Hubert de Champris : « Proust sous quelques aspects »

juin 19, 2013 dans Nos textes par admin

Très belle photo de Proust

Comme tout créateur embrassant, embrasant de la subtilité et de la puissance de son style l’immensité du Temps, le frêle Marcel s’envisage sous moult angles, comporte bien des aspects, ceux qu’indique son thème astral par exemple. Proust est nostalgique, Proust est mélancolique,- mais Proust est tout autant politique. Et il continue de vivre, de nous enseigner à l’enseigne d’un passé qui jamais ne doit passer.

A l’automne devrait paraître chez Plon, l’éditeur de la littérature légère, de De Gaulle et des militaires, un Dictionnaire amoureux de Proust dont on croit supposer à bon droit qu’il sera plein d’états d’âme. Celles de leurs auteurs naturellement, Jean-Paul et Raphaël Enthoven.

Rarement pénétrerez-vous chez un Cancer. Sauf à prendre mille précautions, à recueillir toutes les autorisations (la pudeur est son fort, et son contraire, selon lui, se nomme tout au plus « extraversion » dans un contexte familial). « Astrologie » : voilà une incongruité, une entrée qu’on ne saurait rencontrer dans un dictionnaire, fût-il « amoureux », consacré (d’un sacre en contravention frontale avec l’esprit de temps), et non pas dédié à Marcel Proust. Pourtant, à y bien réfléchir, l’observation du thème astral est un spectacle de rue, gratuit, offert en permanence au distingué badaud qui se laisse prendre au jeu. Un jeu sérieux s’entend qui, comme le fou du roi, du jeu n’a que le nom pour que vous vous laissiez prendre à son piège. Alors, le jeu des quatre vérités ? Quatre, c’est beaucoup dire. En l’occurrence, il n’y a probablement qu’une seule vérité avérée : quatre-vingt-dix ans après son trépas, les mânes de Proust continuent à parler. Et son thème astral nous paraît avoir été choisi comme son médium, son petit messager.

Dans la nuit du 10 juillet de l’an 1871, de triste mémoire, un astre apparaissait à l’ascendant Bélier de celui qui allait transmuer en un hymne au Temps la matière que recouvraient les potins, babils et sentiments en tous genres d’un monde qu’on disait grand.

Proust et le monde sensible

« Moi-même, puis-je en refaire l’aveu ? Aimé-je à fureter dans l’avenir par le truchement de diverses mancies comme pour me conforter dans la certitude que celui-ci me garantirait de la poursuite des plaisirs de l’instant, les plaisirs et les jours de deux mille douze et d’après. Je compris que, plus ferme sans ses attendus, plus chaleureuse (mais non moins géométrique, et m’assurant par sa géométrie même), l’astrologie pouvait me renseigner avec plus de force encore sur ce que j’étais. C’était là, avais-je vérifié, l’octroi d’un contentement qui tendait à substituer un certain bonheur au guet de plaisirs âpres et incertains ».

Après tout, me disais-je, tu rédiges un dictionnaire amoureux. Il t’autorise à dire je et voici que tu peux inviter qui tu veux, comme cette astrologie de bonne et utile compagnie. Oui, songeais-je, l’astrologie me permet de dire qui je suis, où je suis et, grâce aux transits, où j’en suis. Elle nous apprend, ou plutôt nous confirme, que tout est relation. Celle que j’entretenais avec le grand écrivain (figure qui nous oblige plus qu’elle n’est, dans la littérature, obligée) s’ancrait aux racines de mon être : c’est la première information qu’elle daignait me livrer. Du grand écrivain, celle-ci, du même pas, éclaircissait l’image (Un peu de mon image entendis-je même susurrer !). Et, à son fronton, un fin critique aurait pu voir inscrit cette ode – qui était un ordre et, aussi, en forme de sempiternelle ligne de fuite, un nouvel ordonnancement des sens – : Impression, soleil levant.

