La chronique anachronique de Hubert de Champris

Jean-Claude Bourret, Jean-Pierre Petit, Contacts cosmiques – Jusqu’où peut-on penser trop loin ? – Guy Trédaniel éditeur, 400 p., 22,90 €.

Le sous-titre s’avère indéniablement pertinent. Le titre, par contre, est aguicheur, tendrait à induire le lecteur en erreur(s). Nous pourrions nous en tenir là, invitant uniquement toutefois ledit lecteur – qu’il soit de foi, de bonne foi voire sans foi – à s’en repaître, même si le politiquement, le moralement correct de notre époque pourraient l’inciter à ne rien en laisser paraître. La science renvoie à un savant, à un sachant, qui fait œuvre d’appréhender un objet de connaissance. On a donc affaire à un sujet qui, dans les deux sens du verbe, s’applique à une matière (laquelle, bien évidemment et, même, généralement, recouvre plusieurs domaines ; ainsi, ici, est-on, entre autres, au croisement de la physique, de l’astrophysique, des mathématiques, de l’anthropologie.) A l’inverse d’un dîner mondain où votre voisin, qui ignore tout de la question et, pire, soutien qu’il n’y a pas « matière à… », que l’objet même de votre recherche n’existe pas, il importe, comme le sculpteur qui caresse la glaise, de prendre les découvertes alléguées (à supposer que vous ne les estimiez pas encore avérées) en considération. Or, prendre en considération, c’est, à la lettre, comprendre ; comprendre pour, éventuellement, admettre. Dès que vous connaissez tant soit peu un domaine, vous êtes horrifiée de la manière dont en parle le profane bas de gamme. Ce dernier essaye donc en l’espèce de résumer les principaux points de cet important ouvrage. La savant Petit expose que les sciences dites dures proposent raisonnablement des hypothèses de faisabilité des voyages interstellaires. Cette faisabilité suppose :

la génération autour du véhicule (ou nef) d’une immersion dans un univers de masses négatives, une sorte d’envers du décor auquel la nef accède et dans laquelle elle se meut tout au long de son trajet, lequel, de la sorte, s’effectue à la vitesse de la lumière multipliée par dix et sur une distance effective [est-il bien nécessaire en la matière de préciser : effective !] divisée par cent. Ainsi s’expliquent la capacité faramineuse d’accélération de ces vaisseaux, leurs virages à angles droit, leur aptitude à l’invisibilité.

Une fois encore, nous devons être conscient que figure une erreur à chaque syllabe du précédent paragraphe. Mais, pour le moins, à défaut de l’appréhension claire et distincte par la raison d’une vérité fixe, pouvons-nous nous en formuler une idée à la lettre approximative. Ce schéma, surabondamment documenté et en permanence enrichi tant théoriquement que pratiquement par Petit tout au long de ces dernières décennies, est admis par bien des confrères de notre auteur hors même de toute considération, de toute prise en compte d’une source d’inspiration revendiquée par le savant. Encore nous montrons-nous ici diplomate puisque nous devrions plutôt parler de : l’informateur, de la ‘‘gorge profonde’’ que Jean-Pierre Petit n’hésite pas à mêler à ses monumentales trouvailles. Pourvu d’une case en plus, appartenant indubitablement à la catégorie neuropsychologique des doués, sa perpétuelle ébriété intellectuelle sert son originalité personnelle et celle de ses travaux et découvertes tandis que l’aveu, pis, la revendication de leur non-originalité fondamentale le dessert. Jean-Pierre Petit va jusqu’à donner l’adresse du lieu d’un ancien contact,- précisons : d’un contact non consenti (pour user du risible jargon en cours.) Un bel immeuble haussmannien à fenêtres à petits carreaux, récemment ravalé et qu’on imagine, au sortir de la guerre, noir de suie. Il s’y est passé quelque chose à la date dite mais cette chose ne relève probablement pas de la caractérisation soutenue par l’auteur et par son comparse, le journaliste informé Jean-Claude Bourret. Un autre livre paru chez le même éditeur tendrait à nous conforter dans ce que n’est certes qu’une opinion nourrie de ce mélange d’intuition et de raisonnement qui nous permet d’ordinaire de glisser du pressentiment au sentiment. «Attendez-vous à rencontrer des extraterrestres qui vous ressemblent » expliquent, après Richard Owen et Simon Conway Morris, les biophysicien et paléontologue Vincent Fleury et Anne Dambricourt-Malassé interrogés par Jean Staune. « Si la vie existe sur d’autres planètes, on y trouverait des vertébrés tétrapodes ayant la même structure que nous. » Anne Dambricourt avait assuré à Pradel que la fameuse autopsie de Roswell était un faux. « Comment pouvait-elle le savoir ? Parce que le prétendu extraterrestre avait ses oreilles en-dessous de sa mâchoire ; or, les logiques de construction étant les mêmes partout dans l’univers, ‘‘la contraction cranio-faciale n’est pas seulement indépendante du climat, elle est indépendante de la planète !’’ »

