Hubert de Champris : Sur « La révolution chrétienne » du Père Michel Viot

mai 25, 2013 dans Nos textes par admin

Livre La Révolution chrétienne

On écrit en opposition avec quelques figures ou images obsédantes que l’écrivain conserve là, bien calées dans un coin de son cerveau. L’actuel évêque d’Angoulême et de la prétendue bonté humaine, voilà l’antithèse, la Bête noire de nos deux abbés. Mais, charité chrétienne bien ordonnée commence par les autres, et le Père Viot, stimulé par l’aigle au verbe haut, second Bossuet qui, ici, se fait discret, ne demande qu’à convertir notre ci-dessus, à convaincre pour le moins.

Force est de reconnaître qu’en ce livre d’entretiens, on a droit à un témoignage catholique romain, pas à un témoignage chrétien. Il y a certes quelques légers faux sens ou incongruités. Relevons la mention de Ruwen Ogien, amoraliste très à la mode, chantre du libéral-libertarisme que Viot cite ici sans connaître le contexte où ce philosophe hédoniste se situe. Remarquons encore une critique récurrente chez Viot du jacobinisme de la Révolution qui l’empêche de percevoir les qualités pour notre monde contemporain que contient l’Etat-Nation. Tout à sa déploration argumentée de la mutation pathogène du gène français qu’a entraînée la décollation de Louis XVI, le 21 janvier 1793, le Père Viot ne voit pas que cette république centralisée, ersatz du second corps du roi métamorphosé dans la Nation d’où procède dorénavant la souveraineté, est peut-être un mal, mais un moindre mal dont il convient au contraire de reprendre le fil (pour en remonter la filiation), si, justement, nous voulons parvenir à retrouver une souveraineté civile digne de ce nom, c’est-à-dire qui demeure dans le lignage de ce droit naturel auquel s’arrime toute autorité qui se respecte. Au reste, ne nous apercevons-nous pas que la Révolution chrétienne selon Viot est un essai de remise en cause de cette laïcité au sujet de laquelle le haut prélat comme le chrétien de base, tout à leur « César » et à leur « Dieu », auxquels il faudrait à chacun rendre son dû, se font une fausse image ? L’étude par Viot des tenants et aboutissants de la Fête du Christ-Roi, simple exemple, nous permet de conclure, nonobstant l’accommodement raisonnable des ordo-libéraux (tel Pierre Manent) à la notion, que la doctrine chrétienne ne peut se satisfaire d’un Etat, fût-il uniquement, strictement, techniquement laïque (au sens étroit du terme, c’est-à-dire opposé à « laïciste »). La laïcité « positive », ou « saine » d’un Sarkozy ou d’un Pie XII est toujours un état précaire de l’Etat. Et, ce dernier, de nos jours, dirait Hobbes réincarné, est soit un athée, soit un théocrate sans Socrate (donc un Etat aux faux dieux et aux dieux fous) qui s’ignore (mais jamais pour très longtemps). Pas plus qu’il n’existe de « centre » en politique, il n’existe d’Etat demeurant à terme dans cet entre-deux. Le christianisme traitant par définition du tout de l’Homme et de tout dans l’Homme, universellement prosélyte, rédempteur/salvateur, il est au final très aisé de démontrer que la politicodicée contenue dans la doctrine chrétienne se heurtera inévitablement un jour ou l’autre à la parathéodicée implicite de l’idéologie libérale-libertaire propre à la Modernité tardive et promue par ses gourous et législateurs.

En contrepoint de ces aberrations très rationnelles, Viot et Tanoüarn ne nous entretiennent pas uniquement de belles et bonnes choses, mais de choses vraies. Et, avec eux, pour notre plaisir, c’en est fini du méli-mélo d’homélie, du sermon débile (au sens espagnol de faible) sur la montagne aux pâquerettes et à l’eau de rose, style du sus-non-dénommé. Nous avons droit à des leçons de maintien de la foi, qui oblige à un retour à ses sources matérielles et formelles.

Au travers son effort de saisie de la plénitude du sens du catholicisme, Viot redécouvre celle des œuvres, oui des œuvres toutes protestantes de Luther et de Calvin, des œuvres et des actions humaines que l’épître de Saint Jacques, fussent-elle de « paille » (Luther), incorpore de droit aux protestantismes, au même titre (paradoxal) que la foi.

Ces entretiens constituent un bon livre apte à nourrir, si ce n’est à combler, le Français profond et, au reste, tout homme digne de cette expression.

Ce livre d’Histoire est aussi un livre d’actualité, au sens qu’il aborde par le bon bout les sujets dits sociétaux de nos journaux. Au sens, aussi, que tout livre qui s’attache au vrai ne peut que demeurer actuel. C’est un témoignage catholique, et qui se justifie pour partie par la conscience navrée qu’il n’est pas celui de tous les chrétiens.

« La chronique anachronique » d’Hubert de Champris

Père Michel Viot, La révolution chrétienne. Entretiens avec l’abbé Guillaume de Tanoüarn, éditions de L’Homme Nouveau, 246 pages, 22 €.

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