Mais, c’était Neptune qui se levait. L’astre qui, en l’occurrence, absorbait la Lune – et, avec elle, l’humidité maternelle, sa salinité amniotique, tout ce confinement, là, dans une chambre tapissée de liège, dans ce culte du passé qu’on ne voudrait surtout pas laisser passer, ailleurs dans ces amours singuliers qu’un adolescent retient lovés, à peine quitté le stade premier, plus loin, dans ces câlins de nursery, ces caprices de duchesses mâtinés de volonté d’éternité dont seule une manière géniale de style abolit l’incongruité – charriait tout un monde et le Tout d’un monde (totalité psychique de la phrase qu’avaient relevée Curtius, Fernandez et Thibaudet) (1), diluait sur la page, comme exécré de l’écume mais à l’encre sèche, d’un trait sûr et sinueux à la fois, un pauvre hère du nom de Marcel Proust.

L’analyste-type de Proust arpente le globe, remonte de l’hémisphère austral à l’hémisphère boréal, du Capricorne au Cancer, de lui-même à ce tout autre qui est un peu lui, qui contient un peu de mon moi. Capricorne et Cancer. Puis il se dit qu’il est temps, temps d’arrêter ces allers-retours de l’un à l’autre, de se poser sur l’équateur. Et plus que le temps : l’heure d’entendre, de l’entendre cet hymne, cette symphonie dédiée au Temps que Proust avait composée et qui lui revient comme un effet Larsen, comme, tout orgueil bu, une symphonie… une symphonie d’Enthoven.

Si l’astrologie est une science, elle est la science du temps ; si elle est un art, l’art de durer, si faire se peut, de bien durer dans le temps (Bergson eût été intrigué par les ressources de l’astrologie et aimé goûter à la phraséologie du temps telle que Proust l’avait dégagée, en laissant fondre sous son palais ; hommage à la durée, viatique vers sa sensation, un macaron au café s’entend).

Georges Poulet l'espace proustien

Donc, vers vingt degrés chacun, le sien dans le Capricorne, l’autre dans le Cancer, leurs Soleils se regardent-ils en chiens de faïence. Lequel des deux s’intéressa-t-il à l’autre en premier ? Était-ce lui, puisque ce genre d’hommes aime voir Venise, voir Vénus, voir venir… ? L’astrologie nous apprend que ce genre de question n’est guère pertinent : l’être et l’événement, l’instance et la circonstance sont perpétuellement synchrones. Liberté et nécessité. Spinoza eut aimé l’astrologie (parce que son panenthéisme l’aurait approuvée).

Ainsi se situent-ils l’un l’autre exactement dans l’axe, ainsi se font-ils face ; mieux même : les voici déjà compris (comprimés) et, en cet état pénètre-t-on plus aisément dans la fascinante et douloureuse dialectique de nos origines. Comment avait-il réfléchi, « résolu » son enfance ? (Si on se reportait à son carré natal de la Lune à Saturne,- ce dernier maître à la fois de mon signe solaire et de mon signe ascendant, puisqu’ils étaient les mêmes -, la chose ne devait pas être piqué des hannetons). Oui, quand nous rodons autour d’un être, d’une idée, savons-nous que nos planètes, elles, frayent ensemble depuis nos naissances respectives, qu’elles étaient depuis longtemps en terrain de connaissance (ou de méconnaissance, l’inimitié, pas plus que son contraire n’ignorant leurs justifications). Dans cette veine, la sympathie de l’analyste envers Stendhal ne provenait pas du côtoiement de leurs Soleils respectifs (l’astrologie est pleine de faux-amis) mais de l’amas planétaire Soleil/Vénus/Mercure du susdit en Verseau conjoint à sa propre conjonction Mercure/Mars. Et que la tendre compréhension de leurs dynamiques s’augmentait du trigone que sa Lune formait avec ces conjonctions. Son daïmon aurait pu aussi lui souffler qu’une complicité de même acabit avec Franz-Olivier Giesbert tenait moins à l’identité de son ascendant (Capricorne) ou à son signe solaire qu’à la superposition de sa Vénus à la pointe de son ascendant. Lorsque nous comparons des thèmes astraux, nous détectons ou non l’existence de ces relations inter-planétaires et relevons que l’entente (la détente, l’attention, l’affection) ou la mésentente (la tension, l’opposition) pour l’essentiel s’établissent sur le mode du carré et de l’opposition ou du trigone et du sextile, la nature de la conjonction dépendant quant à elle de celle des planètes concernées.