En lien – à condition de considérer que c’est justement à nous de détecter ce lien, de l’étirer dans tous les sens, d’en déduire les séquences et tirer les conséquences  afin, le cas échéant, dans un deuxième temps, le théoriser – avec d’autres ouvrages récemment publiés chez Guy Trédaniel, ce livre d’entretiens entre Petit et Bourret est important au titre également de l’avenir de… l’Histoire des idées et des religions. Petit, physicien des plasmas, est aussi quelque peu métaphysicien. Il nous parle du hard du cosmos que régissent les lois de la physique (quantisme compris) et du soft (idées, sentiments, esprits, bons et mauvais, âmes, collectives et individuelles) du cosmos régi par la métaphysique. Il nous prédit que ces deux sphères (monde physique et monde psychique, spirituel) « vont se structurer en fonction de leurs lois respectives, tout en interagissant grâce à ce phénomène nomme ‘‘vie’’ », fait preuve de relativisme philosophique en estimant que « les religions présentes sur Terre [sont] des structurations particulières, locales au sens terrestre, de la partie métaphysique de l’univers. » Quitte à nous répéter, c’est en conséquence envisager là que nous ne pourrons que de moins en moins séparer physique et psychique et que les protagonistes des conflits doctrinaux, religieux vont, à l’avenir, de plus en plus alléguer pêcher leurs arguments, preuves ou prétendues preuves par-delà  leur entendement, puisant scientifiquement au-delà.

Hubert de Champris

 

Christian Roesch, Le cancer – Un tremplin vers la vie – Dervy, 170 p., 16 €.

Auteurs, éditeurs, nous savons qu’il ne faut pas toujours faire confiance au lecteur potentiel, cet éventuel acheteur. Grâce à Dieu, osons-nous écrire, nous savons que l’actrice et chanteuse du nom de Véronique Jannot est loin d’être la pire de nos médiatiques et artistiques écervelées cervelles ; elle n’a pas un mauvais fond et, ici, son avant-propos n’est pas dénué d’à-propos. Mais l’éditeur et l’auteur auraient du songer qu’avec Jeannot Lapin en tête d’affiche et au nom inscrit en haut de l’affiche en plus grosses lettres que le patronyme de l’auteur même, ils perdaient autant de lecteurs qu’ils en gagnaient : c’est donc un jeu à somme nulle, même si ce récit, en lui-même, ne l’est pas. Une préface, un « avant-propos », une introduction ne sont – précisément – appropriés qu’à la condition que ledit introducteur, par sa compétence ou son talent (l’un ne recouvre pas toujours l’autre) soient en lien avec le sujet, qu’ils aident à y pénétrer. Il est certain que l’on croyait en l’espèce bien faire. « Je connais machin chose. Une petite intro de sa part, ce serait pas mal. » Ancien malade atteint d’un bidulo-sarcome du candia, soigné en partie dans un établissement du nom de « Centre Leclerc », le docteur Roesch et son éditeur peuvent espérer ainsi être diffusés dans les « Espaces Culture » des hypermarchés du même nom. Mais le lecteur-acheteur ainsi gagné est par ailleurs perdu, qui, lui, à l’inverse supposera – certes ici à tort – qu’un récit présenté de la sorte manque fatalement de fond, de densité, qu’il ne fera pas avancer le schmilblick.

Bref, nous recommandons la lecture de ce que nous aurions souhaité être d’emblée un essai, une thèse qu’à la condition que le livre soit prolongé d’un deuxième volume à visée plus scientifique, l’auteur ne venant plus à nous tel qu’il est (comme on dit dans les pubs pour une fameuse chaîne de ‘‘nourritures rapides’’) mais avec le goût et la volonté d’expliquer sa cancérogénèse et non plus de la décrire, comme en l’espèce, de l’intérieur, lequel intérieur, en l’occurrence, doit à l’avenir pouvoir se conjuguer avec l’extérieur, c’est-à-dire avec la démarche du patricien qui conjugue dans un même geste subjectivité (expérience personnelle) et objectivité (laquelle, comme on le sait, n’excluant pas, bien au contraire, la sphère psychique dont le rôle, par le biais de la neuro-psycho-immunologie,  est à présent avéré.) Avec ce chouia de rigueur (il ne faut plus indifféremment parler de cancer de l’œsophage et de cancer de l’estomac, comme ici, car ce sont toute l’étiologie et le sens de la maladie qui alors diffèrent), on se rendra mieux compte que (ainsi qu’indiqué par le sous-titre) c’est effectivement un « tremplin vers la vie » que la cellule cancéreuse incarne, mais une vie folle oublieuse de cette saine apoptose dont la traduction politique n’est autre qu’une liberté bien, ô oui, très bien contenue, qu’un libéralisme, n’est-ce pas, très bien compressé pour ne pas dire : compris.

Hubert de Champris

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