La chronique anachronique de Hubert de Champris

Lucien Daly, Une autre Vie après la vie, éditions du Jubilé, 246 p., 15 €.

Dr Dominique Laplane, Qu’est-ce que la conscience ? Ce que la science peut en dire, Dervy-Médicis, 18 €.

Il est symptomatique d’un certain glissement positif, d’une certaine évolution, tant psychique que spirituelle, de notre époque que des personnalités scientifiques,- dont les recherches, exercées dans un cadre on ne peut plus académique (le CNRS, les universités Paris VI, la Salpêtrière), se portaient, de près ou de loin, sur cet espace dans l’orbite du temps qu’on appelle la conscience – avouent s’intéresser aux phénomènes autrefois du seul ressort de ladite parapsychologie. Non seulement, ils y décèlent comme l’illustration  de leurs travaux précédents mais ils sont tout prêts de les envisager comme une possible confirmation 1/ de leur réalité, 2/ de la fausseté du matérialisme neuronal.

On remarquera que nos deux auteurs ne cachent point leur christianisme. Le premier met une majuscule à cette seconde et non deuxième vie, en ce sens qu’elle exclut la réincarnation. Par cette majuscule, il sous-entend que la Vie dont il est question est celle annoncée dans les Ecritures (Je suis la Vie etc).  Daly et son éditeur sous-titrent d’un «Toutes les preuves ? » ce livre simple qui compile d’une manière semble-t-il un peu désordonnée nombre d’indices – piochés aussi bien dans la mystique profane que chrétienne, dans les EMI (expérience de mort imminente, NDE en anglo-américain) etc – de ce que nous qualifierons : vie surnaturelle personnelle universelle. Il est une bonne préparation à la lecture du livre du Professeur émérite de neurologie Laplane, qui, en bon scientifique, et tout chrétien revendiqué soit-il, a dû apprécier le point d’interrogation que son collègue appose à son sous-titre. On relèvera que l’avertissement à l’ouvrage de Daly est de l’éditeur, lequel sous-entend que la brève EMI qu’il a vécue contient une séquence que l’on retrouve parfois dans ce type d’expérience, à savoir la saisie du sens et du motif du retour à la vie terrestre du sujet. (En l’espèce, il s’agit, ne nous est-il pas écrit, de l’injonction d’écrire et de publier un témoignage auquel Didelot rechignait jusque-là.)

L’ouvrage de Laplane s’aborde autant comme un précis que comme un essai de neurologie à l’adresse du ‘‘grand public cultivé’’ tout en s’inscrivant dans la prolongation d’Un regard neuf sur le Génie du christianisme qu’il avait publié en 2004 chez François-Xavier de Guibert.

Reprenant les dires compilés par le docteur Patrick Theillier, Lucien Daly cite les cas, très minotaires, d’EMI traumatiques qui, à l’inverse des autres, semblent avoir laissé les sujets expérimenter l’antichambre de l’enfer. A l’encontre de Daly, Laplane écrit que bien de ces « expérienceurs » n’avaient, jusqu’à leurs EMI, pas vécu une vie si gravement peccamineuse que cela et avoue ne pas totalement comprendre le sens de la survenue des ces cas. Daly note, au contraire, que ceux-ci éprouvent dès lors le souhait de changer radicalement de vie. A dire vrai, aucune enquête de terrain auprès de ces sujets, incluant un questionnaire/confession, n’a été accomplie. Laplane insiste sur le fait que, si les EMI semblent bien illustrer la perpétuation d’une conscience personnelle maintenue et, même, augmentée dans ce plan supérieur, la phase que recouvrent les phénomènes vécus lors de ces EMI ne s’identifie pas à la mort proprement dite (ceux qui reviennent à la vie terrestre corporelle classique ne ressuscitent pas). Ils correspondent à un sas, une antichambre au-delà desquels on ne revient plus, sous-entendant de la sorte qu’il pourrait demeurer une zone spatio-temporelle ultime d’un type inconnu (que d’aucuns, les chrétiens par exemple, assimileront à l’éternité) par nature inaccessible, inexplorable, inappréhendable, en somme définitivement interdite à la science c’est-à-dire à toute tentative de vérification humaine. Comme s’il fallait nous faire comprendre qu’il ne s’agit plus là d’une énigme élucidable par les nouveaux limiers de la science, qu’il restera toujours un domaine réservé à la foi, un espace, – un espace/temps devrait-on préciser -, destiné à demeurer de l’ordre du mystère.

Hubert de Champris

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