Marcel Proust photo 1

Ainsi, Proust et son analyste sont-ils déjà en résonance. Cet éternel vieux jeune homme de Proust attire. Leurs Soleils le leur disent. L’ami était du Cancer : son Soleil habitait le signe de la mère, du passé, de l’Histoire, le signe d’une mémoire en miroir qui à perpétuité renvoie l’adulte aux fluides de l’enfance comme un flux qui s’abonde de son propre ressassement, qu’il est inutile de favoriser ou de contrarier tant cette énergie douce conjuguant le cœur à la rancœur fut en abondance emmagasinée au cours des ans. Ce petit enfant là n’a jamais émergé de son tub, doucereux, savonneux bain de mère qui forme la matière première de son œuvre. Il ne faut pas sourire de cet incident, si symptomatique de notre Cancer qu’il fut pour lui un drame. Enceinte vers son troisième mois de Marcel, Jeanne Proust tressaillit d’angoisse lorsqu’elle apprit que son mari médecin, venu leur prêter secours, avait été blessé par les vilains communards. Pour le cancérologue, nul doute que ce premier émoi fut le premier trauma, que l’enfant ne trembla d’effroi, partageant là avec sa mère une émotion fondatrice. L’osmose opérait déjà qui, pour le futur grand-homme, allait devenir le mode initial, la matrice de tous types de connaissance.

Car, voyez-vous, ce qui frappe (non, vous ne le voyez pas encore, mais nous aimerions précisément le donner à voir), pour qui tombe sur la carte du ciel de naissance de Marcel, c’est bien cette planète lente, lourde et lointaine, que l’on suppose pourtant en émulsion perpétuelle avec l’inconscient de l’univers, ce dieu des océans de l’imagination, catalyseur de l’hypersensibilité, c’est bien cette nébuleuse qui se lève, là, à son Ascendant. Même fugace, cet aperçu vous laisse une première impression de génie, de celui qui fait corps et âme avec le monde environnant, qui opère avec lui en une permanente fusion/absorption. Le Neptunien « âme » avant d’aimer.

La Lune, quant à elle, maîtresse du Cancer, avec son amour du passé, de l’histoire, des antiquités entre autres familiales, sa psychogénéalogie constitutive, son culte de la mère et sa grande réceptivité n’est pas sans parenté avec les « valeurs » neptuniennes. Mais, alors que l’eau lunaire, l’eau du Cancer est l’eau câline, l’eau du ruisseau, l’eau de Rousseau (ce Cancer), une eau bucolique et champêtre (voici François le Champi qui s’avance sous la plume de cet autre Cancer, George Sand, et le regard de Marcel…), une eau des rivières et des écrevisses (songez au symbole), une eau douce en vérité, miroitant en ses méandres sous la lumière nocturne, nourrissant de rêves l’enfant tout confiant, celle de Neptune est une eau salée comme la note à payer (et, pour l’écrivain, semblable aux épreuves qui vous corrigent – parce qu’on en a vécu le contenu – avant qu’on les ait corrigées), l’eau des oedèmes, de celle, aussi, qui, du poumon, suinte lors du sacrifice suprême. Eau puissante, dévastatrice et salvatrice qui fait du Neptunien – et Proust à coup sûr en est un – un écorché-vif, un médium très humain, vivant, sentant et ressentant de l’intérieur tous êtres et toutes choses (Eau d’Aime de Proust pour la saint Valentin, pour les petits malins, tiens…)

