à tort, que c’est parce que Jean-Jacques Servan-Schreiber trouvait alors, parmi ses suppôts plus ou moins radicaux, un avocat frère de l’écrivain qu’il connaissait bien la question, cette question qui n’est autre que l’étude du travail du temps (comme l’on parle du travail de la femme qui accouche) et de sa réception.

Pierre-Guillaume de Roux écrit à raison que les sujets actuels des Cahiers laissent (parfois, c’est nous qui ajoutons) à désirer… Derrida, Duras, la Beauvoir, en effet ce ne sont des fées… Mais, en rééditant un cahier-maître comme celui-ci, n’est-ce pas tout de même un implicite hommage que les actuels détenteurs de L’Herne rendent à son initiateur et à ses initiés, un hommage du veuf à la vertu, à la vertu de l’intelligence.

Hubert de Champris

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :