La chronique anachronique de Hubert de Champris

Erwin Thoma, Le langage secret des arbres, Guy Trédaniel éditeur, 232 p., 18 €.

Kilian Jornet, Summits of my life, Arthaud, 208 p., 19,90 €.

Touchons du bois grâce à ces deux livres que vous lirez, comme il se doit, dans la foulée. Avant de suivre, du moins des yeux, celle de Kilian Jornet, humez, sentez, enserrez le bon bois dont se chauffe et s’abrite Erwin Thoma, lequel est en somme un patricien du bois qui vous dira ici la quintessence du savoir dont on dispose à présent à propos de ce qui n’est point seulement matière. Le bois vit. Et, s’il vit, respire et – nous le verrons dans un instant – nous aide à respirer, c’est qu’il y a ainsi du pneuma en lui, un « pneuma » organique (il est un des poumons de la nature) et un pneuma psychique. L’auteur nous fait donc part de certaines recherches montrant les effets bénéfiques des constructions en bois, particulièrement en bois de pin cimbre, sur notre environnement tant intérieur qu’extérieur. Lorsqu’on parle d’écologie, nombre ne songent qu’à ce qui les entoure, non à ce qu’ils entourent : leur peau, leurs viscères etc, en somme ce que nous offraient jadis au regard les écorchés des amphis de médecine. Il est ainsi relaté qu’un lit en bois naturel (dépourvu de tous vernis) contribue à un bon sommeil par un fort ralentissement des pulsations cardiaques. Nous gagnons à vivre en bois, à fuir le béton et tous les matériaux artificiels : la nature nous le montre ; la science nous le démontre, et n’en est qu’au commencement de sa démonstration. Nous devons nous méfier de tous ces intellectuels peu sensuels, qui ne caressent pas de chat, qui ne boivent pas leur cognac le soir au coin du feu et ne recherche pas la compagnie des fées et des elfes au fond des bois. Forestier et ingénieur, menuisier-charpentier, architecte-ruraliste comme il y a des architectes-urbanistes, Erwin Thoma réhabilite le bois et, paré de ses vertus de tous ordres, l’habilite plus encore pour habiter, au mieux et au plus près de l’instant, notre temps. Il nous reste à devenir riche pour pouvoir nous offrir ses services et ceux de son ensemble très ancienne et très actuelle corporation.

Oui, nous nous méfions des idéologues (au sens premier du terme) qui, d’instinct, ne chercheraient pas à savoir de quel bois vous vous chauffez ! (Car un bon bout de la vérité, tant et plus qu’ailleurs, s’y niche.) Mais, nous ne faisons pas non plus grand cas de ceux qui n’aspireraient pas aux grandes enjambées de ce coureur des crêtes qu’est Kilian Jornet. Everest, Acongagua, Cervin, Elbrouz, Denali et la crème des crèmes de la sommitude, le Mont-Blanc, ce sportif, à tous les sens du mot, accompli, joint les gestes et les foulées à sa pensée, à la… pensée ! C’est dire, c’est écrire qu’il convient de prendre tout autant au sérieux cet ouvrage de la catégorie des beaux-livres que tout autre essai qui, par le nom de l’auteur, de l’éditeur, par le propos vous paraîtrait plus digne de respect. Plus vous êtes habitué à cogiter, plus devriez-vous vous sentir enclin à respirer, à imaginer, à faire courir votre intellect en hauteur, là où l’oxygène se raréfie, là où la vile humanité des plaines laisse libre cours à la beauté, cet autre nom de la divinité.

Propriétés du bois, vertus des forêts, grandes courses en montagne, on voit que ces livres importants possèdent la montagne comme point de jonction tout autant qu’ils sont possédés par elle ! Ils nous parlent du climat extérieur comme de cette météorologie intérieure que ce dernier lui aussi génère. Voilà qui élargit encore la variété des thèmes que pourront à l’avenir aborder les rencontres annuelles ‘‘Climat-Météo-Montagne.’’

Hubert de Champris

Un commentaire pour “La chronique anachronique de Hubert de Champris”

  1. JP.Rougier :

    Sauf que des forêts primaires sont détruites pour faire de l’argent…
    https://lejustenecessaire.wordpress.com/

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