Manuscrits de Marcel Proust

Marcel Proust nage avec maestria entre ces deux eaux. Gardons à l’esprit leur confluence. Et comprenons que Proust va relier deux mondes. Il transvasera l’eau du Cancer dans l’océan du Grand Tout neptunien. Reprenons : le Soleil de Proust en Cancer et en secteur IV (soit l’obnubilation des origines au carré, la Maison IV regroupant les thèmes liés à ce signe) figure une mémoire quasi spongieuse, les affinités avec le monde de la nuit, le culte de la mère, de l’enfant qu’il était (et dont il ne saurait se séparer), un besoin accru de sécurité affective, une certaine intuition (qui diffère du prophétisme certain que Neptune confère), le goût de la famille, de la casa et toute cette claustrophilie qu’il déclinera tant dans la composante phylogénétique que personnelle de son œuvre. Proust est d’abord le reclus consentant d’un univers clos (2) : son moi tout en émois, qui revient constamment à soi, à son passé, à son noumène individuel, dont, tel un Protagoras des confins, il ferait la mesure de toutes choses ; puis, un deuxième monde un peu plus élargi, le petit monde du grand-monde dont nous dirons après Ghislain de Diesbach qu’il est délimité par le lycée Carnot, l’Élysée et l’Orée du Bois. Morne plaine du dimanche, hormis les mœurs, parfois particulières comme leurs hôtels. Mais Proust en décèle le caractère en tous points passionnant. Proust s’âme. Mais c’est un Neptunien qui ne cesse de percevoir et de traduire en images spatio-olfactives ce qu’il reçoit. Le Soleil en Cancer en IV, lui, favorise en premier la faculté de recevoir (Impressions, soleil couchant du petit enfant), en second, celle de conserver dans son corps, dans sa mémoire (c’est tout un) ce passé à peine tamisé devenant un insistant présent (mais pas toujours un cadeau, sauf, in fine, pour le lecteur). Proust écrivain ne pouvait en préalable faire moins que de s’instaurer Grand Croix de l’Ordre du Chagrin, fédérant en lui puis chez ses personnages toutes ses émotions orphelines, afin de leur donner un lien, un sens, du sens, instillant du même coup formes et structure à un tumulte auparavant aussi éreintant pour son pauvre cerveau que celui d’une usine en marche.

L’essentiel du geste de Proust va consister à amener avec âme, armes et bagages son histoire personnelle (Soleil/Cancer [Lune], IV) vers une Histoire élargie au périmètre sus-indiquée, qui est aussi un second monde, un milieu dont il envie l’écologie, où il vit, d’où il sent, voit et perçoit (Neptune conjoint à l’ascendant). Proust alliera de la sorte son immense émotivité à une incommensurable et universelle hypersensibilité. Ce mouvement de translation puis d’union d’un monde à un autre se déduit aussi de la présence de la Lune (maîtresse de son signe natal) en Taureau, quasi conjoint à l’Ascendant (lui-même accolé à Neptune). Certes s’agit-il d’une conjonction large (10°), d’un spectre que trop d’analyses astrales de Proust ne  prennent pas en compte. Pourtant, la proximité du moi intime proustien avec le moi social apparent (Ascendant) (et sa capacité de perception quasi médiumnique) nous offrent une idée plus certaine encore de la réalité de l’opération de remémoration-restitution clinique d’une vie dont les diverses modalités mondaines disséquées au scalpel de la plume même de celui qui en est l’acteur vont, à l’épreuve du temps, s’analyser comme autant de remarquables œuvres d’art. La Lune est en Taureau, signe matériel, matérialiste, signe bourgeois s’il en est, signe du restaurateur qui prend son temps, de l’architecte qui pense les formes avant de dresser son plan. Ainsi nous indique-t-on l’effort, le patient labeur d’un Proust qui, mine de rien, va élaborer à nouveau puis retranscrire dans son flux d’origine des émotions à la fois débilitantes et coruscantes amoncelées dès avant sa naissance.

Neptune à l’Ascendant figure la dominante astrale de Proust, en constitue l’éminente signature. Mais cet Ascendant, à soi seul, en lui-même participe de l’énergie intrinsèque de l’œuvre et de l’énergie mise en œuvre pour l’entreprendre et la conduire à bonne fin.

Quel contraste entre le petit Cancer rêveur, fragile, maternel, lunaire et lunatique, passif et passéiste, et le Bélier, personnel pour ne pas dire égoïste, ambitieux, qui trace comme le baron Haussmann perçait de ses avenues le vieux Paris. Ainsi, la brume, la mystique et le mysticisme proustiens (avec ses vapeurs) liés à Neptune s’arriment-ils curieusement à un fort phénomène d’individuation. On palpe là toute la passion et la concentration d’un Proust qui croit en lui, aux mérites d’une œuvre qu’il sait en son for intérieur digne de ce terme.

Au reste, Saturne conjoint au Milieu du Ciel nous laisse à entendre que cette œuvre considérable fut en fait écourtée. Nous supposerions à tort qu’un Proust vaillant lui avait en 1923 posé le point final. La Recherche du Temps perdu a été interrompue bien avant l’heure. Celle-ci, nul ne la connaît, et ce parangon de judéo-chrétien que fut Marcel Proust devait bien être le premier à le savoir, à en avoir pris acte dès la pose de la première pierre. Le Maître des Poissons symbolise le judéo-christianisme. Neptune, de son faciès goyesque l’inaugure. Dunoyer de Segonzac nous le représente sur son lit de mort prochaine, barbe broussailleuse, teint de cire, yeux fiévreux. Oui, en vérité, un Christ espagnol qui corrige et vit ses épreuves jusqu’au dernier instant. Digression, dégression, dépression : là n’en sont pourtant que les apparences formelles. Observez bien la phrase : Proust n’est jamais hors sujet (il n’en connaît d’ailleurs qu’un) ; il ne descend quelques marches que pour remonter aussi haut avant qu’il n’ait terminé sa phrase ; le jour, il broie du noir pour mieux apprécier la lumière du soir qui le guérira.

Dunoyer de Segonzac Proust sur son lit de mort

Avec le petit Marcel, l’ère des Poissons ne nous semble pas avoir dit son dernier mot. Neptune, c’est la Tradition, une certaine gnose dont notre écrivain fut somme toute l’initié ; Neptune nous induit aussi le même en vigile de la compassion dont, faute de temps, il ne put, comme c’était sa mission morale initiale, nous laisser ressentir, par le menu de chapitres non advenus, qu’elle débouchait de droit sur l’Amour. On relèvera là le chaînon manquant, pour ainsi dire ce qu’aurait pu être le point de passage entre une première Recherche envisagée comme philosophie de la connaissance, et une seconde, et parallèle, représentée comme philosophie morale.

La signature neptunienne de Proust nous ouvre à de plus vastes perspectives puisqu’elle tend par essence à permettre des ascensions vers des domaines de connaissances de plus en plus sophistiqués, d’une profondeur encore inédite. Vous en avez là un avant-goût,- un arrière-goût préférerez-vous dire, si ces conjectures pourtant prometteuses vous indisposent.

Lire Proust, se calquer sur son pouls, revient à entendre un hymne lancinant dont l’étude du thème nous ramène l’écho restreint. Le bottin mondain proustien est bien le cache-texte d’une philosophie du temps, larvée mais de grande ampleur.

En superposant leurs cartes du ciel sur celle de Marcel, nos contemporains, connaisseurs du Narrateur, en leurs remarquables aspects montrent que la Recherche du temps perdu s’écrit toujours. Et, à ceux qui en douteraient, l’astrologie nous confirme plus encore qu’au regard de la société de la Modernité Tardive et de ses mœurs, Proust, toujours habité de « préjugé nécessaires, se maintiendrait de lui-même dans les liens de la prévention » (Burke)

Après quel combat (si ce n’est pour que, de ce qui fut, jamais rien ne meurt), pour quel triomphe et autour de quels combattants (si ce ne sont les conjurés de la nostalgie), la prochaine commémoration aura-t-elle lieu ? (Montherlant nous rappelait que l’avenir est assis sur les genoux des dieux, et l’astrologie nous enseigne que, pas plus que nous n’avons un corps, nous n’avons un destin : nous sommes notre destin. C’est là, déjà, une réponse). Pour le moment, je compris, et c’était déjà bien, que Proust par son œuvre n’avait organisé rien d’autre que ceci, mais d’une manière méticuleuse et grandiose : une cérémonie,- une Cérémonie du Souvenir.

La chronique anachronique d’Hubert de Champris

1- Cf. Ramon Fernandez, Proust, Les Cahiers Rouges, Grasset et Newman, préface d’Irène Fernandez, post-face de Dominique Fernandez, Ad Solem ; Jean-Yves et Marc Tadié, Le sens de la mémoire, Gallimard.

2- Des fables de ce Cancer de La Fontaine, en passant par ce temple de la Madeleine qu’il pouvait apercevoir du 9 bd Malesherbes, le palais japonais de la rue de Courcelles, le 102, bd Haussmann, le meublé de Réjane du 8bis, rue Paul de Larminat et son Palais Rose de l’ancienne avenue du Bois, pas très lointain jusqu’à la rue Hamelin, Proust fut un sédentaire dromomane qui trottait dans sa tête, mais ayant toujours besoin de points de repères, à défaut d’avoir pu, comme le chante Aznavour, « vivre toute sa vie enfermé seul avec Maman dans un très vieil appartement ».